Lyrique en Mer. Belle-Île en Mer.Philip Walsh. © Stéphane Mauger.

L’art lyrique en fête à Belle-Île

Contre vents, marées et coronavirus, la 22e édition du festival Lyrique-en-Mer tient bon. Forme réduite, aménagement des spectacles proposés et règles sanitaires strictes, n’entachent en rien la volonté de son directeur artistique Philip Walsh d’offrir aux Bellilois de cœur une saison lyrique alternative, riche, joyeuse et passionnée. 

En ce début août, le soleil darde ses rayons sur le Morbihan. A Quiberon, une foule masquée se promène dans les rues. Devant l’embarcadère pour Belle-Île-en-Mer, des badauds suivent l’entrée dans le port du bateau qui fait la liaison plusieurs fois par jour entre le continent et l’île. Sur le pont, quelques personnes observent l’horizon et saluent ceux qui attendent de monter à bord. L’excitation monte d’un cran, pour les habitués, la traversée réveille les bons souvenirs passés, pour ceux qui vont découvrir la perle du Morbihan, une promesse d’un séjour idyllique, de moments à graver en mémoire. 

Un autre monde
Lyrique en Mer. Belle-Île en Mer.Philip Walsh. © Stéphane Mauger.

Après une petite heure de voyage, la citadelle Vauban apparaît, imposante, puissante. Surplombant la Ville du Palais, elle semble étendre chaleureusement ses bras de pierre autour du port, pour le protéger des mécréants, des mauvaises ondes. A terre, tout un monde s’agite. Les uns visitent, d’autres sont attablés à quelques terrasses de café, alors que certains profitent de l’instant suspendu entre terre et mer. Sur les hauteurs de la ville, salle Arletty, un petit nombre de bénévoles préparent les festivités. Ce soir, c’est le coup d’envoi de la 22e édition du festival Lyrique-en-Mer, une institution belliloise. 

Un programme riche
Lyrique en Mer. Belle-Île en Mer.Philip Walsh. © OFGDA

Chaque été depuis 1998, Belle-Île devient la capitale du monde lyrique. Initié par Richard Cowan, chef d’orchestre américain tombé amoureux de la Bien-Nommée, le festival est devenu au fil des ans un incontournable des passionnés de musique classique, de chanteurs internationaux et des néophytes. Il faut dire que le cadre est idyllique, des voûtes de la citadelle, aux églises en passant par quelques salles à la belle acoustique, tout est fait pour captiver et séduire les amoureux du sacré, les afficionados des opéras ou tout simplement les curieux qui ont envie de (re)découvrir des artistes peu ou mal connus. Bien que restreinte en raison de la pandémie de la covid-19, la programmation éclectique est particulièrement alléchante. 

Une balade à la pointe des poulains 
Lyrique en Mer. Belle-Île en Mer.Philip Walsh. © Stéphane Mauger.

Faute de pouvoir créer Don Giovanni de Mozart, Philip Walsh, qui a repris la direction du festival en 2015 après le décès de Richard Cowan, à l’âge de 56 ans, a imaginé une saison alternative permettant de toucher du doigt tout ce qui fait la force et le charme de Belle-Île. Pour la soirée d’ouverture, il propose avec Un Eté à Belle-Île de partager le séjour de Reynaldo Hahn chez son amie Sarah Bernhardt. Entremêlant les très vivants textes de Fabienne Marsaudon aux poèmes de Verlaine, de Leconte de Lisle ou de Hugo, mis en musique par le compositeur français d’origine vénézuélien, grand ami de Proust, la lecture lyrique a tout du songe. Les mots de l’une portés par l’épatant Michael Martin-Badier, les mélodies de l’autre entonnées par la lumineuse soprano Jazmin Black Grollemund, convient à un voyage à travers le temps, une balade au siècle dernier en compagnie de la plus grande des tragédiennes. Un moment intense qui donne un plus d’antan aux charmes de cette île unique, battue par les vents et les embruns. 

Sur les traces de Sarah Bernhardt
Lyrique en Mer. Belle-Île en Mer.Philip Walsh. © OFGDA

Réveillant les appétits de romances et d’aventures des spectateurs, cette première soirée invite à découvrir ce rocher sur l’océan du port de Sauzon à la citadelle Vauban, en passant par la pointe des poulains où se trouve les fortins de la tragédienne et par les aiguilles de Port-Coton immortalisées par Monet. D’autres se laisseront tenter par le roman de Lorenza FoschiniPlaisir d’amour, Jour d’amitiés, qui retrace l’histoire passionnelle, fusionnelle qui a unit une trentaine d’années Proust et Hahn. Au fil des pages, on glisse un peu plus dans les salons mondains de la belle époque, au plus près des sentiments et des inspirations créatrices de l’écrivain et du compositeur. 

Le sacré en La majeur à Bangor
Lyrique en Mer. Belle-Île en Mer.Philip Walsh. © Stéphane Mauger.

La tête toute retournée par la beauté des paysages, par les lignes tracées par l’auteure italienne, il est temps de se diriger vers l’église de Bangor. Au cœur de l’île, Philip Walsh a réuni pour un concert de musique sacrée quelques anciens jeunes talents du festival, deux sopranos (volubile Louise Pingeot, lumineuse Lauren Urquhart), une mezzo-soprano (jeune et prometteuse Éléonore Gagey), un ténor (envoûtant Jean Miannay) et un basse (détonnant Andrew Nolen). Au programme de ce souffle mélodieux et religieux, une cantate de Bachl’Air du messie de Haendel et le Stabat Mater de Pergolese, que les voix de nos chanteurs lyriques subliment avec beaucoup de grâce. 

Eclats de grâce en terre sauvage

Loin des ors des opéras et autres salles de concert, le festival Lyrique-en-Mer propose une autre manière d’appréhender l’art lyrique, plus ludique, plus troublante, plus émouvante. Sur ce rocher soumis aux quatre vents, aux grandes vagues, aux marées, la musique révèle sa vraie nature, un souffle de vie, une émotion pure. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Belle-Île-en-Mer

Lyrique en Mer édition 2020
Reynaldo Hahn Un été à Belle-Ile
Fabienne Marsaudon, trame narrative
Michael Martin-Badier, narrateur
Jazmin Black Grollemund, soprano
Philip Walsh, piano
3, 10 août à 20h30 Salle Arletty 

Concerts sacrés
OEuvres de Bach, Haendel, Stabat Mater de Pergolèse
Les artistes et les musiciens du festival
Philip Walsh, direction musicale/orgue
4 août à 20h30 Église de Bangor 
13 août à 20h30 Église de Locmaria 

Plaisirs d’amour, Jour d’amitié de Marcel Proust et Reynaldo Hahn de Lorezna Foscini
Editions des Busclats

Crédit photos © Stéphane Mauger et © OFGDA

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