Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel. Théâtre Monfort. © DR

Bonjour à toutes et à tous, Bonjour Monsieur Castex,

Revenons sur votre allocution, Monsieur Castex, tout en sachant que vous avez pris votre décision à la hâte dans l’après-midi du 11 décembre – ce qui prouve encore une fois le peu de considération que vous nous portez.

Dans un premier temps, vous rassurez les français en prenant une décision qui vous semble sage : laisser nos lieux fermés en raison des chiffres de contamination en hausse. Pas d’objection : nous suivons scrupuleusement l’actualité, nous sommes d’accord avec vous, un objectif sur deux n’a pas été atteint, la barre des 5 000 contaminations.
Vous évoquez une réouverture dans 3 semaines, ce qui n’est pas complètement contestable au regard de ces chiffres, nous en convenons. La décision est douloureuse déstabilisante, difficile à accepter. Nous nous sommes tous battus pour offrir une fin d’année plus réjouissante et moins anxiogène aux spectateurs. Les équipes artistiques et techniques avaient déjà réintégré nos salles, nous étions tous prêts ! Mais nous vous suivons, il faut que cette pandémie disparaisse au plus vite. Dans un second temps, vous employez ces mots « revoyure le 7 janvier ». Ce qui nous laisse perplexes. Que voulez-vous nous dire exactement ? Vos éléments de langage ne sont pas très clairs. Le 20 janvier est aussi évoqué. Ouvrons-nous donc dans 3 semaines, ou encore plus tard ? Alors que vous disparaissez des écrans, nous nous empressons de joindre l’Elysée qui nous précise qu’une réouverture est seulement « probable » à partir du 20 janvier, soit presque 7 semaines plus tard … Coup de massue. La colère nous envahit. Si, depuis le début de la crise sanitaire, le milieu culturel s’est adapté à toutes vos injonctions et a respecté toutes les mesures à la lettre, pour la première fois, nous réagissons et faisons entendre notre voix : trop, c’est trop !
Arrêtez de nous infantiliser, de nous mépriser. Vos mensonges sont inadmissibles et portent atteinte à la crédibilité de la parole publique. Ayez au moins l’honnêteté d’assumer votre position : en l’occurrence, celle d’avoir fait un choix politique (et certainement pas sanitaire). Assumez les contradictions flagrantes qui sautent aux yeux de tous : rouvrir les lieux de culte (à croire que nous ne sommes plus dans un pays laïque ?), les grandes enseignes commerciales, laisser les gens s’entasser dans les transports pour travailler et consommer … mais taxer la culture de « non essentielle » à la nation et lui faire quasiment porter la responsabilité de la crise sanitaire.
Chercher à nouveau à nous calmer avec des aides financières publiques, pour faire face à des salles closes ne suffit pas (nous vous laissons imaginer la souffrance de notre équipe permanente qui alterne entre chômage partiel et travail en urgence pour l’ouverture tant attendue de mi-décembre). C’est le sens même de nos métiers, nourri par la passion et le lien avec les spectateurs et les artistes, que nous sommes en train de perdre, Monsieur Castex. Et il faut bien l’avouer, la charge de travail va fatalement se réduire dans les mois à venir si cela continue ainsi … 

Vous avancez trois arguments :

– Le premier : le risque majeur d’attraper le covid dans nos salles. Celui-ci est réfuté par de grands médecins sur toutes les antennes, qui constatent la rigueur des protocoles sanitaires mis en place par les lieux culturels pour accueillir le public. Il semblerait que le corps médical soit écouté quand cela vous arrange …
– Le deuxième : ce n’est en fait pas nos salles elles-mêmes qui sont le danger (puisque qu’aucun foyer ne s’y est déclenché) mais le « flux » de personnes qu’elles occasionnent.
C’est peut-être la seule chose que nous apprécions encore dans votre gouvernance, votre sens de l’humour malgré vous !
« Je vous invite à vivre un flux extraordinaire ! Les Galeries Lafayette, Métro Opéra entre 14h et 17h un samedi après-midi de décembre. C’est la libération, le bonheur. Le covid a disparu dans cet arrondissement chic de Paris. Nous déambulons dans les allées – jeunes, moins jeunes voire très âgés, le masque dans le cou. Il faut dire qu’il fait très chaud et puis ça donne un certain style ! On se regarde de nouveau, on se sourit, on est heureux, les vêtements s’entassent dans les cabines d’essayage. Au vu de la situation et pour être aussi nombreux, c’est certain, nous sommes en sécurité maximale. Concernant l’ascenseur qui mène au parking, c’est un futur gag pour grand humoriste : nous sommes entre 10 et 12 personnes tassées, les sacs pleins les bras, les enfants ne portent pas de masque et hurlent après avoir déambulé plusieurs heures au milieu de cette foule compacte, le visage écrasé sur les parois de l’ascenseur jamais désinfecté et qui fait le manège du 1er au 5e sous-sol depuis 9h du matin … C’est effectivement extraordinaire de vivre ces moments qui nous manquaient tant. »
– Enfin, le troisième : rester fermé en décembre, pour mieux ouvrir en janvier. Soit une parfaite contradiction avec vos discours sur les fêtes de fin d’année qui feront presque inévitablement remonter le niveau des contaminations. Alors s’il vous plaît, cessez de nous décrédibiliser face aux français et à nos spectateurs, qui continuent à nous soutenir. Nous sommes respectueux de la République, responsables, nous avons su protéger nos maisons, nos équipes permanentes, le public, les artistes et toute la chaîne de nos différents corps de métiers, costumier.e.s, régisseu.ses.rs, ingénieur.e.s son et lumière… et toutes les professions invisibles. Les protocoles sanitaires que vous nous avez imposés ont tous été respectés et nous n’avons demandé aucun traitement de faveur. Nous ne sommes pas dans le complotisme ou toute autre forme de déni face à cette terrible crise sanitaire. Mais ne nous incitez pas trop à être désobéissants.
Cette décision est absurde et injuste. Nous serons donc fermés car nous ne sommes pas un secteur assez fiable et nous ouvrirons au mieux le 20 janvier (peu probable), ou peut-être en février, au pire après les élections présidentielles en 2022 ! 

Cher public,

Merci très sincèrement et chaleureusement pour vos mots qui nous réconfortent.
Des référés devant le Conseil d’Etat sont partis hier de tous les secteurs culturels et de tous les milieux. Nous investissons notre argent pour payer les plus grands avocats alors que des compagnies sont en train de mourir … C’est désespérant …

Merci d’avoir été aussi nombreux à nous rejoindre aujourd’hui à la Bastille !

Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel co-diricteurs du Monfort Théâtre

Crédit photos © DR

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