Stéphane Ricordel. Le monfort théâtre. Hektor. © Jean-Luc Caradec

Stéphane Ricordel présente les histoires d’Hektor

Metteur en scène et co-directeur de Monfort théâtre avec Laurence de Magalhaes, Stéphane Ricordel aime les beaux récits, les œuvres qui entremêlent les arts vivants. De son travail complice avec Olivier Meyrou est né Hektor, un clown d’un nouveau genre. Entre deux représentations, il a accepté de nous raconter cette belle aventure.  

Quelle est la genèse d’Hektor ? 
Les Aventures d'Hektor d'Olivier Meyrou, Matias pilet & Stéphane Ricordel. Monfort Théâtre. © Jeanne Roualet

Stéphane Ricordel : Il est né de notre passion commune, à Olivier (Meyrou) et moi, pour Matias Pilet, un artiste circassien absolu unique en son genre. Nous nous connaissions depuis longtemps, mais à l’occasion de Terabak de Kyiv, un spectacle que j’ai mis en scène en 2018, nous lui avons proposé de se glisser dans la peau d’Hektor. Au début, il n’avait qu’un petit rôle. il faisait partie de la troupe de ce cabaret déjanté, rappelant les nuits parisiennes des années 1940. Très vite, sa présence lumineuse, son intensité d’interprétation, sa manière de se mouvoir dans l’espace, nous a donné envie d’aller plus loin, de lui proposer de poursuivre l’aventure, d’étoffer son personnage. Il apparait donc dans la Fuite d’Olivier. A partir de là, nous nous sommes posés la question de savoir pourquoi un personnage ne pourrait-il pas évoluer à travers nos spectacles. Nous inspirant notamment de la démarche artistique de Charlie Chaplin, qui a inclus Charlot dans la plupart de ses œuvres, nous avons commencé à imaginer ce que pourrait être l’histoire, ou plus exactement les histoires d’Hektor. 

Comment s’est construit le personnage ?
Les Aventures d'Hektor d'Olivier Meyrou, Matias pilet & Stéphane Ricordel. Monfort Théâtre. © Jeanne Roualet

Stéphane Ricordel : Déjà, nous ne savons pas d’où vient Hektor et où il va. C’est un personnage burlesque, naïf. En tant que spectateur nous allons sourire et rire de son malheur, alors que lui reste de marbre. Tous les tracas qu’il traverse sont pour lui le quotidien. Il fait penser un peu à Buster Keaton, une sorte de clown un peu triste, un peu mélancolique à qui, il arrive des choses extraordinaires. Ensuite, avec Olivier nous avons travaillé la personnalité du personnage, son caractère, bien évidement à partir de Matias, de sa sensibilité, mais aussi eu creusant nos propres imaginaires. Il y a des ressemblances fortes entre Hektor et l’artiste, mais il y aussi beaucoup de différences. Grâce à sa formation, à son talent, Matias passe ainsi d’un corps burlesque à un autre plus mélancolique. Il traverse les émotions, il donne à chaque mouvement, chaque pantomime une force poétique. Il était aussi important ,pour nous ,qu’Hektor représente la « migration », sans tomber dans le voyeurisme. 

D’où vient ce désir de faire un spectacle uniquement autour d’Hektor? 

Stéphane Ricordel : Bien sûr. Avec Olivier, nous avons eu un coup de cœur pour ce personnage. On voulait vraiment raconter ses histoires, faire le récit de ses aventures. Hektor est apparu dans Cabaret, a beaucoup vécu dans la Fuite, et s’émancipe dans ce dernier spectacle dont il est l’unique héros. La suite reste à définir, et nous n’avons pas encore décidé s’il y aura une suite. 

Vos spectacles sont à la croisée des arts. Est-ce important pour vous ? 
Les Aventures d'Hektor d'Olivier Meyrou, Matias pilet & Stéphane Ricordel. Monfort Théâtre. © Jeanne Roualet

Stéphane Ricordel : Très tôt, j’ai été intéressé par le cirque, parce c’est du mouvement et que c’est physique. Mais, je suis tout aussi captivé par la danse, la plastique, le cinéma et le théâtre. Tout cela me passionne, me touche, me bouleverse. Travailler avec Olivier Meyroux, cinéaste de formation et documentariste, est du coup très stimulant. Nous mettons en commun  nos savoir-faire au service de l’œuvre. C’est d’autant plus stimulant que Matias Pilet, notre interprète, est à la fois danseur et acrobate, c’est un artiste du corps. On est donc parti de son écriture de plateau pour construire l’identité d’Hektor. Nous arrivons avec une idée, il s’en empare, fait une proposition. Et ainsi de suite, le spectacle se construit. 

Le cinéma muet est très présent dans votre spectacle. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Les Aventures d'Hektor d'Olivier Meyrou, Matias pilet & Stéphane Ricordel. Monfort Théâtre. © Jeanne Roualet

Stéphane Ricordel : Dans notre inconscient collectif, le cinéma muet, c’’est le film des années 1930. Ce qui est passionnant à voir, c’est que malgré le temps qui passe, les situations et les thèmes sont toujours les mêmes. Rien n’a vraiment changé. Les pauvres sont toujours les pauvres. Les Riches toujours des riches. Le migrant, celui qui va d’un endroit à un autre, est toujours le même. S’il fuit un lieu, c’est pour une terre meilleure, pleine d’espoir, de promesses. La famine, la misère, ce sont des choses qui se répètent incessamment, depuis des millénaires. 
Par ailleurs, le super 8 que nous utilisons évoque pour nombreux d’entre nous un film de souvenirs, un film d’avant. Avec Olivier, il était important qu’il fasse partie intégrante du processus de création, d’autant que le burlesque, qui est la base du spectacle, est né du cinéma muet. Le grain vintage, cette matière un peu désuète, nous paraissait être terriblement d’actualités. Après, il nous a suffi d’y mettre notre poésie pour qu’on s’approprie ce média, qu’on l’intègre aux aventures d’Hektor, pour leur donner une puissance onirique. 

Entretien réalisé par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Les Aventures d’Hektor d’Olivier Meyrou, Matias pilet & Stéphane Ricordel
Création le 6 octobre 2020 au Monfort Théâtre
106 Rue Brancion
75015 Paris

Tournée
les 5 et 6 novembre 2020 au Théâtre d’Orléans – Scène Nationale
les 26 et 27 novembre 2020 à La Comète – Scène Nationale de Châlons-en-Champagne
les 8 et 17 décembre 2020à la MC2 : Grenoble

mise en scène d’Olivier Meyrou & Stéphane Ricordel
coauteur et interprète Matias Pilet
création magie d’Arthur Chavaudret
manipulateurs Arthur Chavaudret en alternance avec Pierre-Marie Lazaroo
comédienne (court-métrage) Shaghayegh Beheshti
création scénographique de Salvatore Stara avec Stéphane Ricordel
régisseurs plateau, interprètes barrière Salvatore Stara en alternance avec Emilien Diaz
création son de Sébastien Savine
création lumière d’Elsa Revol

Crédit photos © Jean-Luc Caradec et © Jeanne Roualet

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Dernièrement

Aller à Haut