Un instant ou la nostalgie proustienne des souvenirs

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Au TGP, Jean Bellorini invite à un voyage singulier au coeur de l’œuvre de Marcel Proust

Entremêlant avec tendresse et poésie, les souvenirs d’enfance de sa comédienne Hélène Patarot, une « boat people » arrivée en France à l’âge de trois ans, et ceux du célèbre écrivain d’A la recherche du temps perdu, Jean Bellorini invite à un voyage mémoriel entre fantasme et réalité. Un moment hors du temps et de l’espace d’une rare intensité aux saveurs du passé, au parfum d’antan.

Dans une sorte d’entrepôt gigantesque où les chaises s’entassent comme autant de souvenirs d’un temps depuis longtemps révolu, une dame asiatique d’une soixantaine d’années (Hélène Patarot) attend apathique sur une chaise, à peine bercée par les harmonieuses notes de musique jouées en direct par Jérémy Perret. Dans une sorte de cabane, de refuge, perché au-dessus de la scène, un jeune homme (Camille de La Guillonnière) rêve et évoque les souvenirs de sa grand-mère, tout juste disparue.

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Hélène Patarot et Camille de La Guillonnière plongent dans leur souvenirs et leur donnent une saveur très proustienne © Pascal Victor/ArtPressCom

S’emparant de la langue déliée, riche, foisonnante de Marcel Proust, les deux comédiens plongent à corps perdu dans leur mémoire en quête de ces instants si doux, si douloureux qui ont construit leur identité. Avec virtuosité, les mots, les histoires se mêlent, se suivent, se rattrapent et se répondent. Sans trahir l’œuvre littéraire monumentale de l’écrivain dandy, Jean Bellorini, Hélène Patarot et Camille de La Guillonnière en extraient les fragments les plus mystérieux, les plus émouvants, les réminiscences les plus fugaces, les plus bouleversantes et signent un spectacle onirique au charme délicat, suranné. Ainsi la fameuse madeleine, si chère à Proust, tant elle lui rappelle son enfance, est pour Hélène Patarot, le goût des mets vietnamiens préparés, avec amour par sa mère, sa grand-mère que la maladie a éloigné quelques années durant de sa vie.

Explorant les rapports de l’auteur de Du côté de chez Swann, avec la mort, qui n’est pour lui qu’ « une maladie dont on revient », les trois artistes évoquent leurs angoisses, ainsi que leurs propres regards sur l’absence de ces êtres aimés, partis vers un ailleurs sans souffrance et qui n’existent que dans les souvenirs des vivants. S’imprégnant du style élégant, poétique de Proust, ils redonnent corps à des moments lointains souvent enjolivés dont on ne sait plus s’ils ont vraiment eu lieu.

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Dans un hangar où s’entassent des chaises, Hélène Patarot et Camille de La Guillonnière se racontent © Pascal Victor/ArtPressComm

Distordant le temps, s’appuyant sur les voix douces ,aux tons mélodieux quasi-monocordes de ses deux interprètes, Jean Bellorini convie à un songe intime, universel qui malgré le temps qui s’étire à l’envi, prend aux tripes et rappelle un instants nos disparus si chers à nos cœurs.

Par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Un instant d’après à la recherche du temps perdu de Marcel Proust
Théâtre Gérard Philipe – salle Roger Blin
59 Boulevard Jules Guesde
93200 Saint-Denis
jusqu’au 9 décembre 2018
du lundi au samedi à 20 h, dimanche à 15 h 30
relâche le mardi
durée 1h40

Mise en scène de Jean Bellorini
Avec Hélène Patarot, Camille de La Guillonnière & Jérémy Peret à la musique
Adaptation de Jean Bellorini, Camille de La Guillonnière & Hélène Patarot
Scénographie et lumière de Jean Bellorini
Costumes et accessoires de Macha Makeïeff
Création Sonore : Sébastien Trouvé
Assistanat à la scénographie : Véronique Chazal

Production Théâtre Gérard Philipe, centre dramatique national de Saint-Denis Coproduction Les Théâtres de la Ville de Luxembourg, TKM Théâtre Kléber-Méleau, Renens, Théâtre de Caen, La Criée – Théâtre national de Marseille.

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