Couv_Chaillot_On fire 02_©Thomas Aurin_@loeildoliv

On fire – The invention of tradition, une danse anti-clichés à contre temps

Les mouvements sont furieux. Ils dénoncent le racisme d’après apartheid, le comportement des blancs face aux noirs par le prisme singulier des traditions culturelles d’un pays en pleine mutation. Malheureusement, l’effet est contraire à la volonté chorégraphique de Constanza Macras tant l’ensemble est un fatras de gestes, de styles et de genres qui rendent caricatural le propos. Dommage !

Née en Argentine, la chorégraphe Constanza Macras a fait ses classes à travers le monde. De Bueno Aires à Amsterdam en passant par New York, elle s’installe finalement à Berlin où elle est l’une des figures emblématiques de la danse contemporaine. Passionnée du monde qui l’entoure et de ses dérives, elle s’intéresse tout particulièrement aux regards paternalistes des sociétés bienpensantes, blanches le plus souvent, sur les traditions des autres peuples, les minorités. Engagée, elle développe une écriture politique où elle dénonce le racisme et l’indifférence. Touche-à-tout, elle dépasse les frontières de la danse pour développer un art vivant mêlant mouvements, théâtre, vidéos et musique live.

S'appuyant sur les danses traditionnelles d'Afrique du Sud, Constanza Macras compose un ballet hétéroclite, surprenant © Thomas Aurin

En résidence en Afrique du Sud, où elle a réuni autour d’elle, danseurs de sa compagnie et artistes autochtones, elle s’est penchée sur l’histoire du pays, la dichotomie sociétale, persistante malgré la fin de l’Apartheid en 1991, entre blancs et noirs. De sa vision acérée du monde, de son écriture furieuse, elle signe un spectacle visuel fort ,sur les fêlures, les blessures encore à vif d’un pays toujours meurtri. Prenant les clichés à contre-pied, opposant tradition et modernisme, elle achoppe dans sa dénonciation du néocolonialisme et du racisme ancré dans une société toujours aussi divisée.

Pavée de bonne intention, son écriture chorégraphique bouillonnante, foisonnante, se heurte à la réalité même de ce territoire prêt à s’embrasser à tout moment. L’urgence des mouvements, des gestes, nous fait certes ressentir à quel point l’Afrique du Sud reste fracturée. Bien malgré elle, elle souligne à quel point, clichés et caricatures sont ancrés dans nos sociétés. Dénonçant le regard péremptoire des blancs sur les noirs, elle force le trait et ouvre la voie à d’autres stéréotypes en s’appuyant notamment sur une danse faite d’académisme et de poncifs.

On Fire_chaillot_©JohnHogg_@loeildoliv

Si les magnifiques photos à l’esthétisme suranné d’Ayana V. Jackson, reproduisant les clichés anthropologiques du XIXe siècle pour mieux en montrer l’absurdité, la férocité, nous touche et interroge nos consciences, le ballet enragé, forcené, de Constanza Macras nous laisse de glace, et ce, malgré le talent virtuose des interprètes. De ce spectacle aux confluences des arts vivants conjuguant habilement danse contemporaine, traditionnelle et hip-hop, ne reste que peu de choses, une fois le rideau retombé, l’impression d’un immense gâchis dû certainement à l’excès de naïveté, de manichéisme…

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


On fire – the invention of tradition de Constanza Macras
Théâtre national de danse de Chaillot
Place du Trocadéro
75016 Paris
durée 1h45

Chorégraphie, mise en scène et costumes de Constanza Macras
Dramaturgie de Carmen Mehnert
Artistes visuels : Ayana V. Jackson, Dean Hutton
Musique de Jelena Kuljic
Son de Stephan Wöhrmann
Lumières et direction technique de Catalina Fernandez
Traduction française et régie surtitres d’Harold Manning
Créé et interprété par Louis Becker, Emil Bordás, Fernanda Farah, Zandile Hlatshwayo,
Lucky Kele, Jelena Kuljic, Mandla Mathonsi, Thulani Mgidi, Melusi Mkhwanjana, Ntokozo Hazel Mhlaba, Felix Saalmann, John Sithole, Fana Tshabalala

Crédit photos © Thomas Aurin et © john Hoff

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