Denis Lavant, une vie de clown poétique et mélancolique

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A l’Œuvre, Denis Lavant donne vie aux mots d’Henry Miller

Visage grimé, silhouette sèche, Denis Lavant emprunte les mots d’Henry Miller et invite à un voyage au pays des saltimbanques entre gloire, déshérence et rêve de bonheur. Porté par la mise en scène fine de Bénédicte Nécaille, qui rappelle les tableaux de Léger, de Picasso ou de Chagall, qui ont inspiré l’essayiste américain, le comédien tutoie les étoiles d’un cirque désuet et flamboyant.

Une échelle aux barreaux brisés, posée sur le mur de fond de scène, apparaît dans un faisceau lumineux. À son pied, un corps, roulé en boule, semble endormi. Une voix off fait les présentations. C’est Auguste, un clown triste en quête de félicité, de joie de vivre. Lentement, il s’étire, se lève, sourit à la salle et reprend le fil de son histoire. Saltimbanque errant de ville en ville, faisant vibrer le chapiteau de ses pantomimes, il connaît son heure de gloire suite à un incident imprévisible et drolatique. Submergé par ce succès, par ce sentiment de toute-puissance, il devient la coqueluche du cirque, l’attraction que tout le monde veut voir.

Rapidement, il perd pied. Grisé par les applaudissements, il devient « addict » à cette vie sous les projecteurs, ne vit plus que pour fouler la piste. Il s’épuise et perd toute notion de réalité. L’insatisfaction le gagne, ne le quitte plus. Pas le choix, il doit s’éloigner, quitter son personnage, tomber dans l’anonymat, pour trouver un sens à son existence, se réapproprier son identité. De cirque en cirque, il renonce à tout, mais la réussite est une drogue puissante. Une opportunité de retourner sur scène, et l’envie de replonger se fait impérieuse, viscérale. La prison dorée est prête à se refermer à nouveau sur lui. Fuir ou rester, c’est l’heure du choix ?

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Denis Lavant, clown triste, clown espiègle © Vincent Pontet

S’emparant de cette nouvelle singulière, étonnante d’Henry Miller, une commande de Fernand Léger pour illustrer ses peintures de clowns, mais qui faute de lui plaire tout à fait, sera publiée en 1948 avec des illustrations de Picasso, Chagall, Rouault et Klee, avant d’être rééditée en 1958 avec les propres dessins de l’écrivain, Ivan Morane signe une adaptation tout en velours. Si le texte, bien que poétique, sonne assez creux et dit finalement peu de chose, la mise en scène onirique de Bénédicte Nécaille et l’interprétation virtuose de Denis Lavant, lui donne une dimension, une profondeur qui envoûte, fascine et donne à chacun l’envie de décrocher la lune.

Véritable métaphore de la vie d’artiste, cette œuvre de Miller rappelle qu’il vaut mieux se contenter de peu plutôt que de rêver trop haut, et ainsi éviter une chute dont on ne peut se relever. Ainsi, reprenant le cours de sa vie au pied de l’échelle, bien dans ses baskets, le sourire éclaire à nouveau le visage parcheminé du clown triste. Un moment délicat qui doit beaucoup au talent de bateleur, de hâbleur d’un Denis Lavant totalement possédé !

Par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Le sourire au pied de l’échelle d’après l’œuvre d’Henry Miller
Théâtre de l’Œuvre
55, rue de Clichy
75009 Paris
jusqu’au 17 février 2019
du mercredi au samedi à 19h et les dimanches à 17h30

Reprise
Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
du 27 mars 2019 au 14 avril 2019
du mardi au samedi à 19h

Adaptation d’Ivan Morane
Traduction Georges Belmont
Mise en scène de Bénedicte Nécaille
Avec Denis Lavant

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