Le compte est long

Les chiffres s’égrènent à n’en plus finir. Les gestes sont saccadés, les mouvements frénétiques. A trop vouloir intellectualiser le monde, à l’enfermer dans des statistiques, des règles mathématiques, arithmétiques, Boris Charmatz signe un spectacle performatif, presque clinique qui malgré l’humour qui l’y instille manque de rondeur, de chaleur.

Torse nu, muscles saillants, Boris Charmatz impose sa grande silhouette sur scène, son style, sa présence unique, hypnotique. Entouré de 5 danseurs, il scande les chiffres. Tantôt signifiant les années qui passent, celles à venir, des dates marquantes, naissances de politiques, d’artistes, mort d’Olympe de Gouges, déclaration d’indépendance des États-Unis, création d’œuvres emblématiques qu’elles soient littéraires, plastiques ou musicales, malgré les repères, rapidement, on se perd dans cette succession obsessionnelle de nombres, qui s’échappent telle une volée de moineaux, une cataracte folle. 

Enivrés, ensorcelés par cette énumération aliénante, les corps des interprètes sont traversés par des sortes de transe. Ils se meuvent d’une manière qui pourrait paraître désordonnée aux premiers abords, mais c’est plus complexe que cela. Tout est mathématique, statistique. Attention, rien de totalement sérieux. Parodiant les échauffements, s’amusant des pas emblématiques de la danse classique, surjouant les premiers émois amoureux, sexuels, Boris Charmatz tisse une toile, une histoire. Les idées diverses, variées s’entrecroisent, s’entremêlent, s’entrechoquent dans l’espoir de réveiller nos consciences sur la folie du monde, sur les horreurs qu’il engendre -évocation de génocides, venue au monde d’Emile Louis – , de faire passer un message. 

Tout n’est pas laid, tout n’est pas beau. Les lumières blafardes et rasantes des gyrophares révèlent les aspérités de l’humanité, ses beautés, ses difformités. Mais après une heure de cette lancinante performance que retient-on ? Les danseurs, tous montrant une maîtrise fort précise de leur corps, sont de bons « compteurs », chantent juste et se donnent sans limite dans ce bien curieux spectacle, qui touche les plus férus – de tonitruants bravos se font entendre le noir revenu dans la salle – et laisse sur le bas-côté les autres fort perplexes. 

Si Boris Charmatz vient de quitter la direction du Centre chorégraphique national de Rennes, l’homme a plus d’un tour dans son sac. Présent au Festival d’Automne à Paris avec Infini, son style, sa patte ont de beaux jours devant eux et devraient continuer à alimenter les débats entre fans et détracteurs. 

Olivier Fregaville-Gratian d’Amore


Infini de Boris Charmatz
Festival d’Automne à Paris
Théâtre de la Ville – Espace Cardin
1, avenue Gabriel 
75008 Paris 
Jusqu’au 14 septembre 2019
Durée 1h00 environ

Théâtre Nanterre – Amandiers
7, Avenue Pablo Picasso
92000 Nanterre
du Mercredi 13 Novembre 2019 au Samedi 16 Novembre 2019

Espace 1789 / Saint-Ouen, Scène conventionnée danse
2-4 Rue Alexandre Bachelet
93400 Saint-Ouen
Le 19 novembre 2019 

Chorégraphie de Boris Charmatz assisté de Magali Caillet-Gajan
Lumières d’Yves Godin 
son d’Olivier Renouf 
costumes de Jean-Paul Lespagnard
Travail vocal de Dalila Khatir 
avec Régis Badel, Boris Charmatz, Raphaëlle Delaunay, Maud le Pladec, Solène Wachter, Fabrice Mazliah

Crédit photos © Marc Dommage / crédit portrait © Caroline Ablain

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