Sébastien Pouderoux, en quête de Gainsbourg

Avec son acolyte Stéphane Varupenne, Sébastien Pouderoux revisite l’univers poétique et musical de Gainsbourg au Studio-Théâtre de la Comédie Française. Véritable homme orchestre, ce grand ténébreux, un brin timide, revient sur cette aventure extraordinaire, une commande d’Eric Ruf, qu’il a pris un grand plaisir à honorer. 

Le regard sombre, la stature droite, c’est dans sa loge que le comédien a accepté de nous recevoir, quelques heures avant sa montée sur scène. Tenue décontractée, affable, buvant son jus de carotte, Sébastien Pouderoux fait partie de ces grands sensibles, de ces bourrus romantiques. Le verbe rare, le phrasé posé, il se souvient de sa première fois. C’était au Collège à Saint-Maur-des-Fossés. Le trac au creux du ventre, devant ses camarades de classe, il s’est approprié un sketch de Raymond Devos. Raconter une histoire, faire rire, la sensation des planches, le virus du théâtre venait de faire une nouvelle victime. De cours de théâtre amateur à Fontenay-sous-bois à la fac de l’art du spectacle à Censier-Daubenton, où il se passionne pour le travail de Heinrich von Kleist, écrivain et poète, chantre du  courant littéraire du romantisme allemand, le jeune homme trace sa route. L’ambiance des répétitions, les filles, leurs regards, les discussions, les réflexions sur la manière d’aborder telle ou telle scène, font partie de son quotidien. Tout s’enchaîne très vite. Du Théâtre National de Strasbourg, où il fait ses classes aux côtés de Marie Rémond et Clément Bresson, au Jeune Théâtre National, où il côtoie des metteurs en scène en vue très différents, le jeune comédien suit un parcours finalement assez classique. Après cinq ans en freelance, quelques rôles marquants, comme Claude Simon, le prix Nobel de littérature, dans Nouveau Roman de Christophe Honoré, Sébastien Pouderoux fait son nid qui le conduit tout droit au Français, où il entre comme pensionnaire en 2012, avant d’être nommé sociétaire l’an dernier. 

Comment avez vous eu l’idée d’adapter sous forme de pièce des histoires musicales ? 

Sébastien Pouderoux : C’est vraiment des hasards. Je fais de la musique depuis que je suis petit. J’ai commencé par le piano, avant de passer au violon, à la clarinette au TNS et enfin à la guitare en autodidacte. C’est une vraie passion. Je m’y adonne comme un fou. Après j’avoue, je ne suis pas très doué pour trouver des idées de spectacle. Je me laisse guider par les autres, notamment par Marie Rémond, qui a toujours été moteur sur les projets que nous avons montés ensemble. Ça a été le cas sur Comme une pierre…où nous avons adapté le livre de Greil Marcus qui conte la naissance de cette chanson mythique de Bob Dylan. Pour Les serge, c’est Eric Ruf, qui nous a proposé  à Stéphane Varupenne et à moi-même, de travailler sur Gainsbourg, fort du succès de la précédente pièce. Une fois, la base établie, c’est un plaisir pour moi de creuser le sujet, d’honorer la commande. Je fonctionne assez bien quand on me met devant le fait accompli, sinon je suis assez insatisfait. Je pense que je trouverais toujours mieux. 

Comment vous avez appréhendé la personnalité de Gainsbourg ? 

Sébastien Pouderoux : dès le départ, nous voulions faire quelque chose de très différent de ce que nous avions fait sur Bob Dylan. D’un, parce que nous n’avions pas la même matière, c’est à dire le récit fascinant de cession d’enregistrements sur une journée, et de deux, il nous semblait impossible de donner à un acteur le rôle de Serge (Gainsbourg). Ça ne fonctionnait pas. Le fait qu’il soit Français, qu’il fasse parti de notre culture populaire, qu’il soit aussi proche de nous, cela nous semblait périlleux, compliqué. On manquait de recul. Il nous a donc semblé plus opportun d’esquisser un portrait à six, ce qui permet d’aborder un peu toutes ses facettes, de l’homme réservé en privé au show man provocateur sur les plateaux de télévision. Chacun en prend un bout, mais jamais vraiment totalement. Ainsi Noam (Morgenszstern) incarne plus Gainsbarre, le Serge de la fin. Ce n’est pas aussi simple, pas aussi clair. Dés le début, l’idée était que chaque comédien se dise : Si j’étais Serge, je serais comment. Le but n’était pas de l’incarner mais de montrer le processus qui nous mène au Gainsbourg que l’on a dans la tête, à cette discussion imaginaire que chacun a avec lui. Ainsi le spectacle, et c’est les retours que nous avons du public, parle autant de lui que de nous. Et c’est tant mieux. Face à un tel personnage, il faut être humble. 

Comment avez vous abordé la musique ? 

Sébastien Pouderoux : Dans un premier temps, avec Stéphane, nous avons travaillé sur la structure du spectacle, sur sa colonne vertébrale, notamment en regardant ses interviews, ses interventions télévisuelles, mais aussi la grande et géniale biographie de Gilles Verlant. Très vite, on s’est rendu compte qu’un spectacle n’y suffirait pas et que si les spectateurs voulaient vraiment tout connaître de la vie de Gainsbourg, ils auraient la curiosité de creuser par eux-mêmes. N’étant pas très client du biopic, ne souhaitant pas tomber dans la caricature, le surfait, nous avons préféré évoquer par touches l’artiste, sa douceur, son élégance, ses doutes, son esprit brillant, acéré. Nous avons épuré l’informatif, le factuel pour nous concentrer sur l’intime et ainsi esquisser un portrait à six. Finalement, nous racontons nos coups de foudre avec Serge, notre rencontre quasi amoureuse avec sa personnalité, son génie. Une fois, cette base posée, nous avons travaillé ensemble la musique, le choix des chansons avec Benjamin Lavernhe, Noam Morgensztern, Rebecca Marder, Yoann Gasiorowski et Stéphane Varupenne. Comme il a fallu réarranger les morceaux choisis dans l’œuvre de Gainsbourg, nous avons fait appel à Martin, Vincent Leterme et Guillaume Bachelé. C’est une aventure collective, un travail de longue haleine, nous avons commencé à répéter en février 2018. Le challenge était d’autant plus important  que nous avions décidé de couvrir l’ensemble de sa carrière, de son éclectisme et des styles musicaux qu’il a traversés du reggae à la pop en passant par le jazz et l’électro. Pour trouver le bon tempo, la bonne acoustique, nous avons demandé de l’aide à Théo Jonval, un ingénieur son qui a l’habitude des concerts. D’ailleurs, il nous accompagne au plateau pour cette balade musicale d’Initials B.B. au Poinçonneur des lilas en passant par Black Trombone

Propos recueillis par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


Les Serge (Gainsbourg point barre) 
Au studio-Théâtre de la Comédie Française
99, rue de Rivoli
75001 Paris
jusqu’au 30 juin 2019
Durée 1h20 environ
 

Crédit portrait officiel © Stéphane Lavoué, Coll. Comédie- Française / Crédit photos © Vincent Pontet, Coll. Comédie-Française

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