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Le Misanthrope tout rock tout farce de Rodolphe Dana

Ça dépote chez Molière. Fini visages poudrés, mouches suggestives, c’est en culottes bouffantes que les vers du dramaturge français sont donnés. Et disons le tout net, c’est plutôt une réussite. Accompagné de son collectif, Rodolphe Dana électrise le Misanthrope, lui donne une saveur foutraque, burlesque qui malgré quelques (dé)ratés, quelques envolées incongrues pas encore maitrisées, se laisse déguster avec plaisir.

Alceste (irascible Rodolphe Dana) ne supporte pas l’hypocrisie. Il est cash. Incapable de mentir, il dit ce qu’il à dire sans fard, sans filtre. Dans la France des précieuses, c’est loin d’être une qualité. Son tempérament nature, brut de fonderie, franc, finit par le brouiller avec ses proches. Tout commence d’ailleurs par une vive discussion avec Philinte, (épatant Maxence Tual), son meilleur ami. Il ne comprend pas comment ce dernier peut accepter de dire des boniments, des douceurs à des gens, des néfastes qu’il exècre.

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Mais Alceste est amoureux de la belle Célimène (étonnante Emilie Lafarge). Et pour ses beaux yeux, il met ses principes quelque peu de côté. Il faut dire que la jeune veuve, d’à peine 20 ans, à la langue vénéneuse. D’un mot, d’une réplique, elle « rhabille pour l’hiver » les gens de cour qui gravitent autour d’elle. Railleuse, primesautière, elle s’amuse. Jouant sur tous les tableaux, laissant croire à chacun de ses soupirants énamourés qu’elle se donnera à lui, elle refuse tout enfermement, toute contrainte. Et le mariage en est une !

Jalouse, Arsinoé (remarquable Katja Hunsinger), à la beauté un brin défraichie, veille. Amie de la jeune femme, rêvant de lui voler quelques cœurs et notamment celui d’Alceste, elle agit en sous-main pour qu’éclatent, au grand jour, les manigances amoureuses de Célimène et ainsi la confondre.

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Avec sa verve habituelle, Molière s’amuse à dépeindre les mœurs de son temps, à égratigner les prudes, les fourbes et les personnes fausses. Véritable satire du monde de cour, le Misanthrope est une gourmandise littéraire. Les vers, ciselés à souhait, féroces, sont un miel pour les oreilles, un enchantement pour nos penchants moqueurs. Soulignant la farce qui se joue et dont Alceste est le dindon, Rodolphe Dana et les membres de son collectif théâtral du Théâtre de Lorient refusent tout classicisme académique et préfèrent éclairer la noirceur burlesque de cette pièce en 5 actes. Et ils n’y vont pas avec légèreté, bien au contraire. Il force le trait quitte parfois à aller trop loin, à perdre la justesse de jeu, encore un peu fragile en ces premières représentations, la césure des vers. Des ajustements restent à faire pour fluidifier l’ensemble et faire de ce spectacle foutraque, une adaptation rock réussie.

Affublés de costumes très stylisés guère seyants mais venant souligner la bouffonnerie du drame comico-amoureux qui se joue devant nos yeux, les sept comédiens s’en donnent à cœur joie. Errant sur des plateformes de tailles différentes servant d’unique décor, ils nous offrent de bien délurés et décalés moments de théâtre et rappellent ô combien l’œuvre de Molière est intemporelle, cocasse et caustique. Et c’est bien !

Par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial au Canal à Redon


LeMisanthrope_theatre de Lorient_Dana©JeanLouisFernandez-029_@loeildoliv

Le misanthrope de Molière
Création au théâtre de Lorient
au  Quartz, Scène nationale de Brest du 16 au 20 octobre 2018
Théâtre du Champ au Roy – Guingamp du 9 au 10 janvier 2019
L’empreinte, Scène Nationale Brive/Tulle du 15 au 15 janvier 2019
Le Monfort théâtre – Paris du 22 janvier au 1er février 2019
Maison de la Culture de Bourges du 5 au 7 février 2019
Scène Nationale d’Aubusson le 14 février 2019
Le Parvis, Scène nationale Tarbes Pyrénées du 19 au 21 février 2019
Le Grand T, Nantes du 25 février au 2 mars 2019
Quai des rêves, Lamballe du 7 au 8 mars 2019
durée 2h00 environ

Création collective dirigée par Rodolphe Dana
Avec Julien Chavrial, Rodolphe Dana, Katja Hunsinger, Emilie Lafarge, Marie-Hélène Roig, Antoine Sastre & Maxence Tual
Scénographie de Rodolphe Dana avec la collaboration artistique de Karine Litchman
Lumières de Valérie Sigward
Costumes d’Élisabeth Cerqueira assistée de Sidonie Andru-Michel, Maïalen Arestegui, Lisa Beaugey, Blanche Machinal, Claire Michau et Bérengère Penvern

Crédit photos © Jean Louis Fernandez et @ CDL

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