L’amour, la vie coûte que coûte

A l’orée de sa vie Z. conte son histoire, celle d’un temps que l’on espère révolu, celle des camps de concentration. S’appuyant sur l’écriture poétique de Gilles Segal, Christophe Gand offre à David Brécourt le rôle d’une vie. 

Raconter à sa descendance l’horreur des camps, de ce qu’on y a vécu, a toujours été difficile. Il n’est pas aisé de décrire l’innommable. Z. avait décidé de ne jamais mettre des mots, lui préférant le silence, car il fallait continuer de vivre. Ce choix a pesé dans sa relation avec son fils. Mais voilà, aujourd’hui Z. vient de devenir grand-père et il éprouve le besoin de partager son expérience, pour montrer à son enfant, la chair de sa chair, jusqu’où peut aller un père. Il enregistre cette histoire d’une époque barbare, sortie de son passé, pour offrir une belle leçon d’amour à son entourage.

Dans le sinistre train qui l’emmenait vers un funèbre camp de concentration, Z. avait pour voisin d’infortune un homme et son progéniture. Pendant les sept jours de voyage, dans l’aberration des wagons à bestiaux, ce compagnon de galère profita de chaque instant pour transmettre à son enfant l’essentiel de ce qui aurait dû faire de lui un adulte éclairé, un être de compassion.

Christophe Gand signe une mise en scène délicate empreinte de tendresse et d’humanité. S’appuyant sur les décors de Nils Zachariasen (une échoppe d’horloger), les costumes de Jean-Daniel Vuillermoz (un vieux gilet qui fait songer à nos grands-pères), les lumières de Denis Koransky et la musique de Raphaël Sanchez, Christophe Gand a créé un cocon protecteur dans lequel Z peut libérer sa parole. Il nous plonge autant dans le passé que dans le futur. Car le texte de Gilles Segal, conçu comme un conte initiatique, est un petit bijou ciselé avec art. Il nous touche profondément. Il y a toujours quelque part, un petit enfant qui ne deviendra pas grand, un père qui en souffrira et qui n’acceptera pas de voir son monde s’effondrer.

David Brécourt s’est emparé de ce personnage avec une belle délicatesse. Il démontre avec talent l’étendue de la palette de jeu. Le comédien a su faire passer toute la finesse du texte de Gilles Segal. Il incarne un jeune grand-père, soit, mais on voit qu’il porte sur ses épaules et au fond de son cœur tout le poids de son passé. Il nous bouleverse. 

Marie Céline Nivière


En ce temps-là, l’amour de Gilles Segal 
Festival d’Avignon le OFF
Au coin de la lune
2, rue Buffon 
84000 Avignon 
Du 5 au 28 juillet 2019 à 11h10 – relâches les 9, 16 et 23 juillet 2019
Durée 1h10


Mise en scène de Christophe Gand
Avec David Brécourt
Lumière de Denis Koransky
Décors de Nils Zachariasen
Composition musicale de Raphaël Sanchez
Costumier de Jean-Daniel Vuillermoz

Crédit photos © Denis Koransky

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