Instant(s) de vie dans un foyer d’urgence pour mineurs

Forte de son expérience, de son incapacité malgré sa bonne volonté à aider de jeunes ados en détresse, Christine Citti propose une plongée en apnée dans le monde des centres semi-fermés gérés par la protection de l’enfance. Mise en scène sobrement par Jean-Louis Martinelli, cette pièce à la limite du documentaire est une fenêtre ouverte sur une réalité qu’on a trop vite fait de ne pas voir. 

Sur un canapé informe, huit adolescents totalement apathiques, presque exempts de vitalité sont affalés les uns sur les autres. L’arrivée d’Emmanuelle (Christine Citti), une comédienne venue leur dispenser des cours de comédie, n’a pas l’air de les émouvoir, à peine s’interrogent-ils sur cette présence impromptue. Que fait donc cette femme, cette blanche au pays de la loose ? N’a-t-elle pas de travail ? l’a-t’on obligée à venir ici, dans ce foyer d’urgence pour mineurs en rupture totale avec la société ? 

Malgré les regards et comportements hostiles, Emmanuelle décide de rester, de s’accrocher, de comprendre ce rejet, cette inimité spontanée. S’installant dans un coin, s’effaçant presque, elle observe. Elle les écoute crier leur rage, leur désespoir. Elle s’immerge totalement dans la violence de ces vies brisées, de ces quotidiens sans perspective. Elle découvre par bribes leurs histoires toutes plus dures, plus sordides les unes que les autres. Elle s’attache, rêve de pouvoir les aider, mais rapidement la réalité d’un système qui, malgré les bonnes volontés, reste sans âme, la rattrape. Elle ne peut rien faire d’autre que leur donner un peu d’humanité. 

Puisant dans sa propre expérience d’artiste engagée suite à une immersion qui a viré à l’échec dans un centre de ce type, Christine Citti esquisse le portrait sans retouches d’un monde que la société bien-pensante refuse de voir. Avec l’aide de son compagnon Jean-Louis Martinelli, elle transpose sur scène une succession de saynètes qui rend compte d’une réalité crue, d’une vérité âpre. 

Tout pourrait être froid, cynique, impersonnel, si la comédienne ne teintait pas son regard sur cette institution, sur ces jeunes, d’une humanité, d’une compassion. Prenant faits et causes pour cette jeune fille battue par son beau-père, pour ce garçon qui rêve d’être médecin mais que les vicissitudes de la vie ont rendu agressif, elle réveille nos consciences endormies. 

Secondée par une troupe de jeunes comédiens épatants – Cindy Almeida De Brito, Yoann Denaive, LoÏc Djani, Yasin Houicha, Elisa Kane, Margot Madani, François-Xavier Phan, Mounia Raoui – , hauts en couleurs, Christine Citti fait mouche. Toutefois, on aurait aimé qu’elle reste un peu moins en retrait, qu’elle livre un peu plus de ses ressentis, pour que le spectacle dépasse le simple docu-fiction. Mais c’est son choix, de ne donner que quelques bribes, que quelques impressions, d’informer sans orienter afin de permettre à tous de se faire sa propre opinion. 

Alors telle une petite souris, pénétrez dans ce foyer pour mineurs, observez cette réalité en face, ouvrez grands les yeux et forgez votre regard ! 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Avignon


Ils n’avaient pas prévu qu’on allait gagner de Christine Citti
Festival d’Avignon le OFF
Théâtre des Halles
Rue du roi René
84000Avignon
Jusqu’au 28 juillet 2019 à11h00
Durée 1h35


Mise en scène de Jean-Louis Martinelli
avec Cindy Almeida De Brito, Christine Citti, Yoann Denaive, LoÏc Djani, Zakariya Gouram, Yasin Houicha, Elisa Kane, Kenza Lagnoui, Margot Madani, François-Xavier Phan, Mounia Raoui, Samira Sedira
Collaborateur artistique de Thierry Thieu Niang
Costumes d’Elizabeth Tavernier
Lumières de Jean-Marc Skatchko
Création sonore de Sylvain Jacques

Crédit photos © Pascal Victor / ArtPressCom

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