Tartiufas, le show techno rock d’Oskaras Koršunovas

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Au Festival d’Avignon , Oskaras Koršunovas donne des airs de techno rock au Tartuffe de Molière

Lumières stroboscopiques, coups de feu, musiques assourdissantes, Le Tartuffe version lituanienne a tout d’un opéra techno-baroque, d’une farce politique délirante et déjantée. En adaptant, à sa sauce kitsch, la pièce de Molière, quitte à en détourner le propos, Oskaras Koršunovas signe un spectacle foutraque et labyrinthique qui se perd dans un foisonnement d’effets.

Pendant que le public s’installe dans la salle éphémère de l’Opéra Confluence, située juste en face la Gare TGV, un écran géant dévoile les coulisses. Avant de monter sur scène, les comédiens amusent la galerie de leurs facéties, de leurs grimaces. Ce prologue donne le ton au spectacle. S éloignant quelque peu de la comédie noire de Molière, dénonçant les impostures religieuses, Oskaras Koršunovas esquisse le portrait d’une société décadente, libertine où s’épanouit la graine du fascisme, du nationalisme le plus sectaire.

Dans un immense labyrinthe, la famille du seigneur Orgon (Salvijus Trepulis), tyran domestique aux airs de Putine, ripaille, s’amuse et va de débauches en perversions. Mais dans l’ombre, Tartiufas (Giedrius Savickas) le faux dévot avide d’argent, veille au grain. Aidé de sa grande alliée, madame Pernelle, mère pieuse et rigide du maître de céans, il entend  faire rendre gorge à ces bourgeois enfermés dans leur bulle de plaisirs, dépensant sans compter et un peu trop sûr d’eux.

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Dans le labyrinthe imaginé par Vytautas Narbutas, la famille d’Orgon s’amuse © Christophe Raynaud de Lage

Musique techno jouée à fond en direct par le pianiste Joris Sodeika, le metteur en scène déconstruit l’œuvre du dramaturge français pour mieux dénoncer corruptions et dérives qui gangrènes les instances dirigeantes de nos sociétés perverties par l’argent. Utilisant les technologies d’aujourd’hui, les jeux vidéos, Facebook, Oskaras Koršunovas ancre son Tartuffe dans le monde actuel n’hésitant pas à incruster dans son spectacle des images tournée dans Avignon le soir de la Victoire des Bleues. Tronquant le texte, l’amputant de sa fin heureuse et morale, pour mieux coller, on imagine, à la première version censurée de Molière, il entraîne le spectateur dans un tourbillon burlesque et extravagant à la fin funeste et tragique.

Malheureusement, si tous les éléments semblent réunis pour que la tempête baroque-kitsch imaginée par Oskaras Koršunovas désarçonne et captive un public hypnotisé, la surabondance d’effets alourdit l’ensemble et finit par perdre l’attention du spectateur. Par ailleurs, la transposition de Tartuffe de dévot en apprenti dictateur a bien du mal à prendre. Malgré le talent fou de la troupe du Théâtre national de Vilnius, ce Tartiufas, show techno rock, a bien du mal à convaincre. Trop démonstratif, trop barré, trop foutraque, il finit par lasser faute d’être abouti. C’est d’autant plus dommage qu’on se laisserait bien embarquer dans la farandole folle et psychédélique de ces pantins kitsch, si elle ne finissait pas dans un des murs végétaux du magnifique décor signé Vytautas Narbutas.

Par Olivier Fregaville-Gratian d’Amore

D’après Le Tartuffe de Molière
Festival d’Avignon 2018
Opéra Confluence
Place de l’Europe
84000 Avignon
Jusqu’au 21 juillet 2018
Tous les jours à 18h
Durée 2h00 environ

Mise en scène d’Oskaras Koršunovas assisté de Antanas Obcarskas
Traduction d’Aleksys Churginas
Avec Remigijus Bucius, Kestutis Cicenas, Vesta Grabstaite, Darius Meškauskas, Eimantas Pakalka, Agnieška Ravdo, Rasa Samuolyte, Giedrius Savickas, Nelé Savicenko, Salvijus Trepulis, Toma Vaškeviciute et  Joris Sodeika au piano
Chorégraphie de Vesta Grabštaité
Musique de Gintaras Sodeika
Scénographie de Vytautas Narbutas
Lumière de Eugenijus Sabaliauskas
Vidéo d’Algirdas Gradauskas
Costumes de Sandra Straukaité

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