Gainsbourg fait un bœuf du tonnerre au Français

Après Comme une pierre qui …, qui recréait au plateau l’enregistrement d’un grand standard de Bob Dylan, Sébastien Pouderoux continue son exploration de la scène musicale. Avec son complice Stéphane Varupenne, il s’attaque cette fois pour notre plus grand plaisir à Gainsbourg et évoque à travers ses chansons réarrangées pour l’occasion, une évocation de cet artiste unique et pluriel. Enchantement ! 

Ils sont minces, ils sont beaux, on imagine qu’ils sentent bon le sable chaud, quand ils reprennent Mon légionnaire version Gainsbourg, la salle, comble du Studio de la Comédie Française, vibre au diapason de ces six artistes d’exception. Comédiens hors-pair, ils sont aussi des musiciens, des chanteurs virtuoses. S’emparant avec délice et espièglerie de l’œuvre du poète et compositeur français, comme il l’avait fait avec Bob DylanSébastien PouderouxStéphane Varupenne et leurs comparses de la jeune garde du Français, invitent à (re) découvrir son univers et évoquent ses personnalités singulières plurielles, ses amours. 

Grosse voix pour Rebecca Marder, accent anglais tellement  Birkin pour Pouderoux, phrasé pâteux imbibé d’alcool pour Morgensztern, en quelques chansons connues ou pour certaines presque oubliées tant l’œuvre est dense, quelques extraits d’interviews, quelques saillies provocatrices, comme le fameux « I want to fuck You» adressé à Whitney Houston dans l’émission Champs-Elysées animé par le très gêné Michel Drucker, Gainsbourg et son double Gainsbarre se font la nique pour notre plus grand plaisir. De L’homme à la tête de choux au séducteur de ces dames, même Bardot a succombé à ses charmes, de l’irrévérencieux qui s’amuse à faire chanter à la naïve France Gall, le titre très évocateur Les sucettes à l’anis à l’homme pudique, timide, le duo Pouderoux– Varupenne esquisse le portrait délicat et tendre d’un artiste entier, d’un « crooner » égrenant avec sensualité les lettres du prénom Laetitia. 

Tour à tour, Benjamin Lavernhe, Noam Morgensztern, Rebecca Marder, Yoann Gasiorowski Stéphane Varupenne et Sébastien Pouderoux incarnent leur Gainsbourg avec gouaille pour les uns et retenue pour les autres. Tous excellents, drôles, touchants, ils impulsent une fièvre aux spectateurs. Tapement de pieds en mesure, paroles murmurées dans un souffle, c’est toute la salle qui rend hommage à l’auteur de je suis venu te dire que je m’en vais ou de Black trombone. Si la magie opère, c’est que les Serge et leurs complices, Guillaume Bachelé, Martin et Vincent Leterme ont réarrangé avec ingéniosité, et même brio toutes les mélodies. Loin de refaire Gainsbourg, de l’imiter, il lui donne un souffle nouveau poétique et vivant. 

Suspendant le temps, invitant à pénétrer dans l’antre de Verneuil, symbolisé par le fameux paravent en laque chinoise, emblématique du lieu, nos comédiens virtuoses fascinent et ensorcèlent. Un moment de théâtre entre chant et comédie à savourer, à déguster comme un sucre d’orge qui comme Annie nous mène au paradis.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


Les Serge (Gainsbourg point barre) 
Au studio de la Comédie Française
99, rue de Rivoli
75001 Paris
jusqu’au 30 juin 2019
Durée 1h20 environ
 

Adaptation et mise en scène de Stéphane Varupenne et Sébastien Pouderoux 
Avec Stéphane Varupenne, Benjamin Lavernhe, Sébastien Pouderoux, Noam Morgensztern, Rebecca Marder et Yoann Gasiorowski
Lumières  d’Éric Dumas 
Arrangements musicaux  de Guillaume Bachelé, Martin Leterme, Vincent Leterme et les Serge 
Son de Théo Jonval 

Crédit photos © Vincent Pontet, collection de Comédie Française

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