La femme © Oriane Robaldo

La femme et ses Paradigmes psychédéliques

Recentrée autour du duo fondateur du groupe, les Biarrots, Sacha Got et Marlon Magnée, La Femme présente son troisième album studio, cinq ans après le succès de Mystère. Ciselé avec précision, débordant de pétulances hallucinées, de mélodies pop-rock, Paradigmes séduit par son ambiance un brin timbrée, sa douce folie où s’entremêle d’un morceau à l’autre ambiance festive et intime. 

Visage de femme esquissée aux néons bleus, titre écrit avec une typo rappelant quelques films d’horreur « so » 1990, la pochette de troisième album de La Femme donne le ton. S’affranchissant de toutes règles, de toute conformité ou de toutes cohérences, le groupe pionnier et novateur de la french pop depuis 2010 invite à un feu d’artifice musical étourdissant, riche de quinze morceaux. Hyper référencé, émaillé de clins d’œil à la pop des années 1980, au rap de la décennie suivante, aux bandes originales des westerns spaghettis, à la space music « jarrienne », Paradigmes se joue de l’air du temps sans jamais oublier les racines rock sixties des deux fondateurs, Sacha Got et Marlon Magnée.

Un joyeux bordel retardé par la pandémie
Pochette de Paradigmes, troisième album de La Femme

Tout était prêt pour que le troisième album de La Femme face un carton au printemps 2020. Invitées prestigieuses et envoûtantes, comme la magnétique chanteuse Clara Luciani, la lumineuse actrice Alma Jodorowsky ou la performeuse baroque Mathilde Fernandez, textes sombres portés par des airs follement pétillants, poésies noires un brin parodiques, mélodies entêtantes, rien n’avait été laissé au hasard, mais voilà la covid a pointé son nez, le premier confinement a été décrété, la sortie décalée.

Fin de morosité

C’est donc dans une ambiance un peu morose, où l’envie de faire la fête, de danser, de sauter dans tous les sens se fait de plus en plus prégnante, que ce disque kaléidoscopique, stroboscopique et psychédélique déboule comme un boulet de canon chez tous les bons disquaires. Décuplant les styles, variant les tonalités, les atmosphères, passant de mots susurrés à des bandes sons dignes de toutes les playlists des discothèques « hype » – quand elles pourront enfin rouvrir – , Paradigmes n’a pas fini de faire son cirque entre virtuosité et aliénation hypnotique. 

Des voix, du second degré et un sacré talent

Batteries frappées au cordeau, cuivres New Orleans donnant à l’ensemble une tonalité franco-américaine, ce tout nouvel album de La Femme s’amuse à déconcerter, à vampiriser nos sens, à attirer de nouveaux publics. Plus accessible, plus envoûtant, plus acidulé, il donne la part belle à la voix savoureuse, délicatement berçante de Marlon Magnée, aux textes décalés qui conjuguent engagement et divertissement. Soignant les mélodies synthétiques et hypnotiques, le chanteur et son complice guitariste Sacha Got s’émancipent des majors, de toutes les lignes directives, et signent une œuvre qui débotte entre joyeux chaos et folle effervescence. Si parfois la mélancolie, l’ennui, guette, comme dans Mon jardin ou Tu t’en lasses, la folie retrouvée d’une jeunesse en quête de dancefloor se retrouve avec plaisir indicible dans Foutre le bordelParadigme ou Le suave sang de mon prochain.

Plus détonante que jamais La Femme revient secouer le cocotier gris et entraîne nos « bodies » sur un flow pop rock venant à point nommé à quelques jours de la fin du troisième confinement.

Olivier Fregaville-Gratian d’Amore

Paradigme de La Femme
Label Disque Pointu / PIAS / Idol
Sortie le 2 avril 2021

crédit Photos © Oriane Robaldo

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