Les anges déchus de Gat dansent à l’Orangerie

Sortant des lieux consacrés, cherchant dans d’autres formes d’art un écho à son propre travail, Emanuel Gat invite, dans le cadre de Chaillot Nomade, cinq de ses danseurs à entrer en transe avec les Nymphéas de Monet. Gestes lents, mouvements ralentis, les anges du chorégraphe israélien rivalisent de grâce et de poésie. Hypnotique ! 

Artiste associé de la célèbre institution parisienne, Emanuel Gat sort des murs pour mieux transcender son art. Puisant dans son répertoire, il adapte son écriture, son geste artistique à un lieu mythique parisienne, la salle des Nymphéas au Musée de l’Orangerie. Immenses taches de couleurs, représentant autant les nuages se reflétant dans l’eau que les fleurs flottant à sa surface, il imagine une pièce chorégraphique à la grammaire épurée, ciselée. 

Des anges tombés du ciel

Portant d’étranges costumes fait en bâches blanches plastifiées, rappelant les voiles d’un bateau, les cinq danseurs semblent tomber du ciel. Tels des anges déchus, ils appréhendent l’espace, l’investissent, l’habitent. L’un semble sorti d’un tableau de Raphaël, une deuxième a un visage gaélique. La troisième a une silhouette, une allure de danseuse indienne, tandis que le quatrième à tous les attributs d’un Bouddha céleste. Enfin, le dernier a tout du baroudeur, du mauvais garçon. 

Hypnotique ballet

Les musiques célestes, baroques de John Dowland et Tuxedomoon résonnent dans la pièce ovoïde. Allongés au sol, comme endormis, les interprètes sortent lentement de leur léthargie. Délicatement, ils reprennent conscience. Leurs corps se cherchent, se mêlent, s’enchevêtrent. Ici, tout est ouaté, tout invite à la rêverie, au songe. Les gestes, les enchaînements sont empreints de grâce, de légèreté. La cadence s’accélère, les groupes, les duos se font, se défont. Hommes, femmes se mélangent. La forme est simple, mais dégage une belle intensité, une richesse du vocabulaire, une virtuosité. 

Musées en mouvement

Avant de prendre possession de la Sainte-Chapelle en avril prochain, Emanuel Gat fait entrer en résonnance art du passé et danse contemporaine. Et c’est tout simplement beau ! 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


Quintette d’Emanuel Gat 
Dans le cadre de Chaillot Nomade
Musée de l’Orangerie
Jardin des Tuileries
Place de la Concorde
75001 Paris
Le 3 février 2020 
Durée 20 minutes


Chorégraphie d’Emanuel Gat
avec Thomas Bradley, Michael Loehr, Eddie Oroyan, Genevieve Osborne, Milena Twiehaus

Crédit photos © Sophie Crépy – Musée de l’Orangerie

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