En Apesanteur

Avec de jeunes interprètes formés surtout au classique, Amala Dianor casse les codes et les lignes. Dans le cadre de Montpellier Danse, il signe un ballet en suspension, quelque peu mélancolique mais porté par de belles fulgurances. 

Au cœur de l’ancien jardin du couvent des Ursulines, le théâtre de l’Agora est un magnifique écrin de pierre qui se suffit à lui-même. Pas besoin de décor, d’éléments superflus – l’immense étoile qui est censée surplomber la scène est donc absente- , l’espace nu laisse la part belle aux mouvements, aux langages chorégraphiques. 

Tous issus de formation très rigoureuse, classique ou contemporaine, les neuf danseurs – Mourad Bouayad, Lucie Dubois, Baptiste Lenoir, Charlotte Louvel, Sandra Mercky, Keyla Ramos, Yukie Spruijt, Jeanne Stuart et Elena Thomas – envahissent le plateau. Pas de deux, cavalcades, courses, arabesques, sauts de biches, ils puisent dans leur savoir-faire pour donner le meilleur d’eux-mêmes, sans faiblir, avec une rigueur, une constance confondante. Technicité impeccable, ils maîtrisent l’orthographe, jouent avec facilité, aisance. Tout semble couler de source. Pourtant, des cassures dans la rythmique apparaissent. Les mouvements s’arrêtent net, pour mieux reprendre. L’écriture se fait brisure, parfois guerrière. Portant des tenues rappelant celles des boxeurs, ils empruntent à ce sport de combat certaines de ses postures, de ses gestuelles. 

Ancré dans l’univers Hip hop, Amala Dianor aime les métissages, dépasser les frontières, mixer les langues, les grammaires. De ses origines sénégalaises, il affectionne tout particulièrement le tempo. De sa formation en danse contemporaine au CNDC d’Angers, la liberté, la latitude des possibles. Riche de tout cela, il confronte son regard à celui de ses danseurs, les contraint pour mieux les amener ailleurs.

Chorégraphiant en creux, Amala Dianor, dont c’est la première pièce avec autant d’interprètes, se laisse parfois déborder dans son écriture. Le choc des cultures, des techniques, le dépasse parfois, laissant retomber la tension sur le plateau. Mais c’est cette fragilité qui donne à The Falling Stardust une grâce, une délicatesse. Soignant les tableaux de groupe, nimbés de la belle lumière imaginée par Xavier Lazarini, il esquisse un nouveau langage qui doit encore prendre ses marques.

Si l’ensemble manque encore un peu de peps en ce soir de première, on souhaite au chorégraphe et à ses jeunes danseurs, le meilleur. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Montpellier


The Falling Stardust d’Amala Dianor
Montpellier Danse
Théâtre de l’Agora
Cité internationale de la Danse
Rue des Ursulines
34000 Montpellier
Jusqu’au 24 juin 2019
Durée 1h

Chorégraphie d’Amala Dianor assisté de Rindra Rasoaveloson
Compagnie Amala Dianor
Avec Mourad Bouayad, Lucie Dubois, Baptiste Lenoir, Charlotte Louvel, Sandra Mercky, Keyla Ramos, Yukie Spruijt, Jeanne Stuart, Elena Thomas
Scénographie / costumes de Clément Debras
Lumières de Xavier Lazarini
Régie générale de Nicolas Tallec
Musique d’Awir Léon

Crédit photos © Jef Rabillon

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