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Fanny Ardant sublime la langue durassienne à l’Atelier

Voix rauque si reconnaissable, si envoûtante, silhouette de sylphide parfaitement soulignée dans une robe grise, Fanny Ardant s’empare avec grâce et profondeur d’Hiroshima mon amour, l’emblématique roman de Marguerite Duras, né du scénario du film homonyme d’Alain Resnais. Sur la scène du théâtre de l’Atelier, elle fait vibrer joliment, intimement, les mots d’amour de l’académicienne.

Dans le noir le plus complet, quelques notes de musique résonnent. Puis deux voix aux timbres facilement identifiables se font entendre, se répondent dans une sorte de dialogue de sourds. L’une chaude, envoûtante, celle de Fanny Ardant, l’autre ronde, charismatique, celle de Gérard Depardieu. Entre les deux anciens amants, des zones d’ombre, des doutes, des souvenirs communs, des histoires fantasmées, rêvées pour oublier la guerre, ses ravages, la violence des rapports humains, la séparation.

Hiroshima mon amour_F.ARDANT©Carole Bellaïche_H&K-019_@loeildoliv

Dans un faible halo de lumière, démarche assurée, pas lent, elle s’avance dans la pénombre. On devine sa silhouette parfaite, féminine, féline. Enfin, les feux de la rampe se braquent sur son visage anguleux, entouré de magnifiques boucles brunes. Fanny Ardant, impériale, divine, darde sur la salle conquise, ses yeux presque noirs. S’emparant de la prose si singulière, si radicalement poétique de Marguerite Duras, écrite en 1959 pour le premier long-métrage sorti en salle du réalisateur Alain Resnais, la comédienne se glisse dans la peau de cette femme, de cette amoureuse qui confesse la flamme qui la dévore.

Entremêlant passé lointain et proche, elle se remémore les maux qui la brûlent, la passion qui la dévore. Jeune fille, elle grandit à Nevers. Elle n’a pas dix-huit ans quand en pleine Seconde Guerre mondiale, elle s’éprend d’un bel officiel allemand. Elle paiera le prix fort ce premier amour. Devenue actrice, elle est invitée à participer au tournage d’un film à Hiroshima. Sur les ruines de la ville irradiée par une bombe atomique, elle panse ses blessures, réapprend à vivre, à aimer. Pour ouvrir son cœur à un autre, elle doit laisser partir celui qui hante ses pensées.

Portée par l’adaptation et la mise en scène sobre, épurée de Bertrand Marcos, avec qui elle a déjà travaillé la langue Durassienne, Fanny Ardant, toute en sensibilité et retenue, porte haut le verbe de l’académicienne lui donnant une profondeur émouvante, une force vibrante. Évoquant la barbarie des guerres, le devoir de mémoire autant que d’oubli, Hiroshima mon amour est avant tout le récit incandescent de deux passions amoureuses, d’histoires impossibles. De son complice, Gérard Depardieu, nous n’entendrons que la voix. Il est l’éternel absent.

Ciselée par les lumières imaginées par Patrick Clitus, Fanny Ardant brûle littéralement les planches du théâtre de l’atelier de son charme si particulier, de sa présence lumineuse, troublante. Subjuguant une assistance totalement éblouie, elle est ovationnée tant pour sa simplicité bouleversante à dire Duras, que par sa performance unique, ténébreuse, chaleureuse. Un seul en scène rare – seulement 10 dates – à déguster sans modération.

Par Olivier Fregaville-Gratian d’Amore


AFF_hiroshima-mon-amour-theatre-de-latelier_11494_@loeildoliv

Hiroshima mon amour de Marguerite Duras
théâtre de l’Atelier
1, Place Charles Dullin
75018 Paris
Jusqu’au 31 décembre 2018
Du mardi au samedi à 19h00 et le dimanche à 15h00
Durée 1h00

Adaptation et mise en scène de Bertrand Marcos
Avec Fanny Ardant
Lumières de Patrick Clitus

Crédit photo © Carole Bellaïche

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