Opérette en la majeur

S’inspirant pour la quatrième fois des contes des frères Grimm, avec humour, exubérance et un brin de nostalgie surannée, Olivier Py met de bien belles étincelles dans les yeux des festivaliers avec sa pièce chantée L’Amour vainqueur.

La vie n’est pas simple quand on est princesse (évaporée et volontaire Clémentine Bourgoin). Il faut obéir à son père, épouser un homme que l’on n’aime pas et laisser celui qui fait battre notre cœur, sinon c’est la prison. Ce n’est pas mieux quand on est prince (ténébreux et admirable Pierre Lebon), les règles sont tout aussi contraignantes. Impossible de se rebeller, il faut accepter l’autorité parentale, partir à la guerre, même si au plus profond de soi on est pacifiste. 

Heureusement, ces deux êtres, un brin neurasthéniques, rêvant d’ailleurs, vont se croiser, s’aimer d’un seul regard, chercher par tous les moyen, aidés en cela par un gentil jardinier (épatant Flanan Obé) à faire vibrer plus intensément cette passion qui fait battre un peu plus vite leur palpitant. C’est sans compter le méchant de l’histoire, un général (excellent et tonitruant Antoni Sykopoulos) ivre de pouvoir, qui ne l’entend pas ainsi. 

Pour le plus grand plaisir des petits et des grands, Olivier Py adapte à la scène La Demoiselle Maleen des Frères Grimm. Passionné par les contes de ces deux auteurs allemands, il excelle à leur donner corps et chair. Réinventant l’histoire, composant musique et livret, le directeur du festival d’Avignon livre ici une œuvre d’une rare beauté. S’amusant à détourner les codes du classique tout en y rendant hommage, il invite à plonger au cœur d’une histoire d’amour « so » romantique sur fond d’apocalypse. C’est toute la force de cette opérette qui oscille en permanence entre comédie et tragédie. 

Pour dire le monde, son état autodestructeur, Olivier Py se réfugie dans les rêves, les songes et signe une fable noire savoureuse où certes la passion triomphe, mais où les ravages de la guerre, son impact sur l’environnement et l’enivrement du pouvoir ont entraîné la société dans de vils retranchements.

Aidé par le talentueux Pierre-André Weitz, dont l’ingénieuse scénographie faite de toiles tendues recouvertes de photos grisées, représentant tour à tour un jardin en pleine floraison, un paysage dévasté par la guerre, de décor en carton-pâte, Olivier Py s’amuse comme un fou et dirige ses comédiens chanteurs avec une légèreté toute désuète qui réchauffe les cœurs, les âmes. 

Véritable pépite de ce festival d’Avignon fort contrasté, L’Amour vainqueurvaut autant pour la forme, pour le fond que pour le jeu, les voix de ses quatre interprètes – Clémentine Bourgoin, Pierre LebonFlannan ObéAntoni Sykopoulos – excellents. Un moment au-delà du temps à savourer sans modération.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Avignon


L’amour Vainqueur d’Olivier Py
Festival d’Avignon
Lycée Mistral 
20 boulevard Raspail
84000 Avignon (intra-muros)
Jusqu’au 13 juillet 2019 
Durée 1h00


mise en scène et musique d’Olivier Py 
Avec Clémentine Bourgoin, Pierre Lebon, Flannan Obé & Antoni Sykopoulos
Scénographie, costumes, maquillage de Pierre-André Weitz
Lumière de Bertrand Killy
Arrangements musicaux d’Antoni Sykopoulos
Construction décor fait aux Ateliers du Festival d’Avignon
Confection costumes fait aux Ateliers de l’Opéra de Limoges

Crédit photos © Christophe Raynaud de Lage

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