Oracles, la mélopée guerrière et rageuse de Didier Manuel

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Dans le cadre du festival Ring, Didier Manuel invite à une performance qui allie poésie urbaine, transe chamanisme et automutilation

Convoquant différentes figures de la masculinité, emblèmes virils de nos sociétés patriarcales, le performeur Didier Manuel décline en quatre Oracles, quatre poèmes urbains, à coup d’uppercuts verbaux, l’état désastreux du monde. Une vision artistique sans concession qui interroge nos consciences sur la déshumanisation de l’homme.

Visage coupé à la serpe, regard noir, inquiétant, Didier Manuel se prépare lentement, méthodiquement au combat qu’il va bientôt mener. Il bande ses mains afin de les protéger des coups qu’il va donner à son adversaire imaginaire qu’est l’homme sans âme qu’il dénonce dans ses poèmes urbains. Veste ouverte dévoilant son torse tatoué, pantalon noir, pieds nus, il scrute la foule venu l’écouter. Feuilles blanches en main, il prend une respiration et entonne une sorte de litanie, une complainte qu’il adresse à l’être aimé qui ne veut pas voir que le monde qui les entoure s’écroule, qui ne veut pas comprendre qu’il n’y a plus d’espoir.

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sur une chaise, face au public, Didier Manuel scande une litanie triste et rageuse © OFGDA

Si parfois, sa voix grave tonne, avant de se radoucir, les mots roulent à un rythme lancinant. Ils se font l’écho de ce monde qui utilise les enfants comme esclaves, où les gens ne communiquent plus que par technologie interposée, où les politiques, s’arrogeant tous les privilèges, ont perdu tout droit d’imposer quelques réglementations que ce soient, où les dieux n’ont que faire des hommes qui croient en eux, où les Cassandre annonciatrices de catastrophes inévitables passent bien après les promesses d’un bon repas.

Noir, lucide, le propos de Didier Manuel frappe, tape avec une violence inouïe révélant une poésie crue, âpre, féroce. Se blessant dans sa propre chair, se maltraitant, il libère dans une transe finale, toute sa rage, sa fureur avant d’accepter de montrer sa part de féminité. Un étrange show entre lyrisme de rue et performances rappelant celles encore plus trashs du comédien et réalisateur HPG. Un spectacle déroutant qui questionne sur notre capacité à supporter le mal-être apparent et contagieux de l’autre, sa différence, sa singularité.

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Debout, il entre en transe dans un final singulier © OFGDA

Oracles
Spectacle de rue dans le cadre du festival Ring
Théâtre de la Manufacture
10 Rue Baron Louis
54000 Nancy
durée de chaque oracle entre 30 et 45 minutes

Performance
Otomo De Manuel
Cie ORDINARY DAMAGED MOVEMENTS
Chant (Oracle 2) : Pauline Manuel
Régie générale : Emmanuel Pestre
Assistant plateau et Body Piercing : Sam Bruckert
Co-production Festival Préavis De Désordre Urbain, Festival Éclat d’Aurillac, Centre National des Arts de La Rue Le Parapluie, Théâtre L’Horizon La Rochelle, Cie Tanz-Noya, Mouvement Charnel

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