Les invisibles, une comédie sociale, féminine et solidaire

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Dans les Invisibles, Louis-Julien Petit offre une tribune aux femmes SDF et aux travailleuses sociales qui les aident © JC Lother

La vie n’est pas rose, pas tendre, pour ces femmes que la précarité a rattrapées, que la société a broyées, que le monde refuse de voir. Touché par ces destins brisés, porte-voix depuis son premier long-métrage « Discount » des petites gens, des exclus, Louis-Julien Petit leur rend hommage, ainsi qu’aux travailleuses sociales qui se battent pour les aider à sortir de la rue, dans un film choral, drôle, poignant, terriblement humain.

Elles s’appellent Lady Di, Vanessa Paradis, Dalida ou tout simplement Monique. Elles cachent leur identité derrière des pseudos pour se protéger, pour garder dans la misère un peu de dignité, d’intimité. Leurs visages sont marqués, leurs traits creusés. Leur quotidien, triste autant que banal, est rythmé par les horaires d’ouverture du centre d’accueil du jour, l’Envol. Ces quelques heures à l’abri, loin de la rue, c’est un peu d’humanité, de chaleur, une douche, un refuge où elles peuvent se laver, oublier les nuits dehors, dans le froid, dans des squats, sous une tente dans un campement de fortune.

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Audrey Lamy campe avec force et vibrante une assistante sociale engagée, déterminée jusqu’à s’oublier elle-même © JC Lother

Accueillies par Angélique (étonnante Déborah Lukumuena), jeune cerbère, grande gueule, mais au cœur tendre, elles trouvent entre les murs de cette vieille usine du réconfort, celui quelque peu rigide de Manu (épatante Corinne Masiero), qui en tant que directrice est dans l’obligation de se conformer au cadre juridique de son institution, celui engagé d’Audrey (vibrante Audrey Lamy), assistante sociale qui se dédie entièrement à son travail, quitte à laisser sa propre vie en jachère, celui bienveillant d’Hélène (tendre Noémie Lvovsky), une dame patronnesse qui fuit sa triste petite vie bourgeoise, son couple en totale perdition. Toutes à leur manière vont se battre quitte à flirter avec les législations, la légalité, donner d’elles-mêmes pour ne pas laisser leurs protégées à la rue, pour faire mentir les institutions, leur absurdité comptable, leur logique inhumaine, porter à bout de bras chacune de ces femmes pour leur trouver un travail, un toit, briser le cycle infernal de la misère.

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Pour fuir la dérive de son couple, Hélène joue les bénévoles avec hargne et volonté de fer © JC Lother

Marqué par le livre de Claire Lajeunie, Sur la route des invisibles, Julien-Louis Petit s’est immergé dans le quotidien de ces femmes SDF. Il est allé à leur rencontre. Sans pathos, avec beaucoup d’empathie et de délicatesse, il s’est emparé de leurs histoires afin de leur offrir une tribune et signer de poignants portraits de femmes. Servant de trame de fond à la comédie sentimentale et sociale du jeune réalisateur, les récits vibrants de ces exclues de la société prennent aux tripes. Il faut dire que ce sont des phénomènes, des natures comme on dit. Chantal, en tête, campée par l’extraordinaire Adolpha Van Meerherghe, la peste du film, comme elle se plaît à dire, ne s’en laisse pas compter. Ayant fait de la prison pour avoir tué son mari qui l’a maltraitée,elle refuse de mentir pour un job, de se coucher. Elle est entière, sincère, terriblement attachante. Les hommes ne sont pas en reste, même s’ils sont plus discrets. Le frère d’Audrey (émouvant Pablo Pauly) et son meilleur ami (ténébreux et bouleversant Quentin Faure), malgré leur doute, leur peur de voir flancher celle qu’ils aiment sincèrement, épaulent ce gynécée combative et sensible.

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Audrey face à ses doutes © JC Lother

Jamais caricatural, toujours juste, ce rêve d’un monde meilleur, égalitaire et solidaire, réchauffe les cœurs, donne du baume à l’âme et oblige avec beaucoup d’intelligence à voir autrement ces femmes, à les sortir du néant. Passant du rire aux larmes, la comédie sentimentale et sociale de Louis-Julien Petit est un petit bijou de tolérance, un grand cri d’amour fraternel. Ciselant sa mise en scène, dirigeant avec virtuosité ses comédien.ne.s professionnel.le.s et amateur.trice.s, tous.outes formidables, il livre un film drôle et touchant qui donne la parole aux oubliées de la société, une comédie engagée autant que nécessaire, un long-métrage humain qui met à l’honneur des femmes hors du commun, qu’on n’est cette fois pas prêt d’oublier.

Par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Les Invisibles de Louis-Julien Petit
Sortie nationale le 9 janvier 2019
Durée 102 minutes

Avec Audrey Lamy, Corinne Masiero, Noémie Lvovsky, Déborah Lukumuena, Sarah Suco, Brigitte Sy, Pablo Pauly, Quentin Faure, Fatsah Bouyyahmed, Marie-Christine Orry, Adolpha Van Meerherghe, Marianne Garcia, etc.
Scénario de Louis-Julien Petit, Marion Doussot et Claire Lajeunie d’après l’œuvre de Claire Lajeunie
Bande originale de Laurent Perez Del Amr
Production de Liza Benguigui
Direction de la photographie de David Chambille
Montage d’Antoine Vareille et Nathan Delannoy
Décor d’Arnaud Bouniot

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