Une journée très panachée à DañsFabrik

A Brest, la neuvième édition du festival de danse, impulsé par le Quartz, scène nationale, fait carton plein. Avec pas moins de 20 événements, disséminés dans différents lieux culturels de la ville, la manifestation, qui, cette année, met à l’honneur la création belge, fait le grand écart entre néoclassique, contemporain et performance pure. Tout un programme !

Temps gris, froid et pluvieux sur la ville de Brest. Pas une météo à rester dehors. Cela tombe bien le DañsFabrik a pensé à tout en égrenant, le long des six jours que dure le festival, différentes animations et spectacles en tout genre. Aux quatre coins de la ville, de l’espace de création Mac Orlan au Cabaret Vauban en passant par le centre d’Art contemporain La Passerelle et le Quartz, véritable centre névralgique des festivités, c’est toute la cité qui se met aux couleurs de la danse. Et cela lui réussit plutôt bien. Les festivaliers de tout âge sont au rendez-vous.

Perf pour perf

Dans le magnifique cadre de La Passerelle, située dans les anciens locaux d’une mûrisserie de fruits et légumes, Gwendoline Robin invite quelques privilégiés à partager avec elle un certain nombre d’expériences. Plus plasticienne que danseuse ou chorégraphe, elle déambule dans le patio blanc immaculé en faisant rouler sur le sol de béton un grand cercle fait de verre translucide. Le tintement de l’élément fragile contre un beaucoup plus dur sert de fond sonore. Les regards des spectateurs suivent ses gestes, se laissent hypnotiser par cette recherche permanente du mouvement, de l’occupation de l’espace. Jouant des matières, utilisant la terre, l’eau, des poudres colorées, de la neige carbonique, elle multiplie les expérimentations mais sans leur donner sens ou chair. Au-delà, de la performance pure, certes intéressante, une impression de vacuité, de vide, se dégage de ce Gravitation 6899.Dommage !

Du baroque revisité

Pas le temps de s’attarder, Lou Cantor nous attend au studio de danse du Quartz. Fille de Béatrice Massin, grande spécialiste française de la danse baroque, elle se laisse guider par l’écriture chorégraphique de Mickaël Phelippeau, qui a conçu cette pièce pour elle, afin de mettre en lumière sa présence scénique incroyable sa capacité de d’inscrire dans le monde d’aujourd’hui les danses du XVIIe siècle. Visage rappelant La Belle Nani de Véronèse, elle darde d’un regard déterminé la salle. Ancrée dans le sol, c’est une guerrière des temps modernes. Elle dessine sur le sol un plan de bataille, le schéma des pas qu’elle va exécuter. Inlassablement, elle reprend son ouvrage y ajoutant à chaque fois un nouvel élément, un geste, un mouvement. C’est beau, c’est captivant. Rappelant l’importance politique de ce type de danse sous le règne de Louis XIV – que jadis seuls les hommes avaient le droit d’interpréter – , la jeune Lou transcende le style avec une belle énergie, une grâce autant masculine que féminine. L’ombre n’est clairement pas pour elle. 

Hypnotique ronde 

Après un parcours labyrinthique dans les couloirs et coulisses de ce bâtiment monstre qu’est le Quartz, c’est en salle de répétition que le duo belge Tumbleweed propose une plongée dans un ailleurs tourbillonnant, quasi narcoleptique. Dans la pénombre, on distingue un visage, deux, peut-être plus. Ils semblent animés d’un mouvement imperceptible. Petit à petit, nos yeux s’habituent et la lumière se tamise. Les corps d’Angela Rabaglio et de Micaël Florentz apparaissent dans leur entièreté. Ils tournent sur eux même, toujours à la même cadence, toujours dans le même sens. L’effet est très vite hypnotique. Dépassant le simple cadre de la chorégraphique, la grammaire très structurée, très précise du duo convie aux rêves, aux songes, à sortir du cadre pour plonger dans ses pensées. Quelques variantes dans leurs gestuels viennent réveiller nos curiosités, avant de sombrer à nouveau dans une autre dimension de  ce moi intérieur. 

La glaise comme matière première

La journée est loin d’être finie. Direction le Mac Orlan, où le plasticien Olivier de Sagazan crée son dernier spectacle, Ainsi sois moi. Connu par son travail sur et avec l’argile, il propose ici une plongée dans un monde horrifique où l’homme n’a plus de visage et se confond avec la bête.

Sur une scène recouverte de terre, il enchaîne les saynètes qui font écho à des faits d’actualité, à des absurdités du quotidien. De la femme battue, aux guerrières féministes se munissant de phallus pour mieux en finir avec le sexisme, en passant par le systématisme mécanique des comportements des cadres moyens étriqués dans leur costume et tenant fermement leurs attachés-cases, il interroge le monde et sa folie. Créatures étranges tout droit sorties d’un tableau d’Ensor, envahissent la scène et offrent leurs corps déformés par la glaise à la vue de tous. Un spectacle singulier prenant autant que stupéfiant. 

Etat de grâce 

Pour conclure ce marathon, la grande salle du Quartz accueille la dernière pièce chorégraphique de la belge Lisbeth Gruwez. Après nous avoir envoûtés au Festival de Marseille, avec sa danse en hommage à toutes les Pénélope, ces femmes oubliées, elle invente un pas de deux avec la pianiste Claire Chevallier. L’une en mouvement, tel un torero entrant dans l’arène ou plus tard une femme fleur cherchant à séduire, l’autre armée de son instrument, égrène les notes de Debussy. Le duel est beau, délicat. Le corps de l’une entrant en résonnant avec la musique jouée par l’autre. Les deux artistes sont virtuoses. Toutefois, il manque un je-ne-sais-quoi, un supplément d’âme pour attraper, saisir et envoûter. Reste, l’infini beauté des mouvements, des pirouettes, des arabesques… un moment suspendu, élégant !

La journée s’achève. Elle fut dense. Le Quartz et son équipe se mettent en quatre pour accueillir chaleureusement le public, pour permettre les rencontres, les échanges. Et c’est ça l’esprit festival pouvoir s’emporter, discuter, aimer et s’accorder. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Brest


DañsFabrik – Festival de Brest
Du 2 au 7 mars 2020
Le Quartz
60 Rue du Château29200 Brest

Gravitation 6899 de Gwendoline Robin
Concept installation et performance de Gwendoline Robin
Installation sonore de Cédric Dambrain
Durée 40 min

Lou de Mickaël Phelippeau
Chorégraphie de Mickaël Phelippeau
Avec Lou Cantor
Musiques de Jean-Baptiste Lully et de Sergueï Rachmaninov
Lumières et scénographie d’Abigail Fowler
Costumes de Clémentine Monsaingeon
Régies lumières & générale de Thierry Charlier
Régie son de Laurent Dumoulin
Durée 30 min

The Gyre de Tumbleweed
Concept et interprétation d’Angela Rabaglio et Micaël Florentz
Création lumière et scénographie d’Arnaud Gerniers et Benjamin van Thiel
Musique -composition originale – de Daniel Perez Hajdu
Regard extérieur deDagmar Dachauer
Durée 1h00

Ainsi soi moi d’Olivier de Sagazan
Conception Olivier de Sagazan
avec Leïla Ka, Alexandre Fandard, Elé Madell, Shirley Niclais, Stéphanie Sant, Olivier de Sagazan
Lumière Pacôme Boisselier
Durée 1h10 environ

Piano Works Debussy de Lisbeth Gruwez & Claire Chevallier, Voetvolk
Chorégraphie de Lisbeth Gruwez
Musique de Claude Debussy
avec Lisbeth Gruwez & Claire Chevallier
Assistance Artistique Maarten Van Cauwenberghe
Dramaturgie de Bart Meuleman
Création Lumière de Stef Alleweireldt
Scénographie de Marie Szersnovicz
Son d’Alban Moraud & Maarten Van Cauwenberghe
Durée 1h00 environ

Crédit photos © Patrick Cokpit / Hans Lucas, © OFGDA, © Flurin Bertschinger et © Alain Monot

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