We love arabs… Un grand cri d’amour plein d’ironie et d’humanité

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Avec beaucoup d’ironie et d’intelligence, Hillel Kogan aborde les rapports entre juifs et arabes en Israël dans sa pièce chorégraphiée We love arabs © Gadi Dagon

Deux corps se cherchent, se confrontent, s’attirent, se mêlent et se repoussent. L’un est de confession juive, l’autre pourrait être arabe, mais cela ne serait que pure conjecture. Jouant sur les préjugés, les apriori et les idées toutes faites, Hillel Kogan présente une pièce chorégraphiée hautement politique entre satire et comédie. Loin des sentiers battus, des opinions préconçues, il s’amuse de la bien-pensance et des ayatollahs de la bonne parole. Il démonte avec un humour ravageur les comportements humains trop prévisibles et signe un spectacle drôle, intelligent et profondément humaniste … Le coup de cœur sans contexte de ce 50ème festival.

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Hillel Kogan, danseur clownesque hilarant et touchant © Gadi Dagon

Dans un silence pesant, une silhouette féline avance sur l’immense tatami noir qui sert d’unique décor. Pieds nus, tee-shirt bleu ample et pantalon à poches, Hillel Kogan, ou plus tôt son double clownesque, présente sa future création, un ballet-fleuve de plus de 3 jours ayant pour thème la coexistence entre les peuples en Israël en vue d’une paix éternelle. Artiste de gauche, comme il aime à le répéter, il s’interroge sur les rapports humains, l’identité religieuse et individuelle ainsi que sur la possibilité d’un partage intelligent de l’espace.

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Adi Boutros rejoint le pharaonique projet d’Hillel Kogan et se glisse avec humour dans le peau de la caution arabe du spectacle © Gadi Dagon

Pataud, maladroit, il s’emmêle les pinceaux, enchaîne avec malice les poncifs et les clichés sur les israéliens et les palestiniens, sur les juifs et les arabes. Sourire taquin, il s’amuse de nous prendre à contre pieds, de contrarier nos attentes. Il raille avec intelligence et ironie les politiques tempérées et leurs ressorts. Il moque le regard paternaliste colonialiste de ses semblables.

La quarantaine flamboyante, issue de la célèbre Batsheva Dance Company de Tel-Aviv, il s’attaque aussi avec beaucoup d’ironie et d’autodérision au monde de la danse brocardant à l’envi les travers de ses semblables.
Afin de mener à bien son projet, il recherche dans tout le pays, et jusque dans les « kebabs », humorise-t-il, un danseur arabe. Arrive Adi Boutros, un jeune homme brun, peau blanche et yeux clairs. Commence entre eux un ballet d’apprivoisement. Sous le regard amusé et perplexe du jeune danseur, Hillel Kogan impose aussitôt une hiérarchie de fait teintée d’impérialisme et de supériorité gauche. Infantilisant à loisirs le jeune homme, il se laisse aller à ses délires, ses loufoqueries. Clown hilarant, génie incompris, il cumule pour notre plus grand bonheur les bévues et les balourdises. Rêvant un danseur arabe caricatural, se prénommant Mohammed, venant d’un petit village reculé, il se retrouve face à un jeune homme, certes légèrement typé, mais vivant à Tel-Aviv et de confession chrétienne. Décontenancé, le chorégraphe va perdre pied et nous embarqué dans une succession de saynètes plus drôles et délirantes, les unes que les autres. L’apothéose étant cette communion des corps et des âmes autour des plats de houmous partagés, étalés sur le visage tel un liant liquide entre les êtres.

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Afin d’unir les êtres, un plat de Houmos sert de liant © Gadi Dagon

De son entrée en scène au final magnifiquement dansé, de ce solo empêtré à ce duo fusionnel émouvant, Hillel Kogan signe une pièce éminemment politique intense, drôle et touchante où il se moque de lui-même et de son engagement dilettante. Sous le charme, hilare, le public se laisse emporter par ce ballet burlesque intelligent et cocasse.

Danseurs magnétiques, Adi Boutros et Hillel Kogan subjuguent la salle dans un corps à corps d’une rare beauté où tout semble possible l’amour entre Israël et Palestine, entre juif et arabe, entre deux hommes que tout oppose… Fascinant !…

Ce petit bijou est indiscutablement le coup de cœur du festival, une pépite à ne pas rater. Devant un tel succès, pour ceux qui n’étaient pas en Avignon, la pièce va tourner en France. Le duo de danseurs posera ses valises le 18 et 19 novembre au théâtre Sylvia Monfort à Paris et en 2017 au théâtre du Rond-Point.

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Dans un tableau final intense et magique, les deux danseurs mêlent magnifiquement leurs corps © Gadi Dagon

We love arabs d’Hillel Kogan
Reprise
théâtre du Rond-Point
2bis, Avenue Franklin D. Roosevelt
75008 Paris
jusqu’au 8 octobre 2017
du mardi au dimanche à 18h30 – relâche les lundi et le 17 septembre
durée : 55 minutes

Texte et chorégraphie de Hillel Kogan
Avec Adi Boutrous et Hillel Kogan
Création lumières d’ Amir Castro
Musiques de Kazern Alsaher et W.A. Mozart
Traduction de Talia De Vries

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