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Royale Légende … dans les méandres d’une amitié imaginaire

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Au théâtre du Petit-Louvre à Avignon, Le chevalier d’Eon et Marie-Antoinette discutent par postscriptum interposés

Sur scène, deux êtres de légende, bousculés, chahutés par l’Histoire, se frôlent, se cherchent, se croisent et conversent par lettres inventées. Marie-Antoinette délicate, enfantine, maternelle, humaine et attachante se confesse et se livre au séduisant Chevalier d’Eon, espion travesti et philosophe. L’instant est poignant, charmant. De ce parcours initiatique de l’adolescence à l’échafaud, on retiendra la beauté du texte, sa poésie et le jeu fascinant de Patrick Blandin, séducteur dans l’âme tout autant en homme qu’en femme. Magique.

L’argument : Royale Légende, c’est l’Histoire vraie d’une correspondance qui n’a jamais existé entre Marie-Antoinette, reine grave et frivole et le Chevalier d’Eon aussi  redoutable qu’excentrique. Vingt ans d’une amitié fidèle, en quelques lettres, depuis les premiers pas de « l’autrichienne » sur le sol français jusqu’à ses derniers pas sur l’échafaud.
Royale Légende est un regard décalé sur un monde qui s’écroule, une divagation pétillante sur l’Histoire, la rencontre de deux témoins perdus dans un costume qui ne leur va pas. La découverte de deux êtres humains dans leur intimité, leur complexité, et le récit déchirant de leur déchéance.

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Patrick Blandin incarne avec passion le Chevalier d’Eon © DR

La critique : Fardé, poudré, un homme-femme (charismatique Patrick Blandin) s’avance sur scène. Il/elle ne porte qu’une simple nuisette de lin. C’est une apparition venue d’un autre temps. Cet énigmatique personnage n’est autre que Charles Geneviève, chevalier(ère) d’Eon, l’espion le plus célèbre de Louis XV. Il jubile. Par son entremise auprès de l’impératrice d’Autriche il vient de réussir l’impossible mariage entre le dauphin de France et Marie-Antoinette. Une femme (surprenante Nadine de Géa) entre. Elle porte une chemise de nuit blanche immaculée. C’est elle. La future Reine de France. Entre ces deux êtres, l’un marqué par la non reconnaissance de son sexe, et l’autre par la tragédie, un lien se crée. Il semble indestructible. Enchaînés, l’un à l’autre, ils se complètent, se comprennent et s’accompagnent dans les vicissitudes de la vie, qui les mènera de la montée aux nues jusqu’à la chute du couperet.

Ces deux personnages, devenus des icones, se sont ils réellement croisés ? On ne le sait. Mais là n’est pas l’important. Avec délicatesse, Frédéric Mancier et Bernard Larré imaginent une correspondance épistolaire entre ces deux âmes incomprises. Un dialogue de femmes entre futilité et profonde réflexion sur l’existence et le sens de la vie. Le texte est drôle, implacable, émouvant, indulgent et dur. Les mots même inventés ne mentent pas. Ils sont le reflet de la pensée. Bien documenté, le texte mêle habilement faits réels, évènements historiques et détails de la vie intime. Ce sont deux cœurs qui se jaugent, s’épanchent, s’aiment et se respectent. Deux femmes en devenir qui entament ensemble un parcours initiatique, celui de la féminité. Derrière la céruse, c’est la solitude qui frappe impitoyable, cruelle.

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Face à face bouleversant entre une reine déchue et un homme privé de sa virilité © DR

Le propos léger, superficiel, tout autant que grave, est porté par une mise en scène d’une simplicité désarmante. Point de décor, ici. Juste deux robes superbes, que l’une mettra à l’autre, et inversement, marquant ainsi l’entrée dans le carcan étroit de la vie de Femme.

La présence lumineuse de Patrick Blandin, formidable chevalière d’Eon, donne une étrange force à ce dialogue d’une étonnante modernité. Ses pantomimes enchantent, son sourire désarme. En un mot, il séduit faisant presque oublier qu’il n’est pas seul sur scène…Nadine de Géa se révèle dans la maturité du personnage, dans son chemin de croix, offrant une montée à l’échafaud bouleversante…

Festival Avignon OFF
Royale Légende de Frédéric Mancier et Bernard Larré
Théâtre du Petit Louvre – salle Van Gogh
23, rue Saint-Agricol
84000 Avignon
Jusqu’au 26 juillet 2015
Tous les jours à 11h
Durée 1h10

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Deux femmes sur le chemin de la féminité © DR

texte de Frédéric Mancier et Bernard Larré
Mise en scène de Xavier Berlioz
Avec Nadine De Géa et Patrick Blandin
Costumes de Magali Segouin et Axel Boursier
Musique et création sonore d’après Gluck : Anne Isabelle Devillers assitée de Julien Beau
Création lumières de Philip Blandin
Production, Crescendo Productions Compagnie Birdy

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