Jules Renard, l’homme qui voulait être un arbre… Une ode touchante et dense au père de Poil de Carotte

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Le temps d’un spectacle, Catherine Sauval se glisse dans la peau de Jules Renard, l’homme qui voulait être un arbre

Sombre, cynique, misogyne et terriblement mélancolique, le célèbre auteur de Poil de Carotte, se dévoile sur la scène du Théâtre de Poche-Montparnasse par le doux et délicat truchement de Catherine Sauval. Loin de magnifier l’homme, la sociétaire du français dessine un portrait sensible et intime de cet insatisfait de la vie et du monde. Elle lui rend un bien bel hommage en divulguant sans ambages ses écrits les plus personnels, sa plume acide et son verbe acéré. Les amoureux des belles lettres seront séduits, les autres se laisseront bercer par la mélodieuse litanie d’une comédienne habitée par son sujet… Un émouvant et raffiné spectacle plus littéraire que théâtral qui mériterait quelques coupes pour gagner en limpidité et beaux attraits.

L’argument. Enfant mal aimé, neurasthénique à l’humour rosse, d’une cruelle lucidité sur les autres et sur lui-même, écartelé entre son orgueil « à dépasser l’Arc de triomphe » et sa timidité maladive, conscient de sa valeur et assailli de doutes, frère des arbres et des nuages, amoureux de la Lune, plume des animaux, des humbles, poète n’aspirant finalement qu’au silence, Jules Renard nous livre, par-delà son talent, son humaine faiblesse – la nôtre – et par là même nous.

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Sur la scène du Poche-Montparnasse, Catherine Sauval est Jules Renard © Chantal Delpagne

La critique. Une chaise, quelques papiers éparpillés par terre, servent d’unique décor. Lumière tamisée, une silhouette portant pantalon, veste d’homme et cheveux longs lâchés, apparaît. La voix, toute féminine, cristalline de Catherine Sauval, rompt le silence. Sans préambule, elle entre dans le vif du sujet. La sociétaire du Français s’efface et laisse la place à Jules Renard. La postérité le connaît surtout pour son roman très autobiographique Poil de Carotte. Le reste de ses œuvres est resté assez confidentiel. Chose que l’homme de lettres a bien du mal digéré. Conscient de sa valeur, il se sent mal compris, mal aimé de ses contemporains.

Notable de province, il n’aime pas Paris, son agitation, son hypocrisie. Misanthrope, il préfère l’air frais de la campagne et la compagnie des animaux, des végétaux. Neurasthénique, misogyne, il observe le monde avec pessimisme et un dédain certain. Dans ses carnets de notes, il s’épanche, se raconte. Il décrit avec une acuité acérée le quotidien de sa bourgade bourguignonne. Il parle des vaches, des vicissitudes de la vie, de l’ordinaire de sa maisonnée, d’une veuve un peu trop coquette et d’une famille d’arbres,par laquelle il imagine être adopté.

Derrière l’acidité du propos, se cache un homme blessé par la vie, insatisfait chronique d’une existence qu’il subit. Dire qu’il ne s’aime pas est un euphémisme, alors comment aimer les autres. De sa plume assassine, il mord, égratigne, blesse une humanité qu’il fuit. Chaque flèche qu’il décoche fait mouche et déclenche des salves de rire dans la salle.

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Dans un décor minimaliste, on se laisse embarquer par les écrits poétiques, acides et bucoliques de Jules Renard © Chantal Delpagne

C’est avec beaucoup de délicatesse et pudeur que Catherine Sauval se glisse dans la peau de Jules Renard. Loin de minimiser ses côtés sombres et antipathiques, elle les met à nu pour mieux dévoiler l’homme, son esprit vif, son écriture ciselée. Elle le montre dans son entièreté et signe un hommage vibrant à cet auteur dramatique un peu en retrait, un peu décalé. Elle nous plonge avec espièglerie dans cette belle province, où l’air sent le foin coupé, les champignons, la nature évanescente, où les gens sont simples, terriens, bruts.

Alors que l’on se laisse envoûter par l’harmonieuse voix de Catherine Sauval et par les poétiques et bucoliques souvenirs de Jules Renard, on regrette la mise en scène minimaliste qui donne à l’ensemble une densité âpre, obscure. On finit par se perdre dans les labyrinthiques pensées du père de Poil de Carotte et déplorer la trop rare théâtralité du spectacle. C’est d’autant plus dommage que ces moments où la comédienne pantomime, module son intonation, se savourent et s’apprécient. Ils permettent de donner de belles respirations à cette riche compilation de textes ardus.

Ainsi pour apprécier d’autant plus l’œuvre de Jules Renard, joliment portée par Catherine Sauval, quelques coupes seraient nécessaires. Elles ne nuiraient pas à l’harmonie de l’ensemble et donneraient un éclat encore plus vif à ce bijou littéraire.

D’après le journal de Jules Renard, Bucoliques et Histoires naturelles
Théâtre de Poche-Montparnasse
75, Boulevard du montparnasse
75006 PARIS
À partir du 26 septembre 2016
tous les lundi à 19h
Durée 1h20

De et avec Catherine Sauval de la Comédie Française
Scénographie et création lumières de Philippe Lagrue
Costumes et musique de Catherine Sauval

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