Blessures enfantines

En s’emparant du roman de Bruce Lowery, couronné en 1961 du prix Rivarol, disparu maintenant, Vincent Menjou-Cortès nous plonge avec intensité au cœur des fêlures intimes d’un jeune garçon, de ses malaises d’enfant rejeté par ses camarades. Troublant ! 


Jeff (étonnant Vincent Menjou-Cortès) a 13 ans. Aimé de sa mère, un peu trop protectrice, de son père fataliste, de son petit frère qui l’adule, il grandit tant bien que mal. Une cicatrice qui barre sa lèvre supérieure lui gâche l’existence. Véritable objet de moquerie à l’école, de rejet, cette petite difformité qui lui donne un étrange sourire, une « gueule-cassée » et dont ses parents tentent de minimiser l’impact psychologique, est une plaie ouverte, qui jamais ne se referme. 

Exclu des jeux de recréation, mis au ban de cette société de jeunes adolescents pré-pubères intolérants avec la différence, Jeff se construit difficilement. Seul Willy, un jeune garçon, un peu costaud et aux oreilles décollées lui tend la main, le prend sous son aile. Mais cette gentillesse soudaine trouble Jeff, plus habitué aux humiliations, aux brimades. Ne sachant comment se comporter, il va chercher son amitié, la chérir avant de commettre un acte irréparable, le privant définitivement de tout lien autres que le bannissement avec les autres. 

Avec beaucoup d’ingéniosité, Vincent Menjou-Cortès adapte ce roman noir, terrible, prisé des ados et lui donne une densité à la fois hyper réaliste et artificielle. En utilisant les codes du Stand-up pour dire ce monologue qui parle sans fard du harcèlement scolaire, il déroute et dérange. Distanciant le propos par son jeu contraint, le metteur en scène souligne toute la cruauté des enfants, leur intolérable suffisance, leur rejet de toute difformité ou différence. Ressentant dans sa chair, les méchancetés, les rebuffades, les vexations, il fait entendre intensément ce récit terrible signé Bruce Lowery, qu’on finit par confondre avec son personnage. 

Passant avec virtuosité d’un rôle à l’autre, tour à tour mère angoissée, adolescent charismatique ou jeune garçon introverti, il fait vibrer cette Cicatrice. Pris dans ses rets, le public saisi, n’a d’autres échappatoire que d’entendre les mots de Jef, sa détresse. Étrange autant que bouleversant, ce seul-en-scène est une claque qui fait remonter en chacun des spectateurs de vieux souvenirs presque oubliés…

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – envoyé spécial à Avignon



La cicatrice de Bruce Lowery
Festival d’Avignon le OFF
La Manufacture 
2 bis, Rue des écoles
84000 Avignon
Jusqu’au 25 juillet 2019 (relâches le 11 et le 18 juillet 2019)
Durée 1h

Mise en scène de et avec Vincent Menjou-Cortès
Collaboration artistique Timothée Lerolle
Scénographie de Fanny Laplane
Lumière d’Hugo Hamman

Crédit photos © DR

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