Thomas Jolly électrise Thyeste de Sénéque

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En ouverture de la 72e édition du Festival d’Avignon , Thomas Jolly électrise Thyeste de Sénèque

Musique assourdissante, lumières aveuglantes, Thomas Jolly investit le palais des papes pour l’ouverture du 72e festival d’Avignon et donne à l’horrifique tragédie de Sénèque des airs de manga japonais, d’opéra slam-rock. Porté par la très belle traduction de Florence Dupont, il signe une mise en scène percutante, rutilante où la noirceur des âmes vengeresses éclipse le rouge du sang.

Le vent s’engouffre et gronde dans la cour d’honneur du Palais des Papes, emportant tout sur son passage, les robes des furies, les papillons noirs de la vengeance, le sang des crimes de Thyeste et Atrée. S’emparant de ce lieu magistral, Thomas Jolly habille d’une lumière onirique, ténébreuse la façade de l’édifice et fait résonner le son de la colère froide, sanglante, de la vendetta implacable, fratricide.

Jouant au chat et à la souris, d’étranges personnages portant des masques, mixte entre l’étrange tête du fantôme qui accompagne Chihiro dans son voyage et le visage aux larmes de sang des pleureuses des tragédies romaines, envahissent l’immense plateau. Ballet singulier, danse macabre, les enfants de la furie (impétueuse Annie Mercier), préparent son arrivée, sa vindicte contre la famille de Tantale. Sortant de l’enfer le supplicié infanticide et cannibale, elle maudit sa descendance et promet un destin funeste et mortifère à ses deux petits-fils.

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Les enfants de la Furie jouent au chat sous les cadavres des descendants de Tantale ©Christophe Raynaud de Lage

Jeune roi doux et rêveur, Atrée (ténébreux et diabolique Thomas Jolly) est blessé au plus profond de son âme par son frère Thyeste (tonnant Damien Avice) qui lui vole sa femme, son honneur et surtout le bélier d’or, symbole de sa légitime souveraineté. Insidieusement, le poison de la vengeance gagne son cœur, gangrène son esprit. Se rappelant de la funeste fin de son père Pélops, offert aux dieux en banquet, il manœuvre dans l’ombre, un plan machiavélique, un attentat monstrueux contre l’humanité pour laver l’affront. Lors d’un banquet gargantuesque, il prépare à Thyeste, revenu d’exil, un met de choix, ses trois fils savamment sacrifiés et assaisonnés.

S’emparant du texte cruel, violent et sadique de Sénèque, Thomas Jolly invite à une plongée fantasmagorique en enfer aux sons de basses entêtantes, de diatribes tonitruantes et de slams hypnotiques. Préférant la suggestion à l’horreur des crimes, il entraîne les spectateurs dans une version éminemment romanesque et onirique de ce drame familial d’une rare et cruelle violence. Les mots frappent et cognent imprimant au fond de nos rétines des ruisseaux de sang, des visions cauchemardesques de chairs déchirées, dépecées. On peut regretter quelques envolées emphatiques, quelques longueurs, mais la scénographie épurée et la mise en scène très rock, très électrique, attrapent et saisissent.

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Thomas Jolly est Atrée © Christophe Raynaud de Lage

Véritable son et lumières à la limite du réel, Thyeste version Jolly assiège la cour d’honneur du Palais des papes et l’habille d’un linceul poétiquement horrifique.

Par Olivier Fregaville-Gratian d’Amore

Thyeste de Sénèque
Festival d’Avignon
Cour d’honneur du palais des Papes
Place du Palais
84000 Avignon
jusqu’au 15 juillet 2018
tous les jours à 21h30 relâche le 11 juillet 2018
durée 1h30

Mise en scène de Thomas Jolly assisté de Samy Zerrouki
Scénographie de Thomas Jolly et de Christèle Lefèbvre
Traduction de Florence Dupont
Avec Damien Avice, Éric Challier, émeline Frémont, Thomas Jolly, Annie Mercier, Charline Porrone, Lamya Regragui, Charlotte Patel (violoncelle), Caroline Pauvert (alto), Emma Lee, Valentin Marinelli (violons) et la Maîtrise populaire de l’Opéra Comique et la Maîtrise de l’Opéra Grand Avignon
Collaboration artistique: Alexandre Dain
Musique de Clément Mirguet
Lumière de Philippe Berthomé et de Antoine Travert
Costumes de Sylvette Dequest
Maquillage de Élodie Mansuy

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