Je ne sais pas dire je t’aime ou la douce banalité des amours contrariées

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Je ne sais pas dire je t’aime, le nouveau roman de Nicolas Robin

Au-delà des solitudes, des doutes, Nicolas Robin nous invite à un voyage plein de douceur au cœur des tourments ordinaires de l’âme. En contant les histoires singulières et banales de quatre Parisiens en quête d’amour, qu’il soit maternel, fraternel, amical ou passionnel, il touche au cœur et donne des couleurs acidulées et tendres au gris du quotidien. Une gourmandise littéraire à déguster sans tarder.

Après nous avoir délecté des savoureuses aventures de Roland et de son voisin dans son dernier roman, Nicolas Robin s’intéresse cette fois à quatre taciturnes Parisiens en proie aux doutes face à ce surprenant et étrange sentiment qu’est l’amour. Dès les premières pages de ce roman de jeunesse, on est plongé dans le quotidien de nos anti-héros, on s’immisce dans leur vie, dans leurs tâches journalières ordinaires. Ici, rien de romanesque, d’extraordinaire, juste la triste banalité d’êtres esseulés, blessés par l’abandon d’un être cher, une blessure invisible.

Il y a tout d’abord Francine, une sexagénaire vivant en proche banlieue. Heureuse en ménage, elle cache en son cœur une fêlure indélébile, le secret de sa naissance. Née pendant la guerre de père inconnu, certainement un soldat allemand, mal aimée par les siens, elle ne peut pardonner à sa mère son manque d’affection, de tendresse. Puis, on fait la connaissance de Juliette, une trentenaire au charme discret, qui mène une existence sans saveur, sans passion. Solidaire, incapable d’avoir une véritable relation avec les hommes, elle reste traumatisée par les violences sexuelles subies dans son enfance.

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Landais de naissance, l’accent chantant, Nicolas Robin vient de publier son quatrième roman © Thierry Rateau

Côté garçon, c’est Joachim qui pointe son nez en premier. Grand, physique avantageux malgré un monosourcil qui barre son visage d’athlète, ce gaillard d’une vingtaine d’années va apprendre à ses dépens sur un plateau de télévision que sa copine ne l’aime plus et le quitte pour un de ses meilleurs amis. Devenu tristement célèbre, il n’aspire qu’à retrouver l’anonymat et des bras aimants. Enfin, il y a Ben dont le couple bat sérieusement de l’aile, son compagnon s’éloignant chaque jour un peu plus.

Au fil des pages, charmé par le style épuré de Nicolas Robin, on est captivé par ces quatre destins si communs et si singuliers. Derrière la sombre banalité de ces quotidiens gris de Parisiens blasés, une étincelle, un petit grain de sable dans la mécanique trop bien huilée, pourrait bien faire tout basculer. Au carrefour de leur vie, nos quatre protagonistes vont devoir faire des choix décisifs dont leur avenir dépend.

Témoins privilégiés de leur questionnement, de leurs failles, de leurs petites comme grandes blessures morales, on est séduit par la sincérité du texte. Avec une infinie délicatesse, une sensibilité exacerbée, Nicolas Robin conte ces vies ordinaires, leur donnant relief, douceur et souffle nostalgique. Enchanté par la plume ciselée, vive du jeune auteur, on ne peut que s’attacher à ces quatre êtres en quête d’un peu de chaleur, d’un geste tendre, aspirant à vivre tout simplement.

Juste porté par sa belle humanité et ses bons sentiments, Nicolas Robin livre un roman choral intense, vibrant qui touche au cœur, et dépeint, avec justesse, drôlerie et naïveté ingénue, des vies parisiennes tout simplement.

Je ne sais pas dire je t’aime de Nicolas Robin
Editions Anne Carrière
Prix 18 euros

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