Portrait poignant d’une fleur fragile

Sans pathos, Amandine Rateux radiographie son histoire, son passé d’anorexique et signe une pièce délicate, drôle et sensible. Portée à la scène par la rayonnante Julie Cavanna, Mimosa touche en plein cœur. 

Belle, lumineuse, Mimosa (Julie Cavanna) caresse son ventre rond. Le bonheur irradie son visage. La maternité lui donne des ailes, lui permet d’en finir, elle espère avec un passé douloureux. Née dans une famille dysfonctionnelle dont les parents ont fini par divorcer, la jeune fille a bien du mal à trouver sa place.

Proche de son père, à qui elle ressemble, elle n’arrive pas à communiquer avec sa mère. Belle, élégante, cette dernière ne comprend pas comment la chair de sa chair peut ne pas avoir de contenance, de prestance. Elle n’a pas honte, mais on n’en est pas loin. La rabaissant sans le faire exprès, sans se rendre compte que ses mots sont des poignards dans l’âme de l’adolescente. 

Se trouvant moche, grosse, n’arrivant pas à séduire le beau Thomas, dont elle est amoureuse, elle tombe dans une sorte d’abattement, qui se transforme en anorexie. Elle n’avale plus rien, refuse d’aller dormir chez ses amies de peur de devoir manger, se fait vomir, compte toutes les calories, égrène de manière compulsive les aliments interdits. Elle met sa santé en danger, la seule solution est l’hospitalisation.

Plongeant dans ses souvenirs, réinventant son histoire, Amandine Rateux signe une fable poétique sur son enfance, celle d’une jeune fille mal dans sa peau, une fleur des champs qui a bien du mal à pousser. Abordant l’anorexie simplement, sans trop en faire sans tomber non plus dans le drame, elle tire le fil de son récit entre une époque qu’elle espère révolue et un futur joyeux avec son enfant à venir.

Qui de mieux que Julie Cavanna pouvait prendre ce rôle, le faire sien et donner au texte toute sa profondeur émotionnelle, sa légère gravité. Corps frêle, légèrement arrondi par sa maternité, la comédienne, auréolée d’un Molière pour sa prestation dans Adieu Monsieur Haffmann de Jean-Philippe Daguerre, brûle une nouvelle fois les planches et campe avec intelligence et fraîcheur Mimosa. Touchante, drôle, Elle est une fleur en plein éclosion, qu’il faut sans tarder voir, revoir. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé Spécial à Avignon


Mimosa d’Amandine Rateux
Festival d’Avignon Le OFF
Théâtre Arto 
3, rue du Râteau
84000 Avignon
Jusqu’au 28 juillet 2019 à 11H25
Durée 1h10


Avec Julie Cavanna
Complicité artistique Laurent Couraud
Costume d’Alain Blanchot
Lumières de Christophe Naillet

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