L’amour d’une mère

Plongeant au cœur de la grande histoire, et tout particulièrement de la Seconde Guerre mondiale, Valérie Zanetti déterre avec infiniment de délicatesse un de ces cadavres que le gouvernement de Vichy a laissé derrière lui. Porté par deux comédiens extraordinaires, le récit de ces enfants juifs, délaissés puis sacrifiés au nom de la patrie touche en plein cœur. 

L’ombre nazie recouvre toute une partie la France. Le maréchal Pétain et son gouvernement ont cédé devant l’armée d’Hitler. Adaptant leur politique à celle de l’envahisseur, ils décident de ne plus instruire les enfants juifs et de licencier les professeurs. L’Algérie, alors encore rattachée à l’Hexagone, n’échappe pas à cette nouvelle règle. Jacob (extraordinaire Florian Choquart), le fils cadet et chéri de Rachel (épatante Christiane Cohendy), est ainsi exclu du jour au lendemain de l’école. 

Pas grave, la résistance enseignante prend le relais. Mais très vite, la guerre gagne du terrain. Il manque des bras, de la chair à canon. Les exclus d’hier deviennent les défenseurs de la patrie d’aujourd’hui. A nouveau considérés comme humains, comme citoyens, c’est avec une certaine forme d’allégresse que Jacob et ses amis sont consignés. Quelques pleurs soulignent le visage marqué de Rachel, mais en admiration devant ce fils, si beau, si gentil, elle ne peut cacher sa fierté. 

Les jours passent, les mois, aucune nouvelle ne vient rasséréner son cœur de mère. Alors chargée de victuailles, elle part à sa recherche à travers l’Algérie. Malheureusement, il est trop tard. Jacob a déjà débarqué en Provence. Il est au plus près des combats. Il a 19 ans et sa vie ne tient plus qu’à un fil. Elle a plus de 60, et seul l’espoir de revoir son enfant, lui permet de tenir, de survivre. Leur destin est tracé, plus rien ne pourra l’arrêter. Ni les suppliques, ni les petits rituels pour faire fuir le mauvais œil, les larmes seront de toute façon, amères. 

Avec fougue, lyrisme, Valérie Zanetti signe une pièce bouleversante, où chacun des protagonistes se raconte à la troisième personne. Mettant ainsi une distance avec le récit, elle permet de mieux l’entendre, de mieux nous embarquer au plus près des émotions, des émois de cette mère juive aimant à l’excès, ce jeune homme promis à un bel avenir. Avec ingéniosité et simplicité, Dyssia Loubatière met en scène les mots de l’auteur. S’appuyant sur le jeu frais et juste de Florian Choquart et l’interprétation toute en rondeur et énergie de Christiane Cohendy, elle donne profondeur et intensité à ce récit de vie. 

Pris dans les rets de cette passion filiale, le public se laisse totalement porter par ce petit bijou de tendresse et d’amour. Un spectacle rare, intense à voir sans tarder. 

Olivier Fregaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Avignon


Jacob Jacob de Valérie Zanetti
Festival d’Avignon le Off
Théâtre du Petit-Louvre
Chapelle des Templiers
3 rue Felix Gras
84000 Avignon
Jusqu’au 28 juillet 2019 (relâches 10, 17 et 24 juillet 2019)
Durée 1h15


Mise en scène de Dyssia Loubatière
avec Christiane Cohendy, Florian Choquart, Jeanne Disson
Scénographie de Simon Vallery
Création Lumière de Léo Thevenon
Création Son de Pierre Bodeux
Costumes de Cidalia Da Costa
Maquillage de Cécile Kretschmar

Crédit photos © Nathalie Hervieux

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