Reconstitution, règlements de compte d’un cœur à la vie à la mort

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Au théâtre de l’Aquarium, Pascal Rambert donne, dans Reconstitution, la parole aux femmes de cinquante ans qui ont tout perdu amour, enfant et santé

Blessée, abîmée, elle est là, la cinquantenaire que la maladie a ravagée, que la fille a éloignée, que l’homme a abandonnée. Vibrante, elle veut, au tournant de son existence, revivre les premiers émois de son couple, les vestiges de son humanité. Avec justesse, poésie, Pascal Rambert invite à ressentir tous les battements de cœur qu’une violente douleur dévaste, saccage. Magnifiquement éprouvant !

L’espace de jeu est délimité au sol par un immense rectangle blanc, immaculé, évoquant quelques hangars froids et impersonnels. Sous une lumière blafarde, froide d’une dizaine de néons, au fond de la scène, sur des tables de métal des cartons renfermant les souvenirs d’une vie commune heureuse, quelques objets rappelant les bons moments, attendent l’arrivée d’une femme, d’un homme qui se sont aimés passionnément, mais dont les braises de la passion se sont depuis longtemps éteintes. Alors qu’un cancer du sein ronge sa chair, ses dernières forces, l’ancienne épouse propose à son ex-mari de se retrouver le temps d’une journée pour reconstituer ce que fut leur couple, leur famille afin d’en finir avec les rancœurs et se réconcilier.

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Guy Delamotte se laisse faire par celle qui a partagé sa vie plusieurs décennies © Tristan jeanne-Vales

Si l’idée de faire revivre des instants à jamais perdus semble bien saugrenue, les deux anciens amants se prêtent volontiers à ce simulacre de vie. Face à face, ils se jaugent, se scrutent. La femme, Véronique (incandescente Véro Dahuron), prend rapidement le dessus. Elle dirige les échanges. Bonne pâte, l’homme, Guy (dépassé et accommodant Guy Delamotte), se laisse faire, embarquer dans ce troublant retour vers le passé.

Par touche, Pascal Rambert dessine de sa plume ciselée, vibrante, les contours de cet amour fou, de cette passion, de ce couple que le quotidien a usé. Il puise dans les ressentis de la femme blessée dans son corps, dans sa féminité, dans ses douleurs profondes de mère que la fille a rejetée, dans ses amertumes d’amante qui a vue décroître le désir dans les yeux de son mari. Imperceptiblement, il tente par ses mots, ses itérations, de panser les plaies, de cautériser les blessures, de cet être qui dans un dernier souffle de vie cherche à régler ses comptes pour mieux être en paix.

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Véro Dahuron libère sa parole, son cœur dans un dernier souffle de rage salvatrice © Tristan Jeanne-Vales

Jouant des ellipses, s’amusant des fausses pistes, refusant de tout dévoiler de cette histoire d’amour, de famille, Pascal Rambert entraîne, par sa sobre et épurée mise en scène, le spectateur au plus près d’émotions brutes, vives qui chavirent et bouleversent les cœurs. Avec une lucidité poignante, une sagacité saisissante, il donne la parole à toutes ces femmes qui, à cinquante ans, voient leur vie basculer dans le néant, la solitude. Dans la colère, la vindicte, l’attendrissement pathétique parfois, elles cherchent, dans un dernier coup de poker, à renaître ou à disparaître.

Jamais aussi captivant, brillant, que quand il parle d’amour – sic Clôture de l’amour -, Pascal Rambert signe avec Reconstitution, une pièce enflammée, exaltée qui touche l’âme et que le jeu fiévreux, habité des deux comédiens du PANTA théâtre, Véro Dahuron et Guy Delamotte, pour lesquels le texte a été spécialement écrit, transcendent. Un bijou de férocité salvatrice, un cri déchirant d’humanité, une ode à la vie, à la mort !

Par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Reconstitution de Pascal Rambert
Théâtre de l’Aquarium – Petite salle
La Cartoucherie
Route des Champs de manœuvre
75012 Paris
jusqu’au 23 mai 2018
du mardi au samedi à 20 h, le jeudi 10 mai et le dimanche à 16 h
durée 1h20

mise en scène, scénographie & lumière de Pascal Rambert
avec Véro Dahuron et Guy Delamotte (PANTA THÉÂTRE)
régie lumière : Fabrice Fontal
régie : Valentin Pasquet

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