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The Roots, le hip-hop magnifié par Kader Attu

Des corps agités de soubresauts, des mouvements saccadés, des silhouettes virevoltantes, des ombres vibrantes et des gestes mécaniques constituent le riche vocabulaire de ce ballet onirique, de cette histoire poétique qui mêle danses des rues, danses traditionnelles et ethniques. Riche de ses multiples expériences passées et de celles de ses onze danseurs, Kader Attou signe avec the Roots, une chorégraphie intense, forte et puissante qui célèbre le hip-hop et lui donne ses lettres de noblesse… Magistral !..

Alors que l’immense scène de la salle Jean Vilar du Théâtre National de Chaillot est plongée dans l’obscurité la plus totale, un point lumineux éclaire un jeune homme (impressionnant et charismatique Kevin Mischel). Assis sur un vieux fauteuil, usé jusqu’à la corde, complètement déglingué, il semble perdu dans ses pensées, plongé dans ses souvenirs. Un bref mouvement, il met en route un tourne-disque sans âge. Le son crépite : une vieille mélodie. Emu, touché, le danseur se réveille, son corps se meut avec délicatesse au rythme de la musique. Les gestes sont répétitifs, fluides, à peine perceptibles. Tout son être est à l’unisson de la mélodie. Bouleversé, troublé, il arrête l’appareil.

The-Roots_Kader_Attou2-©Julien-Chauvet_@loeildoliv

Emmuré dans sa solitude, il ne perçoit pas le monde extérieur, la multiplicité des êtres qui l’entourent. En arrière-plan, un groupe de danseurs l’épie, immobile. Tous se tiennent droits comme des i, uniformément vêtus, une tenue passe-partout, sans éclat. Les pantalons sont gris ou beige. Les chemises, boutonnées jusqu’au col, sont mastic ou ciment, les vestes, étriquées, dans les mêmes tons. Eclairés par intermittence, ils scrutent l’homme seul, le penseur. Ils finissent par répondre à ses gestes par des mouvements tout aussi saccadés, tout aussi itératifs. Chaque posture, chaque action est copiée, amplifiée, transformée.

Puis la musique reprend et tous se rejoignent. C’est le début d’un songe au pays du hip-hop, parfaitement orchestré par Kader Attou. En puisant dans les cultures et les expériences de chacun, il a construit un ballet intense, profond, qui touche l’âme. Mêlant danses traditionnelles et danses contemporaines, s’inspirant des gestes du quotidien, des mouvements du monde réel, il esquisse un spectacle magique, virtuose, où l’émotion effleure à chaque geste. Le vocabulaire est précis, les danseurs, parfaitement à l’unisson. La musique est captivante. Les spectateurs sont en transe. L’instant est suspendu, étrange. Tous savent que le moment est unique, rare.

Le mouvement, et uniquement le mouvement, sert de trame au chorégraphe. Rien n’est statique. Des meubles qui glissent sur le sol à la table basse qui camoufle un trampoline, d’un fabuleux numéro de claquettes à une séance endiablée de « Breakdance », tout bouge, tout virevolte pour donner à la banalité du quotidien un air de féérie, de poésie.

The-Roots_Kader_Attou1-©Julien-Chauvet_@loeildoliv

Embarqué dans ce tourbillon au rythme effréné, le public suspend sa respiration à l’instar des artistes. Parfois, les gestes s’exécutent au ralenti, offrant à tous un moment de répit. Puis, la frénésie reprend. Les corps volent, rampent, tournent. Les groupes se forment et se disloquent. Les solos laissent place au mouvements choraux, et inversement. Une énergie d’une rare intensité parcours la salle. Eberlué, le spectateur ne sait plus où donner de la tête, pris au piège des enchaînements imaginés par Kader Attou, des prouesses physiques d’une troupe impressionnante.

Confrontant l’individualité du monde à la collectivité salvatrice, le chorégraphe raconte son propre parcours initiatique, cherchant dans toutes les danses, dans toutes ses rencontres artistiques, les racines d’un langage commun, d’une poésie des corps universelle. Clôturant sa démonstration par un final envoûtant, Kader Attou signe avec The Roots, une ode au hip-hop ingénieuse et époustouflante. La salle, debout, salue l’artiste et ses talentueux danseurs… Magique !…

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


The Roots de Kader Attou
Théâtre national de Chaillot – Salle Jean Villar
1, Place du Trocadéro
75016 Paris
Jusqu’au 30 décembre 2015
Durée du spectacle 1h30

Direction artistique et chorégraphie Kader Attou
Scénographie Olivier Borne
Peintures originales Ludmila Volf
Création sonore originale Régis Ballet – Diaphane, augmentée de musiques additionnelles
Lumières Fabrice Crouzet
Costumes Nadia Genez
Avec Babacar « Bouba » Cissé, Bruce Chiefare, Virgile Dagneaux, Erwan Godard, Mabrouk Gouicem, Adrien Goulinet, Kevin Mischel, Artem Orlov, Mehdi Ouachek, Nabil Ouelhadj, Maxime Vicente
Production CCN de La Rochelle / Cie Accrorap, direction Kader Attou
Coproduction La Coursive, scène nationale de La Rochelle / MA scène nationale – Pays
de Montbéliard

Crédit photos © Julien Chauvet

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