Franck Monsigny, artiste optimiste et pugnace

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Franck Monsigny © Lisa Lesourd

Voix douce, regard perçant, Franck Monsigny, la quarantaine flamboyante, a déjà eu mille vies. Comédien, auteur et producteur, il se laisse guider par son instinct, ses envies. Présent à Avignon avec sa pièce Résistantes, celui qui incarne l’inquiétant Martin Constant tous les soirs sur TF1 dans Demain nous appartient , revient, le temps d’un café matinal, sur son parcours éclectique. Rencontre.

Flyers en poche, prêt à « tracter » sous le soleil de plomb qui règne sur la cité des papes, Franck Monsigny s’accorde une pause matinale et méritée à terrasse ombragée d’un café, place Pie. Souriant, décontracté, il s’installe confortablement, profite du calme avant la tempête pour discuter avec quelques badauds, leur suggérant de venir voir sa pièce
Résistantes , à deux pas de là, au théâtre du Roi René. Après un succès mérité, l’an dernier, au théâtre du Petit Louvre, ce huis-clos oppressant dans une maison close, pendant la Seconde Guerre mondiale, revient pour un deuxième Festival d’Avignon le Off. Après une générale bien remplie, le spectacle semble bien parti pour des lendemains radieux.

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Franck Monsigny © Lisa Lesourd

Devenir comédien, une révélation tardive

Singulier parcours que celui de cet Essonnien de naissance, tardivement venu vers la comédie. Ayant grandi entre Draveil et Juvisy, le jeune homme ne s’imaginait pas un jour sur les planches. « Tout a commencé après avoir fait mon service militaire, se souvient-il, amusé. Je rentrais de Toulon, où j’avais passé huit mois à bord du porte-avions Clémenceau, en cale sèche et un brin amianté, quand je suis tombé nez à nez avec un ami d’enfance. Lui aussi venait de finir ses classes, mais son récit était plus intéressant que le mien : il était resté en région parisienne, au Fort d’Ivry, où il a été formé aux métiers du cinéma. J’ai eu comme un déclic. Apprendre à faire des films, cela devait être chouette. » Intrigué, Franck Monsigny se renseigne et s’inscrit dans la foulée à l’École internationale de création audiovisuelle et de réalisation (Eicar), basée à Saint-Denis. Pressé, motivé, curieux de tout, il ne finit pas l’année. « J’ai été rapidement remarqué par mon professeur de scénarios, explique-t-il. Il m’a proposé de le rejoindre sur une série de courts-métrages produits par Arte. Je n’ai pas pu refuser, c’était une opportunité en or. Je me suis donc retrouvé du jour au lendemain sur un plateau de cinéma. J’ai touché à tout. Chauffeur, un jour ; le lendemain, je balayais, j’apportais le café à l’équipe ou je donnais un coup de main aux machinos, aux électros. » Puis, le jour J est arrivé. Il assiste au fameux court métrage de son mentor, qui est aussi le premier rôle d’un certain Frédéric Diefenthal. « C’était fascinant, se remémore-t-il du feu dans les yeux. J’ai pu voir l’envers du décor et j’ai compris que je ne voulais pas être derrière, mais devant la caméra. C’est à partir de là que j’ai su que je serais comédien, quoiqu’il arrive. »

Premiers apprentissages et premiers pas sur les planches

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Franck Monsigny @Lisa Lesourd

Après un passage éclair par l’Association Connu, mais connu, créée par Mathieu Kassovitz à l’époque de La Haine, et qui avait pour mission de permettre aux jeunes de banlieue de découvrir et de faire du théâtre, Franck Monsigny décide de se professionnaliser et pousse les portes de l’école de Jean Périmony. « L’expérience a été de courte durée, se souvient-il. Sa pédagogie ne me convenait pas. Elle était contre-productive, pour moi en tout cas. Il aimait bousculer, provoquer. Il n’arrêtait pas de me recommander chaudement de faire un autre métier. J’ai fini par partir pour tenter ma chance ailleurs. Mes pas m’ont mené en 1998 chez Eva Saint-Paul qui m’a pris en main et m’a éduqué, théâtralement parlant. Ça été une belle rencontre, très instructive. » Comme à son habitude, le fougueux comédien n’a pas terminé sa formation. « Exalté, passionné, explique-t-il, je n’avais qu’une envie : monter sur les planches. Du coup, je passais des auditions dans son dos. Contre toute attente, j’ai été pris pour jouer, au théâtre du Chien qui fume à Avignon, le rôle principal dans La Mère confidente de Marivaux avec comme partenaire Catherine Hubeau, ex-pensionnaire de la Comédie-Française. Je ne pouvais pas refuser. J’ai tout abandonné pour ce projet. » Été 1999, le comédien en herbe fait son premier festival d’Avignon. « C’était incroyable, se rappelle-t-il, légèrement ému. C’était la première fois de ma vie que je me sentais à ma place, que j’étais au bon endroit, au bon moment. De cette première expérience sur scène a découlé la suite. Tout s’est enchaîné très vite. Les projets se sont succédés sans jamais cesser jusqu’à aujourd’hui. »

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Rodolphe Le Corre et Franck Monsigny dans Les Parents viennent de Mars et les enfants du Mc Do Alain Laffont

Le théâtre, une école de la vie

Après cette première tentative sur les planches, Franck Monsigny se laisse porter par les différentes opportunités qui vont guider sa carrière. « Je suis assez inclassable, souligne-t-il. J’ai autant joué des classiques que des boulevards. J’ai notamment eu la chance d’être le partenaire de Marthe Mercadier dans Treize à table de Marc Gilbert Sauvajon et de Michel Galabru dans Les Rustres de Carlo Goldoni. Je me suis aussi essayé à des créations plus contemporaines, à du café-théâtre, ainsi qu’à des spectacles pour enfants. Ces expériences ont été de sacrées tranches de vie. » Sourire aux lèvres, regard espiègle, il avoue toutefois que passer 9 mois sur les routes de France avec Galabru, et partager la scène avec lui, reste pour lui quelque chose d’inoubliable. Humble, respectueux, il reste profondément marqué par cet homme, son intelligence, son humour et son génie. « C’est d’autant plus important pour moi, explique-t-il, que j’ai toujours eu un problème de légitimité, surtout face à une caméra. Je me suis longtemps empoisonné l’existence par manque d’assurance. C’est pour cela que j’ai privilégié le théâtre dans un premier temps, laissant de côté mes premiers amours. Sur scène, je me sentais dans mon élément. J’étais plutôt bien épaulé. Je jouais avec des pointures, du coup, j’avais l’impression d’être en stage. Je me suis construit tout seul, grâce à toutes les personnes avec lesquelles j’ai partagé la scène. C’était comme une famille, où tous se soutiennent. »
Durant ces années passées sur les planches, une pièce a particulièrement marqué le jeune comédien. « C’était en 2000, peu de temps après La Mère confidente, se souvient-il. J’ai passé une audition pour intégrer un duo comique avec et écrit par Rodolphe Le Corre. J’ai été pris et nous avons, dans la foulée, fait le Festival d’Avignon, parrainés par Virginie Lemoine. La pièce a eu un joli succès. Nous avons pas mal tourné avec, puis nous nous sommes séparés durant 10 ans. En 2011, Rodolphe est revenu me chercher pour reformer le duo. C’est devenu un véritable succès du café-théâtre sous le titre, Les Parents viennent de Mars et les enfants du Mc Do. D’ailleurs, elle continue sa belle carrière à Paris comme en Province. »

La télévision en pointe de mire

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Stagamore Stevenin et Franck Monsigny dans Falco © TF1

Fort de ses années de théâtre, Franck Monsigny rêve d’être connu et reconnu. « C’est un moteur, explique-t-il. On rêve tous de faire corps avec ce que l’on fait, quel que soit notre métier. C’est d’autant plus vrai pour nous, comédiens : on a besoin d’être en accord avec le personnage qu’on interprète, que l’on défend. Quand les gens sont touchés, qu’on les a marqués, c’est une vraie satisfaction. » Toujours en quête d’autre chose, le ténébreux artiste rêve de retourner vers le monde de l’image. C’est en 2008 que l’occasion lui est donnée de tenter sa chance devant la caméra, avec la série Seconde chance diffusée sur TF1, et qui conte la vie d’une boîte de Pub et de ses différents protagonistes. « C’étaient mes débuts en tant que récurrent, explique-t-il. J’ai ainsi pu découvrir les rouages d’une série, j’ai trouvé cela passionnant. C’est très différent de ce que je connaissais. A la télévision, contrairement au théâtre, il y a très peu de répétitions, de préparations. Tu reçois le texte plus ou moins en amont et tu te lances. C’était un nouveau défi. En tant que challenger, j’aime justement affronter de nouvelles situations. C’était une période où j’avais besoin de me dépasser et faire du bon travail, quelles qu’en soient les conditions. L’expérience a été de courte durée, mais c’était fascinant et passionnant, d’autant que je partageais l’affiche avec des comédiens hors pair comme entre autres, Jean-Baptiste Shelmerdine, Isabelle Vitari et Stéphanie Pasterkamp, qui ont fait de belles carrières à la télévision depuis. » Fort de cette première incursion dans l’univers du petit écran, Franck Monsigny décroche plusieurs rôles dans des téléfilms unitaires ou en tant qu’invité sur des séries comme R.I.S – Police scientifique. ou La cour des grands. C’est en 2012 que vient la consécration et la reconnaissance publique avec la diffusion de Falco, où il interprète un médecin légiste au côté de Stagamore Stevenin. « Dès les premiers épisodes, ça a été un vrai succès, se souvient-il, un véritable cas d’école, avec plus de 7 millions de spectateurs. L’aventure a duré 4 ans et fut très belle. Elle nécessité un véritable investissement de la part de toute l’équipe, et le résultat a été au rendez-vous. Ça a été, pour moi, une manière de mettre les pieds dans la famille TF1. Ils sont très fidèles. C’est ainsi que j’ai été choisi pour participer la saga de l’été, Demain vous appartient, qui est en diffusion actuellement. »

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Maud Forget, Caroline Filipek et Franck Monsigny dans Résistantes © Xavier Cantat

L’écriture en sus

Loin des plateaux de télévision, Franck Monsigny s’adonne à un autre art : l’écriture. « Il a fallu du temps pour que je m’y autorise, explique-t-il, je ne me sentais pas légitime. J’ai eu le déclic avec Résistantes. Quand j’ai eu connaissance de la vie de cette femme qui, durant la Seconde Guerre mondiale, s’est cachée dans une maison close pour survivre, j’ai tout de suite eu l’envie de raconter son histoire et de la rencontrer. Ça a été possible grâce au meilleur ami de mon frère. Je n’ai pas hésité, j’ai pris ma voiture, une caméra, et j’ai fait 600 kilomètres pour la voir. Je n’ai pas eu besoin de chercher un scénario, la trame existait déjà dans sa mémoire, juste à coucher ses souvenirs sur le papier. Malheureusement, elle n’a pu lire que la première version du texte. Elle est partie deux ans avant que je puisse monter la pièce, elle avait 96 ans. Toutefois, avant de disparaître, elle a pu parler de ce qu’il lui était arrivé avec sa petite fille de 16 ans. Ça a été une vraie rencontre, c’était touchant. » Quand le comédien s’est lancé dans cette aventure, il n’avait aucune idée de l’ampleur de l’entreprise et des différents montages financiers nécessaires pour pouvoir produire une pièce. « Avant de m’associer avec Sabine Perraud pour Résistantes et de retravailler le texte, raconte-t-il, j’ai écrit une autre pièce, une comédie, Sacré mariage, que j’ai adoré jouer aux Blancs-manteaux et aux Trois bornes. »
Passionné de cinéma, en 2015, il co-signe avec sa compagne Magali Genoud, le synopsis d’un court métrage, No Sense qui obtient le grand prix du Mobile Film Festival, consacré cette année au changement climatique. Fort de ce premier succès, il participe avec Zaher Rehaz, à l’écriture d’un programme court, dont les premiers pilotes sont actuellement aux mains de plusieurs chaînes de télévision. En parallèle, toujours avec Magali Genoud, il a travaillé à un moyen métrage de 25 minutes, dont le titre est l’Hippocampe, et qui a d’ailleurs obtenu un prix du scénario.

Un avenir tout horizon

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Ingrid Chauvin et Franck Monsigny dans Demain nous appartient © TF1

Alors que Franck Monsigny vient de réaliser un court-métrage pour le Nikon festival 2017, il a participé cet été au Festival d’Avignon avec Résistantes, dont il interprète en alternance, un des rôles principaux. Suite au succès public et critique, il espère que la pièce sera reprise à Paris au cours des prochaines saisons. En attendant, il travaille à son adaptation cinématographique ou télévisuelle. Si pour l’instant, la mise en scène n’est pas dans ses priorités, il n’exclut pas un jour de passer de l’autre côté du quatrième mur. En attendant, il s’attèle à l’écriture d’une autre pièce de théâtre. « Je ne sais pas m’arrêter, explique-t-il, amusé. Je suis un vrai boulimique de travail. J’ai toujours l’impression de renaître à chaque projet, d’avoir toujours 20 ans et d’avoir la vie devant moi. J’ai cette sensation que quoi que je fasse, malgré les succès, les expériences plus ou moins réussies, le meilleur reste à venir. Je me nourris des autres, de ce que je vois. Je reste à jamais marqué par les rencontres qui ont jalonné ma carrière. » Éternellement optimiste, des écrans de télévision aux planches d’un théâtre, Franck Monsigny continue à se construire et à avancer. En attendant une rentrée riche en évènements, vous pouvez le voir dans Demain vous appartient en replay sur MyTF1.

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