Jean Moulin, Evangile… Une évocation intime et singulière du grand homme

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Au théâtre 14, Jean-Marie Besset évoque la vie d’ un héros de la Résistance dans Jean Moulin, évangile

Que cache le visage angélique de cette figure héroïque de la Résistance ? Un homme roc, un saint martyr de la République ou un être complexe entre ombre et lumière ? C’est à cette question singulière que le dramaturge Jean-Marie Besset consacre sa dernière pièce. Un portrait en clair-obscur, dense, bancal, révélant une nature humaniste qui se perd malheureusement en digressions superflues. Dommage.

La France vit des heures sombres. L’armée allemande a envahi la moitié de son territoire. Dans un appartement parisien abandonné, deux silhouettes se faufilent. L’une est massive, carrée, impressionnante, c’est celle de Jean Moulin (émouvant Arnaud Denis), alors préfet d’Eure et Loir, l’autre est frêle, toute en félinité. C’est celle de sa bonne amie, de sa confidente Antoinette Sachs (troublante Sophie Tellier). Alors que le Maréchal Pétain est prêt à livrer le pays à l’envahisseur, le haut fonctionnaire, républicain dans l’âme, patriote jusqu’au bout des ongles est venu récupérer quelques dossiers compromettants. Commence alors pour ce Biterrois de naissance, une guerre de l’ombre dont le but ultime est de relever le pays, de lui rendre sa grandeur passée, son statut d’Etat libre.

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Jean Moulin (Arnaud Denis) discutant avec son amie Antoinette Sachs (Sophie Tellier) © Marc Ginot

Loin de céder à la facilité d’un récit linéaire, hagiographique, Jean-Marie Besset préfère évoquer par touches fugaces, par impressions légères l’existence de ce héros de la Résistance. Creusant dans ses zones d’ombre, s’intéressant à ses failles, il esquisse un portrait en demi-teinte de celui que l’histoire, les politiques ont porté aux nues. Homme profondément ancré à gauche, humaniste, athée, Jean Moulin a depuis longtemps ses détracteurs. Considéré par certains comme un tyran, par d’autres comme une légende héroïque, l’homme a su préserver son intimité, sa nature profonde. C’est donc par d’infimes détails que le dramaturge tente d’en montrer la troublante et équivoque personnalité, d’en faire une figure de la République France, christique ,tout aussi lumineuse que ténébreuse.

Malheureusement, c’est dans cette foisonnante énumération d’instants de vie que se perd le propos de l’auteur et sa vision de l’homme. Si le texte touche juste lors de trop rares envolées lyriques, ciselées, où l’on retrouve la plume du grand Besset, notamment dans les confrontations avec le Général De Gaulle, on tombe trop souvent dans une romance un brin trop affectée. Il suffirait de peu, quelques coupes, quelques resserrements du récit, pour donner à cette fiction historique, une force vibrante.

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Sous la torture, Jean Moulin ne dira rien © Marc Ginot

La mise en scène inspirée de Régis de Martrin-Donos vient souligner le propos et s’amuse parfois à l’exagération des allusions appuyées d’une sortie de placard. Centrée sur les forces et les faiblesses de l’homme, elle s’articule comme un ballet de vieilles armoires qui s’ouvrent et se ferment au gré des secrets, des aléas de la clandestinité. Elles cachent, derrière leurs robustes portes, les réunions discrètes des chefs de la résistance, les relations étranges, fusionnelles de Jean Moulin avec sa sœur (touchante Chloé Lambert) et sa confidente, ou les amours homosexuelles présumées du héros. Si l’on peut regretter une certaine grandiloquence et des scènes ubuesques voire abracadabrantes, le jeune metteur en scène a su tirer parti de ce texte dense et offrir, à ses comédiens principaux, une belle dynamique et une étonnante et singulière profondeur.

Le ténébreux Arnaud Denis se glisse avec subtilité et élégance dans la peau de ce Jean Moulin christique dévoilant par touches sa part d’ombres et son caractère taciturne. La pétillante Sophie Tellier, toute en émotion et pétulance, donne à l’âme sœur de Moulin, Antoinette Sachs, une puissance guerrière et troublante, qui touche au cœur. Lumineuse, Chloé Lambert interprète avec la douceur d’une louve, la figure tutélaire, la grande sœur aimante et compréhensive, le pilier familial sur lequel l’homme s’appuie pour ne pas céder à sa fragilité. Notons aussi la performance de Stéphane Dausse, impeccable sosie du Général De Gaulle.

Entre réalité et fiction, Jean Moulin, Evangile se perd dans les méandres d’une intimité toute relative et hypothétique, mais offre une vision intéressante des dissensions qui ont agité les têtes pensantes de la Résistance faisant du héros laïc un saint martyr.

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Jean Moulin entouré des ses proches © Marc Ginot

Jean Moulin, Evangile, une Fiction historique de Jean-Marie Besset
Théâtre 14
20, Avenue Marc Sangnier
75014 Paris
jusqu’au 21 octobre 2017
mardi, vendredi et samedi  à 20h30, mercredi et jeudi à 19h et en matinée samedi à 16h
durée 2h15

Mise en scène de Régis de Martrin-Donos assisté de Patrice Vrain Perrault
scénographie d’Alain Lagarde
lumières de Pierre Peyronnet
costumes de David Belugou
sons d’Émilie Tramier
Avec Arnaud Denis, Sophie Tellier, Gonzague Van Bervesselès, Laurent Charpentier, Chloé Lambert, Stéphane Dausse, Michaël Evans, Loulou Hanssen, Jean-Marie Besset

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