Ennuyeuses et impossibles amours à la Fabrica

S’emparant du drame symboliste de Maeterlinck, Pelléas et Mélisande, Julie Duclos, parée pourtant de belles intentions, achoppe à donner corps à cette passion légendaire entre une jeune princesse neurasthénique et son trop charmant beau-frère. Ciselant les images, souvent saisissantes, elle signe une mise en scène certes fort jolie mais bien trop mélancolique et compassée pour charmer totalement. 

Un écran géant cache la scène. Des images de forêt, signées Quentin Vigier, défilent. Un homme (Vincent Dissez), un chasseur apparaît. Il erre le visage grave, triste. Ce jeune veuf semble porter toutes les peines sur son dos. Au loin, une damoiselle (Alix Riemer), Mélisande, porte la mort en elle. Sa vie ne tient qu’à un fil, qu’elle rêve de rompre. Ému par cette être dépressif, suicidaire, il décide de l’épouser pour la sauver, pour ne pas finir ses jours seul. 

La toile blanche disparait dans les cintres. Place au théâtre. Ramenée au palais familial, la belle et mélancolique jeune femme semble dans un premier temps aller un peu mieux. Son jeune beau-fils, un enfant de six, lui redonne un peu de joie. Elle s’en occupe avec amour, tendresse. Mais très vite, les tourments de la passion viennent assaillir cette âme trop fragile, trop sensible. Pelléas (Matthieu Sampeur), le frère de son mari, la trouble, la charme. L’amour bien qu’interdit, les entraîne sur le terrain glissant des passions mortifères. Mais comme le dit si bien Pascal : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point.» 

S’emparant du texte poétique et noir de Maurice Maeterlinck ,en délaissant la musique de Debussy qui l’accompagne généralement, Julie Duclos ne s’est pas faciliter la tâche, loin de là. Soignant l’esthétisme de sa mise en scène, elle a bien du mal à faire décoller les maux, les sentiments de ces personnages de légende, de ces héros romantiques. Préférant le minimalisme, elle ôte chair et sang à ses comédiens, pourtant des pointures. Les mots de l’écrivain belge tombent à plat, sans densité, sans profondeur. 

Faute de se raccrocher à une matière, une émotion, les scènes, toutes très belles défilent pesantes, s’étirant à l’envi. Alors bien sûr, l’ennui que porte en son cœur la belle Mélisande se ressent, se vit faute du relief nécessaire pour totalement hypnotiser, séduire. 

Malgré les belles et touchantes présences scéniques de Vincent DissezPhilippe Duclos et Matthieu Sampeur, rien n’y fait, rien ne retient. Dommage, les amours de Pelléas et Mélisande laissent de marbre. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – envoyé spécial à Avignon


Pelléas et Mélisandre de Maurice Maeterlinck 
Festival d’Avignon 
La Fabrica
11 rue Paul Achard
84000 Avignon (extra-muros)
Jusqu’au 10 juillet 2019
Durée 1h45

Mise en scène de Julie Duclos assistée de Calypso Baquey
Avec Vincent Dissez, Philippe Duclos, Stéphanie Marc, Alix Riemer, Matthieu Sampeur, Émilien Tessier et en alternance Clément Baudouin, Sacha Huyghe, Eliott Le Mouël
Scénographie d’Hélène Jourdan 
Lumière de Mathilde Chamoux
Vidéo de Quentin Vigier 
Son de Quentin Dumay
Costumes de Caroline Tavernier

crédit photos © Christophe Raynaud de Lage

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