CDN Besançon Saison 2018-19MEAULNES (ou nous l'avons été si peu)Avec Max Bouvard, Camille Lopez, Paul-Émile Pêtre

Meaulnes, le chef d’œuvre d’Alain-Fournier revisité

Il y a des textes mythiques, dont l’évocation suffit à faire remonter les souvenirs d’une lecture réelle ou imaginaire tant ils sont galvaudés. Le Grand Meaulnes en fait partie. En s’emparant des mots d’Alain-Fournier, avec un respect fait d’irrévérence, d’impertinence, Nicolas Laurent signe une pièce décalée, décapante et invite à replonger dans l’univers mystérieux de ce roman sur l’adolescence. Une adaptation entre rires et larmes parfaitement ciselée !

Dans une pénombre presque crépusculaire, une étrange forêt faite d’amoncellements de mousses herbeuses, et de quelques troncs, répétés à l’envie dans une vidéo, apparaît sous les yeux des spectateurs, les entraînant dans quelques rêveries fantasmatiques. Pourtant, une voix off, égrenant les didascalies, les ramène dans la salle. C’est celle du metteur en scène, qui du fond de la scène donne ses premières directives, commente tout ce qui se passe sur le plateau, de la rentrée des comédiens, aux gestes qu’ils vont faire. Cette dualité entre réalité et fiction fait tout le sel de cette adaptation quelque peu foutraque du Grand Meaulnes d’Alain Fournier.

 Meaulnes_CDN-besancon_05-©-Elisabeth-Carecchio_@loeildoliv

N’hésitant pas à mêler la vie des artistes avec celle de leur rôle, Nicolas Laurent s’amuse à transgresser les codes, à relire à sa sauce ce chef d’œuvre de la littérature du début du XXe siècle pour mieux en extraire l’essence étrange et romanesque. Il nous entraîne dans une folle farandole où l’enfant n’est déjà plus qu’un souvenir et l’adulte en devenir éclos à peine. À travers la tragique histoire d’amour d’Augustin Meaulnes (Max Bouvard ténébreux à souhait), conté par son jeune ami François Seurel (pataud Paul-Emile Pêtre), on suit le parcours initiatique d’un jeune adolescent exalté, entier, qui est prêt à tout sacrifier pour honorer une dette d’amitié. Confronté aux règles d’une société rigide, aux tourments de la passion, rêveur invétéré, il va apprendre avec philosophie la dureté de la vie.

Toute la force de la mise en scène décalée de Nicolas Laurent est de ne jamais se prendre au sérieux, de dépasser un certain formalisme, d’égratigner l’œuvre avec une insolence respectueuse. Ne perdant rien de la trame du roman, y ajoutant quelques drolatiques incises, il donne une contemporanéité saisissante aux héros de cette œuvre devenue best seller. Porté par l’interprétation juste, désopilante des quatre comédiens, Meaulnes est une mise en abîme jouissive du théâtre, ainsi qu’un hommage vibrant à ce roman d’aventures, d’amour et d’amitié. Dépassant les appréhensions de beaucoup, Nicolas Laurent et sa troupe donnent envie grâce à cette adaptation plus que réussie de se replonger dans les pages de l’ultime livre d’un soldat mort à la guerre.

Par Olivier Fregaville-Gratian d’Amore – envoyé spécial à Besançon


Meaulnes_CDN-Besancon_09-©-Elisabeth-Carecchio_@loeildoliv

Meaulnes (Et nous l’avons été si peu) d’après le roman d’Alain-Fournier
CDN de Besançon
Esplanade Jean-Luc Lagarce
Avenue Edouard Droz
25000 Besançon
Jusqu’au 19 janvier 2019

tournée Théâtre de Sartrouville et des Yvelines – CDN du 14 au 16 février 2019
MA Scène nationale – Pays de Montbéliard le 16 mai 2019

durée 1h20

Mise en scène de Nicolas Laurent assisté d’Amandine Hans
Avec Max Bouvard, Camille Lopez, Paul-Émile Pêtre
Collaboration artistique de Gilles Perrault et Yann Richard
Scénographie de Marion Gervais
Vidéo de Loïs Drouglazet et Thomas Guiral
Son de Cyrille Lebourgeois
Lumière de Jérémy Chartier

Crédit photos © Elisabeth Carecchio

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