Les délires oniriques de Rambert à la peine

Afin de célébrer l’entrée dans la vie professionnelle des élèves comédiens du groupe 44 de l’Ecole du TNS, Pascal Rambert, en collaboration avec le chorégraphe Rachid Ouramdane, Audrey Bonnet, Alexandre Meyer et Yves Godin, signe une performance artistique entre rêves et cauchemars. Empruntant les codes de mythologies antiques, l’auteur-metteur en scène imagine une utopie communautaire qui se fracasse à la dureté du quotidien, à la férocité des rapports humains. 

Ils sont jeunes, ils sont beaux et ils sortent de l’une des plus prestigieuses écoles de théâtre de France, celle associée au TNS. Corps libres, voix claires, les douze comédiens, la vingtaine flamboyante, s’emparent avec grâce du texte qu’a concocté, pour eux, Pascal Rambert. Rêveur, le dramaturge, poète à ses heures, ne leur a pas facilité la tâche, loin de là. Divisée en trois chapitres, la pièce, présente pour la première fois au Printemps des comédiens,  passe d’une utopie, celle de l’impossibilité de vivre ensemble, à un travail de plateau revenant de manière très explicative sur la construction de cette première partie fantasmée, pour finir en course folle, en ronde infernale où chacun court après de chimériques aspirations. 

Face à la difficulté de la langue rambertienne, les mots s’enchaînent, s’entrelacent, se mêlent, forment des phrases limpides autant qu’obscures, des improbables dialogues, des envolées lyriques, la jeune garde du théâtre français se jette littéralement à l’eau, mouille sa chemise et se met à nu. Trois heures durant, le verbe haut, le geste lent, elle donne tout. Malheureusement, le talent des treize comédiens n’est pas en cause, l’ensemble ne prend pas et laisse une grande partie du public dubitatif voire démissionnaire. C’est d’autant plus dommage, que des personnalités se dégagent, que les tableaux imaginés par Pascal Rambert et Rachid Ouramdane sont d’une rare et délicate beauté. Telle cette Marianne, seins nus, à la peau ébène incarnait par la bouleversante et magnétique Océane Cairaty, tel ce corps d’éphèbe, immobile, mirant son reflet dans une flaque d’eau, de sang, épatant Yanis Skouta, pour ne citer qu’eux. Tous différents, tous excellents, ils donnent à leur personnage, leur double, une belle intensité qu’on aurait tant aimé employer à défendre un travail plus concret, moins fantasmagorique. 

Au pied du Mont Vérité, au cœur de la roselière, sorte de paradis perdu, les âmes libres de Daphné Biiga Nwanak, Océane Cairaty, Houédo Dieu-Donné, Parfait Dossa, Paul Fougère, Romain Gillot, Romain Gneouchev, Elphège Kongombé Yamalé, Ysanis Padonou, Mélody Pini, Ferdinand Régent-Chappey, Yanis Skouta et Claire Toubin, charment par leur fraicheur, leur engagement, faute de totalement nous convaincre. Un monceau de bravoure qu’on ne peut, malgré tout que saluer. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Montpellier


Mont vérité de Pascal Rambert
Printemps des comédiens 
Domaine d’O
178, rue de la Carrierasse
34000 Montpellier
Jusqu’au 2 juin 2019 
Durée 3h00 environ

Tournée
Du 13 au vendredi 20 mars 2020 à la MC93
du 25 mars au 04 avril 2020 au TNS

Mise en scène de Pascal Rambert assisté d’Eddy D’Aranjo
Chorégraphie de Rachid Ouramdane
Collaborations artistiques : Audrey Bonnet (Jeu), Yves Godin (Lumière), Alexandre Meyer (Musique) 

Avec Daphné Biiga Nwanak, Océane Cairaty, Houédo Dieu-Donné, Parfait Dossa, Paul Fougère, Romain Gillot, Romain Gneouchev, Elphège Kongombé Yamalé, Ysanis Padonou, Mélody Pini, Ferdinand Régent-Chappey, Yanis Skouta, Claire Toubin 
Dramaturgie de Baudouin Woehl
Scénographie d’Aliénor Durand
Costumes de Clémence Delille 
Lumière d’Édith Biscaro et Germain Fourvel
Son d’Enzo Patruno Oster, et Lisa Petit de la Rhodière
Plateau : Simon Drouard
Régie générale : Vincent Dupuy

Crédit photos © Jean-Louis Fernandez avec son aimable autorisation

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Latest from Chroniques

Go to Top