Pygmalion, mise en scène par Ned Grujic… fantaisie théâtrale, simple et charmante

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Laure Pester incarne une délicieuse Eliza Doolittle dans le Pygmalion donné actuellement au Théâtre 14

Emportée par une troupe de comédiens fort talentueuse, cette énième version de la pièce de Bernard Shaw ne révolutionne certes pas le genre mais apporte une touche de fraîcheur fort sympathique et revigorante. La présence lumineuse de Laure Pester y est pour beaucoup. Libérée de l’image de chanteuse « midinette », la jeune femme se prend au jeu et s’amuse dans ce rôle de jolie ingénue. La mise en scène de Ned Grujic, classique mais rythmée, offre un joli moment de théâtre plein de fantaisie et de rires… Amusant !…

L’argument. Pygmalion, c’est l’histoire d’Eliza Doolittle, petite marchande des rues qu’un célèbre professeur de phonétique prend le pari de transformer en duchesse. La pièce de Bernard Shaw ne revêt pas tout à fait les couleurs du conte de fées, et pourtant, elle en a l’apparence.

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Eliza Doolittle écoute avec attention les cours d’Henry Higgins (Benjamin Egner), une charmante Galatée face à son Pygmalion © Lot

La critique. Rideaux fermés, « Astoria » écrit en lettres lumineuses accrochées aux cimaises, une mère et sa fille, « lookées » années 1950, se protègent d’un terrible orage. Elles attendent le retour du fils et frère, parti chercher un taxi. Du fond de la salle, une jeune fille en haillons, cheveux bruns, harangue le public et les deux femmes. C’est Eliza Doolittle (charmante Laure Pester). Pauvresse, issue des bas quartiers, accent à couper au couteau, voix gouailleuse, elle essaie de gagner sa vie en vendant des bonbons, des cigarettes.
Deux hommes, entre deux âges, rejoignent le groupe. L’un est un phonéticien de renom, Henry Higgins (excellent Benjamin Egner), l’autre est un militaire à la retraite, le Colonel Pickering (parfait Philippe Colin). Jusqu’alors, tous deux ne se connaissaient que de nom et de réputation : ils entament une discussion au sujet de la jeune fille et de son intonation si particulière. Très vite, le professeur de phonétique voit une possibilité de montrer à tous qu’il est capable de transformer une enfant des rues en femme du monde, en duchesse. Piqué au vif, l’ancien officier propose de financer l’expérience si Higgins relève le défi. Le pari est ouvert.

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Face à la haute société, les cours d’Higgins font des miracles et Eliza est une jeune fille parfaite quoiqu’un peu excentrique © Lot

Durant plusieurs mois, les deux gentlemen vont tout faire pour que le papillon sorte de sa chrysalide. Entre eux et la jeune fille, un climat étrange s’installe. Leurs deux mondes, leurs deux cultures, vont se confronter pour notre plus grand plaisir. Grâce à la mise en scène enlevée de Ned Grujic, les situations ubuesques et drôles se succèdent à un rythme fou et offrent à la pièce de Bernard Shaw un charmant écrin.

Le public se laisse séduire par la fraîcheur de Laure Pester dont c’est la première apparition sur les planches. Epatante dans la première partie, où elle prend plaisir à malmener la langue et à se grimer en souillon, elle semble un peu moins à l’aise dans la seconde partie où, éblouissante, elle incarne le glamour hollywoodien. Secondée par l’excellent Benjamin Egner, qui s’amuse à jouer les cyniques, les misogynes patentés, les vieux garçons endurcis refusant de voir l’amour qui frappe à sa porte, elle illumine la scène. Entourée par une troupe au diapason, la jeune femme fait très vite oublier Lorie, la chanteuse, pour ne laisser voir que la comédienne débutante. Séduite, la salle se laisse prendre à cette jolie histoire, à ce conte de fée des temps modernes. Si la critique sociétale, voulue par l’auteur, est ici à peine effleurée, la comédie est parfaitement exécutée. En replaçant l’action dans l’âge d’or d’Hollywood, le metteur en scène oppose l’image d’Epinal des stars de cinéma à leur double réel, humain. Afin de renforcer l’effet de cette mise en abyme, il entrecoupe chaque acte de fausses images d’archives, ainsi que d’extraits montrant Audrey Hepburn, la magnifique interprète de My fair lady, la plus belle adaptation de Pygmalion au cinéma.

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Le charme opère, Higgins est séduit par Elisa © Lot

Après deux heures de rire et de bonne humeur, le public sort heureux, le sourire aux lèvres. Le joli moment de théâtre passé, il se souviendra un temps de la prestation de Laure Pester, qu’on espère revoir au plus vite sur les planches… étonnant !..

Pygmalion de Bernard Shaw
théâtre 14
20 avenue Marc Sangnier
75014 Paris
jusqu’au 27 février 2016
le mardi, vendredi et samedi à 20h30
le mercredi et jeudi à 19h00
et le samedi séance supplémentaire à 16h00
durée 2h05

Traduction et Adaptation Stéphane Laporte
Mise en scène Ned Grujic assisté de Sonia Sariel
Avec Lorie Pester, Sonia Vollereaux, Benjamin Egner, Jean-Marie Lecoq, Philippe Colin, Claire Mirande, Emmanuel Suarez et Cécile Beaudoux
Décors de Danièle Rozier
Costumes de Virginie Houdinière
Lumières d’Antonio De Carvalho
Musique de Raphaël Sanchez
Maquillages et coiffures : Solange Beauvineau
Réalisation vidéo de Sylvain Le Crom et Guillaume Carrier

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