La dame de chez Maxim, un Feydeau dépoussiéré version pop burlesque

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Au théâtre actuel, Johanna boyé assaisonne La Dame de chez Maxim de Feydeau avec un peu de pop et de burlesque

Maintenir, une heure trente durant, la mécanique comique propre à Feydeau, sans tomber dans le vulgaire, le graveleux, est une gageure qu’a relevée haut la main la malicieuse Johanna Boyé. S’entourant d’une troupe de comédiens énergique et fort talentueuse, dont la lumineuse Vanessa Cailhol est le joyau, la jeune metteuse en scène réinvente l’art du quiproquo pour notre plus grande joie. Bravo !

Il ne manque que la boule à facettes pour se sentir tout à fait transporté dans une boite de nuit à la mode. Musique pop, son saturé, comédiens se déhanchant sur la piste de danse, tout est fait pour donner l’illusion d’une soirée arrosée et festive. Au centre de l’attention, voix gouailleuse, mouvements lascifs, la môme Crevette (éblouissante Vanessa Cailhol), star incontestée de chez Maxim et poule de luxe, fait son show. Reprenant à son compte dans une version plus pop que rap, Ma Benz de NTM, elle ensorcèle son auditoire. Le très sage et très coincé, docteur Petipon (charismatique Florian Choquart) va en faire les frais.

Saoul, il ramène la belle chez lui, oubliant un petit détail d’importance : il est marié à un dragon de femme très « grenouille de bénitier » (étonnante Pamela Ravassard). Très vite, il se trouve pris dans un engrenage infernal pour expliquer la présence de la trop séduisante courtisane dans ses appartements, une succession de mensonges et de quiproquos qui vont avoir raison de la tranquillité de son esprit. Mais pas de panique, nous sommes chez Feydeau est si les personnages sont le plus souvent tournés au ridicule, tout se finit pour le mieux.

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tout le monde est fou de la môme Crevette (Vanessa Cailhol) © Evelyne Desaux

Avec espièglerie et ingéniosité, Johanna Boyé s’empare de la célèbre pièce de Georges Feydeau, la dépoussière, l’épure faisant sauter flon-flon et jupons empesés afin de ne garder que l’essentiel, la colonne vertébrale, la mécanique cocasse et comique si chère au maître du boulevard. Loin de tout classicisme, s’appuyant sur la scénographie tout en suggestion de Jeanne Boujenah – trois estrades mobiles tendues de tulles redéfinissent les espaces à chaque scène, chaque changement de décor - , elle signe une pièce moderne, intemporelle qui séduit les puristes autant que les novices.

Malgré un talent indéniable d’adaptation, un goût prononcé pour le burlesque, Johanna Boyé ne peut éviter la surcharge hystérique et lourdingue imposée par l’écriture de Feydeau et sa dynamique comique à tout crin. Toutefois, l’énergie de la troupe, sa totale implication, finit par faire oublier ce détail et emporte notre adhésion. Totalement embarqué par cette histoire acadabrante, on se laisse charmer, envoûter par des comédiens épatants, dont la fascinante « môme Cailhol », le dépassé et séduisant Florian Choquart et le non moins drolatique Arnaud Dupont qui campe avec aisance et facétie une duchesse haute en couleur.

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La môme Crevette fait tourner toutes les têtes © Evelyne Desaux

Cette Dame de chez Maxim, fraîche acidulée et primesautière, est une friandise savoureuse qui se déguste avec plaisir et gourmandise. Un moment de théâtre hilarant qui détendra vos zygomatiques à n’en pas douter !

La dame de chez Maxim de George Feydeau
théâtre 13 -Jardin
103 A, boulevard Auguste-Blanqui
75013 Paris
du 5 septembre au 15 octobre 2017
du mardi au samedi à 20h – le dimanche à 16h
durée 1h35

Festival d’Avignon le OFF
Théâtre Actuel
80, rue Guillaume Puy
84000 Avignon

Mise en scène de Johanna Boyé
Scénographie de Jeanne Boujenah
avec Vanessa Cailhol, Pamela Ravassard, Arnaud Dupont, Florian Choquart, Garlan Le Martelot, Lauri Lupi, Vincent Viotti, Mehdi Bourayou, Johanna Boyé, Arnaud Denissel
Lumières de Cyril Manetta
Costumes de Virginie H
Créateur musiques : Mehdi Bourayou
Cascade burlesque : Thomas Garcia

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