Fable dystopique sur fond de migration inversée

A l’instar du film de Roland Emmerich, Le Jour d’après, Stéphane Titeca imagine un monde où l’occident doit pour survivre migrer vers les états du sud, les pays en voie développement. Inversant le cours de l’histoire, il livre un conte moderne qui questionne notre rapport à l’autre. Malgré une mise en scène un peu trop chargée, le jeu des comédiens fait mouche et donne à ce récit tout son sel. 

Dans une maison fait de bric et de broc, une accorte jeune femme (éblouissante Lina Lamara) trie du linge. Elle le nettoie, vérifie son état. Un bruit, elle se retourne. Un homme âgé (épatant Alain Leclerc), fatigué, apparait. Il est blanc, elle est métisse. Il est migrant, elle est chargée de récupérer sur les nombreux corps d’occidentaux qui s’échouent sur le rivage les vêtements, les objets qui peuvent encore servir. 

Le monde n’est plus ce qu’il était. Tout s’est inversé. Les pays riches ont épuisé leurs ressources. Seule solution pour survivre fuir, tenter l’impossible pour rejoindre l’autre rive, d’autres contrées, celles d’où jadis venaient les migrants. Malheureusement, ils ne sont pas les bienvenus, bien au contraire. Rejetés, repoussés, traqués, ils n’ont pas le droit de cité. 

S’interrogeant sur la place de l’autre en pleine période de crise migratoire, Stéphane Titeca esquisse une dystopie sombre, noire qui a le mérite de secouer les consciences. Choqué par les images du petit Aylan, mort noyé en méditerranée, comme 2260 personnes en 2018, le dramaturge s’est demandé quel aurait été l’impact d’un tel drame, s’il avait été blanc. Obligeant le public à ouvrir les yeux, sans pathos, sans pour autant noircir le trait, il invite à plonger dans l’envers du décor d’une politique qui fait fi de l’humain. 

Malheureusement, la mise en scène de Valérie Lesage alourdit le propos par trop d’effets superflus. C’est d’autant plus dommage que le texte ciselé et le jeu habité des comédiens suffissent amplement à donner toute l’intensité nécessaire pour marquer les esprits et modifier quelques peu notre vision trop « blanche » du monde. 

Abordant le racisme, le sexisme, l’ambivalence de la nature humaine, Les Dents du peigne dénonce certes notre capacité à accepter sans broncher l’inadmissible, mais et avant tout une ode à la différence, à la tolérance. 

Olivier Fregaville-Gratian d’Amore – envoyé spécial à Avignon


Les dents du peigne de Stéphane Titeca
Festival d’Avignon le OFF
Théâtre de la Luna
1, rue Séverine
84000 Avignon 
Jusqu’au 28 juillet 2019 à 17h30
Durée 1h10


Mise en scène de Valerie Lesage
Avec Lina Lamara, Alain Leclerc et Marc Vanweymeersch

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