Iris, thriller vénéneux manquant d’audace

Print Friendly, PDF & Email
aff_iris_lespert_loeildoliv

Iris, le thriller vénéneux de Jalil Lespert

Belle, élégante, glamour, les courbes pulpeuses, Iris a tout pour être heureuse et comblée pourtant une ombre de tristesse voile son regard. Femme fatale, fleur du mal ou artiste mal dans sa peau, qui est-elle vraiment ? C’est toute la question de l’élégant et sulfureux thriller réalisé par Jalil Lespert. Jouant des faux semblants, enchaînant les retournements de situation, il nous entraîne dans un jeu de dupes troublant et démoniaque où se confondent vérités et mensonges. L’interprétation impeccable de Romain Duris et la présence lumineuse de Charlotte Le Bon, empêche ce long métrage sans aspérité à l’esthétique noir de tourner à vide… un agréable moment en somme !

L’argument. Iris, la femme d’Antoine Doriot, un riche banquier, disparaît en plein Paris. Max, un jeune mécanicien endetté, pourrait bien être lié à son enlèvement. Mais les enquêteurs sont encore loin d’imaginer la vérité sur l’affaire qui se déroule sous leurs yeux.

iris_lespert_duris_2_thibault-grabherr_loeildoliv

Endetté jusqu’au cou, Max (Romain Duris) tente de survivre tant bien que mal © Thibault Grabherr

La critique. Le ciel est gris. Il pleut à verse sur Paris et sa banlieue. Après un long travelling, la caméra s’approche d’un garage qui semble à l’abandon. Elle franchit une porte coulissante métallique toute rouillée. L’eau froide s’infiltre dans le bâtiment. Les gouttes tombent et forment d’énormes flaques au sol. L’espace est quasi vide. Il ne reste que quelques vestiges de l’activité passée. Quelques outils, quelques éléments mécaniques, un moteur sont éparpillés autour d’une vieille moto en réparation réfection. Une ombre musculeuse apparaît. C’est Max (épatant Romain Duris), le propriétaire fauché des lieux. Il est sur un coup. Il espère ainsi sauver son affaire et montrer à sa femme qu’il est capable de s’occuper de son fils. Le plan-séquence s’arrête.

On est projeté dans un autre lieu, un autre univers. La pluie glaçante tombe toujours. Après le gris des villes périphériques, on pénètre sous les ors d’un magnifique restaurant parisien. Un couple finit de manger. Elle, c’est Iris (lumineuse Charlotte Le Bon). Brune, pulpeuse, élégante, cheveux longs lâchés, rouge à lèvres carmin, elle regarde avec un certain ennui son mari installé en face d’elle. Lui, l’époux, c’est Antoine (austère Jalil Lespert). Riche banquier, il semble totalement envoûté par sa femme. Il est fier de la posséder, de la montrer. Alors qu’il paye la note. Elle sort avant lui et disparaît.

iris_lespert_durisle_bon_thibault-grabherr_loeildoliv

Iris (Charlotte Le bon) a-t-elle vraiment été kidnappée par max ? © Thibault Grabherr

Que s’est-il passé ? A-t-elle organisé son enlèvement ? Max est-il complice ou victime ? Antoine est-il aussi respectable qu’il n’y paraît ? En suivant simultanément le destin de nos trois protagonistes, indice après indice, impasse après impasse, les masques tombent et la funeste réalité de ce venimeux thriller se révèle dans toute sa cruauté, sa crudité.  En adaptant lui-même ce remake du film japonais Chaos réalisé par Hideo Nakata, Jalil Lespert se risque avec malice et audace à réaliser son premier thriller noir. Tirant les ficelles d’un film à rebonds, où chacun manipule avec plus ou moins de réussite les autres, il signe une œuvre vénéneuse, sulfureuse mais malheureusement bancale. Se focalisant sur l’esthétisme noir des plan-séquences, il en oublie de ficeler correctement son scénario qui pêche par trop d’invraisemblances et d’incohérences. A la fois haletant et prévisible, ce dernier se dilue dans trop de circonvolutions annexes qui en alourdissent le propos sans pour autant apporter leur pierre à l’édifice chancelant.

Ne boudons pas pour autant notre plaisir, Iris fascine et envoûte.  Jouant sur le contraste des classes, entremêlant magnifiquement le gris des ville-dortoirs de banlieue et le luxe flamboyant d’appartements haussmanniens ou de lofts épurés, Jalil Lespert nous entraîne dans un monde de faux semblants, de clairs obscurs et livre son onirique vision de Paris entre feu et glace.

Iris_lespert_Cottin_©Thibault-Grabherr_@loeildoliv

Antoine (Jallil Lespert) tente de répondre aux questions de l’enquêtrice (Camille Cottin) © Thibault Grabherr

Côté casting, il en de même que pour le reste. Il oscille entre choix judicieux et dubitatif. Si Charlotte Le Bon, étincelante et fragile, et Romain Duris, animal et désespéré, campe parfaitement bien leurs rôles, Jalil Lespert reste sur la réserve et bride la férocité de son personnage. Quant à Camille Cottin, pourtant formidable, elle semble bien mal à l’aise dans la peau de cette enquêtrice maniant mieux l’humour noir et la froide séduction que son esprit de déduction.

Captivé par l’esthétisme sophistiqué d’Iris, on oublie vite les faiblesses de cette histoire à tiroirs pour se laisser troubler par les charmes plein de soufre et de stupres de cet étonnant jeu de dupes.

Iris de Jalil Lespert
Sortie en salles le 16 novembre 2016
Durée 1h39

Scénario de Jalil Lespert et Jérémie Guez
Avec Romain Duris, Charlotte Le Bon, Jalil Lespert, Camille Cottin, Adel Bencherif, Sophie Verbeeck, etc.
Directeur de la photographie : Pierre-Yves Bastard
Chef monteur : Mike Fromentin
Directeur artistique : Leïla Smara
Chef décorateur : Michel Barthélémy

Vous souhaitez partager un commentaire?