Zizi Jeanmaire © Joop van Bilsen / Anefo

Le truc en plumes de Zizi Jeanmaire ne dansera plus

Sa petite silhouette frêle, ses cheveux courts couleur noir corbeau, sa voix puissante aux accents des faubourgs parisiens, faisaient sa marque de fabrique. Elle avait une gueule d’atmosphère et un talent fou. Ce 17 juillet, Zizi Jeanmaire a tiré sa révérence et rejoint son mari tant aimé, Roland Petit.

Son truc en plumes a égayé bien de nos soirées dansantes. Chacun, en tout cas, j’en faisais partie, cherchait alors à l’imiter, lançant ce fameux cri : hahahahhaha ! Et nous voilà nous trémoussant, hurlant : Mon truc en plumes, plumes de… de Z’animaux, lalalalala. C’était puissant, réjouissant. Pourtant Zizi ne peut se résumer qu’à ce tube. Elle en a chanté de belles chansons : La gambilleLa VioletteraAh dis-donc, dis-doncElisa… Avec sa voix des faubourgs, elle chantait si bien Paris et l’amour.

Danseuse jusqu’au bout des ongles
Zizi Jeanmaire © DR

Meneuse de revue formidable, ses apparitions à la télé étaient toujours un régal. Elle dansait, virevoltait avec grâce. J’étais fascinée. Elle avait la fragilité physique d’Audrey Hepburn, la puissance d’une Arletty. C’était notre Liza Minnelli à nous. Zizi savait manier l’humour et la dérision, mais elle pouvait également nous tirer la larme à l’œil. 

La rencontre 

Quand un jour de 1995, un fax est arrivé à Pariscope pour nous inviter à assister à une présentation en privé au Bataclan du spectacle qu’elle préparait avec Roland Petit, vous pensez bien que j’ai sauté sur l’occasion. Le jour dit, par un bel après-midi, me voilà dans la salle avec mon amie Anne Baquet. On s’attendait à ce qu’il y ait du monde avec nous. Mais non, nous étions finalement en petit comité. Le maestronous accueille. Toute intimidée, je me noie dans ces beaux yeux bleus. Il nous prévient que ce n’est qu’une ébauche qu’ils présenteront, car il ne pouvait déplacer les danseurs du Ballet national de Marseille. Le grand chorégraphe a le trac, il sait que cela sera le dernier tour de chant de sa belle. Il en est touchant.

Une bête de scène 
Zizi Jeanmaire © Joop van Bilsen / Anefo

Les lumières s’éteignent et elle arrive sur scène. Elle aussi a un trac fou. Elle démarre sa première chanson, la voix est là mais la peur la fait un peu chevroter. Elle tremble. On se dit qu’elle va s’écrouler. Et puis, la magie opère. Elle reprend de l’assurance et l’on retrouve vite la bête de scène. Zizi nous offre alors un tour de chant magnifique, fait de chansons de Serge Gainsbourg. Nous sommes dans son intimité, ce qui est exceptionnel. J’étais aux anges ! A la fin de la représentation, elle vient vers nous, nous remerciant de nous être déplacées. Je ne peux que lui répondre que c’est nous qui la remercions de nous avoir fait vivre cet instant unique. Ces deux grands artistes nous demandent notre avis, s’inquiétant de savoir si Zizi peut encore plaire. S’ils ont encore du talent ! Est-ce que la jeunesse sera au rendez-vous. Et nous voilà les rassurant, c’était incroyable. 

Un dernier tour 

Le spectacle au Zénith en octobre – ne fut pas le dernier- n’a pas eu le charme de ce show-case. Du haut de ses 70 ans, Zizi peinait un peu à suivre la cadence. Les chorégraphies de Roland Petit n’étaient pas inoubliables. La fête tant espérée pour ses adieux à la scène n’était pas au rendez-vous. Je m’en fichais un peu, parce que j’avais eu la chance de vivre ce moment d’intimité artistique dans cette salle du Bataclan quelque mois avant et que pour une poignée de privilégiés, elle avait fait un bel adieu à la scène. Au revoir Madame, et merci pour tout. 

Marie-Céline Nivière

crédit photos © Joop van Bilsen / Anefo – Wikimédia Commons et © DR

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