Jerome Robbins enflamme Garnier

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Garnier rend un bien bel hommage à Robbins pour le centenaire de sa naissance

Cent ans, le bel âge. Pour célébrer la naissance du chorégraphe américain, Jerome Robbins mort en 1988, le Ballet de l’Opéra de Paris lui rend un vibrant hommage en donnant quatre pièces chorégraphiques emblématiques de son écriture à la grammaire classique, mais qui se démarque par son ton vif, pétillant et son style libre de toute contrainte. Magique !

La soirée commence par une entrée au répertoire. Et pas n’importe laquelle. Pour fêter le centenaire de la naissance de Jerome Robbins, Garnier inscrit dans ses tablettes le tout premier ballet du chorégraphe américain, Fancy free, créé en 1954. Inspiré de la vie trépidante des avenues new-yorkaises, où déambulent certains soirs d’été des marins aux costumes blancs immaculés en quête d’amour, de rencontres galantes, cette pièce chorégraphie, sur une musique de Leonard Bernstein, préfigure son incursion dans le monde de la comédie musicale, « made in Broadway », et bien évidemment son œuvre maîtresse, West Side Story. Mêlant habilement bagarres de rue, jeux de séduction, il nous entraîne au cœur de la Grande Pomme et réchauffe le cœur des spectateurs de pas deux sensuels et cadencés, de solos rivalisant de virtuosité. Porté par des danseurs au sommet de leur art, on retient notamment la grâce incomparable de Dorothée Gilbert, à qui le style vestimentaire années 40 va comme un gant.

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L’exceptionnel François Alu dans A Suite of Dances, un ballet de Jerome Robbins créé en 1994 © Sébastien Mathé

Pour conter cette histoire passionnelle entre l’Opéra Garnier et le chorégraphe américain, qui, invité par Noureev, décide un temps de délaisser sa maison mère le New York City Ballet pour s’installer à Paris et faire travailler toute une génération de danseurs, le programme hommage se devait de balayer plus de 40 ans de carrière. Ainsi, après ses débuts, c’est au tour d’une de ses dernières créations, A Suite of dances, d’enchanter les sens du public. Dans ce dialogue intense, charnel, entre musique et corps, le troublant Paul Marque, habillé de rouge, danse, virevolte et s’accorde délicatement aux notes de Bach, jouées sur scène, au violoncelle, avec émotion ,par l’épatante Sonia Wieder-Atherton. S’affranchissant du classique pur, l’écriture tout en délié et complexité de Jerome Robbins éclate ici avec force, élégance, et tutoie la beauté des anges.

Après l’entracte, Germain Louvet, tout en chair musculeuse, et la gracile Léonor Baulac s’emparent avec passion de son Afternoon of a Faun. Dans une salle de répétition tout droit sortie d’un songe, un homme dort rêvant à quelques divagations enflammées, quelques ardentes amourettes. Avec précision et finesse, les deux interprètes, chacun en extase devant le reflet de leur propre image dans un miroir virtuel, invitent à un voyage fantasmé sur la carte de Tendre, sur le chemin impétueux qui mène au désir.

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une vingtaine de danseurs prennent possession du plateau pour faire vibrer Glass Pieces, un ballet de Jerome Robbins créé en 1983 © Sébastien Mathé

Enfin, c’est à un feu d’artifice, une explosion de gestes, de mouvements fluides que les spectateurs sont conviés. Marqué par le design des années 1980, le ballet Glass Pieces, qui s’appuie sur les créations musicales de Philip Glass, envoûte littéralement. Rappelant les foules qui arpentent les rues de Manhattan, les quidams qui se croisent sans se voir à de rares exceptions, ce dernier morceau choral séduit par sa fraîcheur un brin surannée, sa mélancolie pétulante. Avec une dextérité folle et une exigence impitoyable, Jerome Robbins mélange les styles et donne à son écriture stricte, imposée par la danse classique, une légèreté pétillante.

Célébrant la vie dans tout ce qu’elle a de plus fou, de plus extraordinaire, le chorégraphe américain est avant tout un conteur d’histoires qui prend plaisir à entraîner son public dans une succession vertigineuse d’états émotionnels qui donnent le tournis et enivrent. Avec ce bel hommage à l’un des chorégraphes qui a marqué l’institution, Garnier signe un ballet kaléidoscopique émouvant, bouleversant.

Par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Hommage à Jérôme Robbins
Opéra de Paris – Opéra Garnier
8, rue Scribe
75009 Paris
jusqu’au 14 novembre 2018
durée 2h00 environ avec entracte

Fancy Free, ballet créé en 1944
Chorégraphie de Jerome Robbins
Musique de Leonard Bernstein
Direction musicale : Valery Ovsyanikov
Décors d’Oliver Smith
Costumes de Kermit Love
Lumières de Ronald Bates
Avec Valentine Colasante, Dorothée Gilbert, Roxane Stojanov, Alessio Carbone, Paul Marque, Alexandre Gasse et Francesco Vantaggio
Durée 30 minutes

A suite of Dances, ballet créé en 1994
Chorégraphie de Jerome Robbins
Musique de Jean-Sébastien Bach
Direction musicale : Valery Ovsyanikov
Décors de Jean Rosenthal
Costumes de Santo Loquasto
Lumières de Jennifer Tipton
Avec Paul Marque et au violoncelle Sonia Wieder-Atherton
Durée 15 min

Afternoon of a Faun, ballet créé en 1953
Chorégraphie de Jerome Robbins
Musique de Claude Debussy
Direction musicale : Valery Ovsyanikov
Décors de Jean Rosenthal
Costumes d’Irene Sharaff
Lumières de Jean Rosenthal
Avec Léonor Baulac et Germain Louvet
Durée 12 minutes

Glass Pieces, ballet créé en 1983
Chorégraphie de Jerome Robbins
Musique de Philip Glass
Direction musicale : Valery Ovsyanikov
Décor de Jerome Robbins et Ronald Bates
Costumes de Ben Benson
Lumières de Jennifer Tipton
Avec Laura Hecquet, Stéphane Bullion, Charline Giezendanner, Simon Valastro, Caroline Robert, Allister Madin, Séverine Westermann, Sébastien Bertaud, Héloïse Bourdin, Marine Ganio, Sabrina Mallen, Roxane Stojanov, Lydie Vareilhes, Pauline Verdusen, Camille Bon, Leïla Dilhac, Laure-Adélaïde Boucaud, Emilie Hasboun, Sophie Mayoux, Charlotte Ranson, Bianca Scudamore, Anémone Arnaud, Naïs Duboscq, Julie Martel, Lucie Mateci, Sophia Parcen, Nino Raux, Gwenaëlle Vauthier, Axel Ibot, Florimond Lorieux, Fabien Révillon, Matthieu révillon, Matthieu botto, Julien cozette, Thomas Docquir, Grégory Dominiak, Florent Melac, Maxime Thomas, Milo Avêque, Samuel bray, Jean-Baptiste Chavignier, Cyril Chokroun, antonio Conforti, Isaac Lopes-Gomes et Francesco Vantaggio
Durée 25 min

La distribution ici présentée correspond celle du 2 novembre 2018

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