Boxing shadows de Timothy Daly. Mise en scène d'Isabelle Starkier. Off/On Paris. © DR

Off/On Paris, la capitale prend des airs d’Avignon

Dans le cadre de cet Eté particulier, la Ville de Paris a ouvert certains de ces espaces à la création théâtre via l’événement Off / On Paris, ce qui a donné un petit air d’Avignon à la Capitale, nous permettant ainsi de voir deux beaux spectacles Callas, il était une voix et Boxing Shadows.

Du 24 août au 6 septembre 2020, après le Paris OFF Festival du Théâtre 14, Avignon s’invite pour l’Été Particulier de Paris. En offrant gratuitement aux Franciliens et aux touristes huit spectacles de théâtre et de musique, la capitale et ses édiles montrent ainsi leur engagement auprès des auteurs, des compositeurs, des metteurs en scène, des artistes et des compagnies durement touchés par la crise sanitaire de la Covid. Au gré, d’un après-midi dans les rues de Paname, deux spectacles ont retenu notre attention.

Callas, il était une voix
Callas, il était une voix de Jean-François Viot. Mise en scène de Cyril Le Prix. © Xavier Cantat. Off/On Paris.

Le générique du journal TV de TF1 résonne et la voix de Roger Gicquel annonce la mort de la grande cantatrice Marias Callas. Un homme sort, d’une boîte des disques, des photos de la Diva. Il est journaliste et doit préparer dans l’urgence une émission radiophonique sur l’immense artiste. Le problème est qu’il est plus spécialiste de jazz que d’opéra. Une femme surgit alors, longue et fine, vêtu d’une somptueuse robe noire. Elle vient l’aider à tracer le portrait d’une femme, d’une artiste et non d’une icône.

Portrait d’un monstre sacré

Cyril Le Grix s’est emparé du texte de Jean-François Viot, avec une belle délicatesse et tout le talent qu’on lui connaît. Ce portrait sans retouche de Maria Callas dévoile surtout l’histoire d’une femme qui comme Icare s’est brûlée les ailes à ne vivre que pour son art. De l’enfance à sa mort, nous découvrons qui elle était vraiment, ce qui la nourrissait, comment elle est devenue la grande artiste au détriment de sa vie. Elle n’avait que 54 ans à sa mort.

Un rôle en or 
Callas, il était une voix de Jean-François Viot. Mise en scène de Cyril Le Prix. © Xavier Cantat. Off/On Paris.

Dans une scénographie qui fait songer à une loge d’artiste, mais qui permet à notre imaginaire de passer d’un lieu à un autre, les deux comédiens nous emportent dans cette histoire émouvante. Thibaut Corrion, dans un jeu subtil, incarne, bien sûr, le journaliste curieux et méticuleux, mais également tous ceux qui ont approché et compté dans la vie de Maria. Irina Solano s’est emparée de ce monstre sacré avec une intelligence redoutable. Ne tombant pas dans le piège de la ressemblance à tout prix, elle montre les failles et les forces de cette femme au destin tragique. Ce petit bijou devrait, on l’espère, connaître une belle exploitation par la suite.

Boxing shadows

Un homme alpague une jeune fille devant son immeuble. Il la connaît, pour l’avoir souvent croisée, mais s’il l’arrête aujourd’hui et lui parle pour la première fois, c’est parce qu’elle vient de lui piquer son portefeuille dans le métro. Le premier contact se passe comme un combat de boxe, cela tombe bien car l’homme est un ancien boxeur reconverti en bibliothécaire. Elle, comme bien des migrants se bat pour survivre. Il va lui apprendre à voler de ses propres ailes dans cette société qui ne veut pas forcément d’elle.

Osmose
Boxing shadows de Timothy Daly. Mise en scène d'Isabelle Starkier. Off/On Paris. © DR

Entre la metteuse en scène Isabelle Starkier et l’auteur australien Timothy Daly, c’est une longue histoire de compagnonnage. Elle sait le servir et tirer de son œuvre la quintessence. Les thèmes abordés dans cette pièce, qui puise dans la dureté, les incompréhensions, les dérèglements de ce monde moderne, sont nombreux. Mais il y a surtout la rage, celle de la petite migrante, Ariane qui cogne pour ne pas prendre de coup, qui esquive pour ne pas se retrouver à terre, qui se bat pour vivre. Mais il y a toujours de l’espoir et une main tendue doit se prendre. Quant à l’homme, en aidant Ariane à tenir son fil, c’est un peu lui qu’il sauve.

Conte d’aujourd’hui

La mise en scène de Starkier est ingénieuse et vive. Elle a traité ce conte moderne et initiatique comme un match de boxe. On se prend au jeu et l’on suit ces échanges où Nul ne ménage l’autre. Chaque round est ponctué par des chants lancinants comme une plainte (excellente Lila Maski). Dans le rôle de l’entraîneur de vie, Roland Timsit est impayable, maniant l’ironie aussi bien que la tendresse. Clara Starkier est une découverte, rien n’est laissé au hasard dans la façon dont elle aborde son personnage, la gestuelle, la voix, tout est au millimètre près. Cela donne un spectacle fort qui claque comme un uppercut.

Marie-Céline Nivière

Callas, il était une voix de Jean-François Viot
Du 2 au 6 septembre à 17h et 19h 
Cour de la Mairie du 1er arrondissement 
4 Place du Louvre 
75001 Paris
entrée libre sur réservation

Mise en scène de Cyril Le Grix
Avec Irina Solano et Thibaut Corrion
Scénographie deBenjamin Gabrié
Costumes de Coline Ploquin
Création sonore deJean-Yves Bernhard
Collaboration artistique de Dina El Guebali
Création coiffure et Make-up de Jeoffrey Copinni
Travail corporel d’Émilie Delbée

Boxing shadows de Timothy Daly
Du 2 au 6 septembre 17h et 19h 
Cour de Paris Habitat
 7, rue Jean Formigé 
75015 Paris
Entrée libre

Mise en scène et scénographie d’Isabelle Starkier
Traduction de Michel Lederer
Avec Clara Starkier, Roland Timsit, Lila Maski 
Chorégraphie de Claire Richard
Son de Michel Bertier
Costumes d’Eva Alam
Décors de Julie Poirier
Lumières de Carlo Diaconale

Crédit photos © DR et © Xavier Cantat

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