Couv_The Othervoice_ Ivo van Hove_DE ANDERE STEM_©_Jan Versweyveld_01_@loeildoliv

The Other Voice, le pendant masculin à la Voix humaine de Cocteau

Qui est l’autre ? Cet homme, à l’autre bout du fil, qui ne sait plus que dire pour en finir avec cette histoire d’amour, pour faire comprendre à cette femme aux abois, qu’il n’y a plus rien à attendre. Intrigué par le texte de Cocteau, Ivo van Hove, avec la complicité du comédien-auteur Ramsey Nasr, donne la parole à l’amant dans un long monologue, tentative désespérée de minimiser sa lâcheté, sa monstruosité.

Tout d’abord, il y a ce texte âpre, prenant, poignant de Cocteau, ce cri dans la nuit d’une femme qui a tout perdu, qui s’attache à un dernier appel téléphonique à celui qui l’a abandonnée. Pitoyable, pathétique, terriblement seule, elle use de tous les moyens, de ses derniers charmes pour maintenir le lien, pour tenter de ramener l’autre à la raison, à sa raison. La litanie est brûlante, incandescente, mais vaine. Rien n’y fera, il ne reviendra pas.

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Mais comment l’autre, l’homme au bout du fil, réagit il ? C’est à cette question qui taraude Ivo van Hove, quatre ans durant, après avoir monté La voix humaine, que Ramsey Nasr, l’un des comédiens de sa troupe, qui est aussi auteur, tente de répondre. Seul, du moins, on l’imagine au début, dans un appartement à la déco minimaliste, un lieu où personne ne semble vivre encore – les cartons posés de-ci de-là en atteste – , il erre attendant le coup de téléphone fatidique, l’ultime d’une série qu’ on soupçonne longue. Le visage creusé, fatigué, la voix sur la défensive, il dialogue via son ordinateur avec la femme qu’il a larguée, pour respirer, pour une autre.

Mais a-t-on envie de connaître sa version des faits, ses excuses, ses états d’âme ? Pas forcément. L’imagination n’est-elle pas suffisante ?  C’est là tout le dilemme de cette pièce inversée montrant l’autre côté du miroir. Toute la beauté de la prose de Cocteau est justement de n’avoir que les errances de cette femme, cet être au bord du suicide. En donnant la parole à l’autre, Ramsey Nasr plonge les spectateurs dans les affres du désamour, du règlement de comptes douloureux quand les braises de la passion ne sont pas encore éteintes. Par lâcheté, par veulerie, l’homme répond, s’énerve, manipule, culpabilise, blesse celle qui cinq ans durant a été sa compagne. N’arrivant pas à raccrocher, il continue à entretenir cette discussion pénible, malsaine, qui leur fait mal à tous deux, ainsi qu’ à sa nouvelle compagne qui subit ,par ricochet, la guerre larvée ,sans merci que se livrent les deux anciens amants.

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Malgré le texte ciselé, précis de Ramsey Nasr, son jeu d’un réalisme sidérant, la présence lumineuse de Belinda van der Stoep – la nouvelle maîtresse – , et la mise en scène au cordeau d’Ivo van Hove, l’ensemble ne prend pas totalement. On reste en dehors. On n’arrive pas à être en empathie avec cet homme, cet humanitaire incapable de mettre fin à cette relation toxique, qui fait de la femme quittée, une harceleuse, une harpie prête à tout,même à se donner la mort pour hanter à jamais les pensées de l’aimé.

En présentant cet étonnant dialogue ,à deux semaines d’intervalle, au Théâtre de la Ville, Ivo van Hove livre son regard sur un amour sans fin heureuse, et signe un diptyque assassin.

Par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


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The Other Voice de Ramsey Nasr
pièce en néerlandais sur-titré
Théâtre de la Ville
Espace Cardin
Avenue Gabriel
75008 Paris
Jusqu’au 16 novembre 2018
Tous les jours à 20h00
Durée 1h30 environ

Mise en scène d’Ivo Van Hove
Dramaturgie de Bart Van Den Eynde
Avec Ramsey Nasr & Belinda van der Stoep
scénographie & lumières de Jan Versweyveld assisté de Bart Van Merode
Son de Timo Merkies
traduction des textes en arabe : Tayseer Nasr
Costumes de Wim Van Vliet
CASTING Hans Kemna
PAYS Pays-Bas

Crédit Photos © Jan Versweyveld

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