Jusqu’ici tout va bien, la famille dans tous ses états

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Jusqu-ici tout va bien - 21-03-18 - ©Simon Gosselin 1-44_@loeildoliv

Le collectif le Grand Cerf Bleu réinvente le réveillon de noël dans Jusqu’ici tout va bien © Simon Gosselin

Le réveillon de Noël se profile à l’horizon. Autour du traditionnel sapin, une famille bien sous tous rapports, est réunie. Les faux-semblants, les mensonges font finir par faire tomber les masques, révélant les fêlures, les failles de chacun. En scrutant à la loupe ce microcosme singulier et intime, le collectif du Grand cerf bleu nous invite à une fête foutraque, burlesque, un moment de théâtralité décalé et jouissif.

Le jour J, tout le monde est invité à la table familiale pour célébrer noël. Rare moment de l’année, tous font le déplacement pour se réunir. Comme chaque année, rien n’est prêt. Pour nous faire patienter, les hôtes de céans nous proposent un thé, quelques friandises, des papillotes. Puis nous invitent à nous installer confortablement, le temps que tous arrivent. Il manque encore le frère ainé JB. Il vient de loin. Tout le monde espère que son avion n’aura pas eu de retard.

Alors que le père, un brin neurasthénique, attend dans le salon, que la mère légèrement apathique, s’agite en cuisine, que la grand-mère, force vive de la famille, tente d’aider au mieux, et que Lolo, la benjamine, range le salon et prépare la table, le second fils, Gabriel, le musicien, l’artiste, décide, histoire de passer le temps, de nous conter par le menu sa journée catastrophique. Jusque-là, rien d’anormal, un réveillon classique avec ses joies, ses déboires. Imperceptiblement, tout bascule. L’arrivée du premier-né, de sa fiancée surprise, le récit de sa vie fantasmée loin des siens, l’intrusion d’un étranger à la présence familière, les non-dits, les ressentiments trop longtemps tus, les secrets trop lourds à porter, et la fête tourne aux carnages salvateurs.

Jusqu_ici tout va bien - 21-03-18 - ©Simon Gosselin 1-39_@loeildolivi

Jean-Baptiste Tur, un soir de Noël © Simon Gosselin

Avec beaucoup de tendresse, le collectif du Grand Cerf bleu plonge dans ses souvenirs de Noël, ainsi que dans ceux de ses comédiens, et tisse le récit d’une fête, d’un réveillon à la fois singulier et universel. Réunis pour le banquet annuel, les membres d’une famille, la leur autant que la nôtre, se cherchent, se confrontent, s’affrontent et se réconcilient autour d’une dinde trop cuite, de petits fours ratés, d’un champagne tiède. On a tous vécu, ces moments-là, où chacun se jauge, s’évalue. Où l’on ment pour ne pas faire de peine, pour donne du baume au cœur à ses proches inquiets. Où l’on cherche à tort le consensus pour éviter le clash et empêcher toute discussion salutaire.

Privilégiant l’écriture simple, lapidaire, verbale du plateau, tirée d’improvisations, Laureline Le Bris-Cep, Gabriel et Jean-Baptiste Tur s’amusent des règles et des codes, brisent le quatrième mur et nous invitent à partager leurs angoisses, leurs interrogations sur la société d’aujourd’hui. Pointant du doigt les contradictions de chacun, questionnant le monde à l’aune de son expérience, ils abordent la peur de l’autre tout en rejetant toute intolérance face à la différence, enchaînent avec un plaisir indicible les préjugés, les clichés, pour mieux les dénoncer.

Dans un twist à mi-parcours, le décor tourne. On quitte le salon, lieu des faux-semblants, pour la cuisine, là où la parole se libère. Petit à petit, les réalités de chacun font jour, donnant les clés de compréhension du drame originel qui a forgé le caractère, la personnalité des uns, des autres. Ici, rien d’extraordinaire, juste l’histoire banale d’une famille bancale avec ses fantômes dans le placard.

Mise en scène foutraque, comédiens déjantés, décalés, final abracadabrantesque et bouleversant, Jusqu’ici tout va bien renferme en son cœur, malgré de petits soucis techniques, petites longueurs que le temps devrait corriger, resserrer, tous les ingrédients d’un spectacle réussi, drôle autant que poignant. Un bien joli réveillon qui ressemble autant se faire se peut à celui de tout un chacun.

Par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé Spécial à Nancy

Jusqu’ici tout va bien, une création du Collectif Le Grand Cerf Bleu
Théâtre de La manufacture – CDN de Nancy Lorraine
10 rue Baron Louis
54000 Nancy
création du 6 au 10 novembre 2018

tournée
Du 15 au 17 novembre 2018 : Théâtre de Lorient, Centre dramatique national (56)
Les 23 et 24 novembre 2018 : Culture Hérault-SortieOuest, Domaine de Bayssan, Béziers (34)
Le 28 novembre 2018 : Les 3T, Théâtre de Châtellerault, Scène conventionnée (86)
Le 4 décembre 2018 : Théâtre Cinéma Paul Eluard, Scène conventionnée de Choisy-le-Roy (94)
Du 6 au 8 décembre 2018 : Théâtre de Vanves, Scène conventionnée (92)
Le 11 décembre 2018 : Théâtre de Chelles (77)
Du 18 au 22 décembre 2018 : Le CENTQUATRE-Paris

Mise en scène du Grand cerf bleu
avec : Serge Avedikian, Coco Felgeirolles, Adrien Guiraud, Laureline Le Bris‐Cep, Martine Pascal, Juliette Prier, Gabriel Tur et Jean-Baptiste Tur
création lumière, régie générale : Xavier Duthu
création sonore : Fabien Croguennec
scénographie : Jean-Baptiste Née
regard extérieur : Guillaume Laloux
régisseur plateau : Valentin Paul
administration, diffusion, production : Léa Serror

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