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David Wampach entre dans la transe

Au nouveau théâtre de Montreuil, David Wampach ouvre, avec sa dernière création, BEREZINA, les rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis. Enchaînement de solisporté par six interprètes, la pièce fait souffler un vent de transe chamanique sur cette édition 2019. Rencontre. 

Réparties sur plus d’une douzaine de lieux et réunissant pas moins de 23 artistes associés, les rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis sont indéniablement un festival incontournable pour les passionnés mais aussi, les novices curieux de découvrir la danse contemporaine autrement. Cette année, Jan Martens et David Wampach, partagent l’affiche de la soirée d’ouverture. Cheveux noir de jais bouclés, voix chantant le sud, Le fondateur de l’association Achles y propose sa toute dernière œuvre, un chant à la différence, un ballet singulier pluriel haut en couleur, qui joue sur les ruptures, les mouvements itératifs menant à la transe, celle d’une conscience éclairée cherchant son identité dans un monde en perdition. 

Comment en êtes-vous venu à la danse ?

David Wampach par ©Martin Colombet 02_@loeildoliv

David Wampach : Par des chemins détournés. Au départ, je me suis inscrit en médecine à l’Université de Montpellier. J’avais un intérêt pour le corps, comprendre son fonctionnement. Je me suis rapidement rendu compte que la vision anatomique de ce cursus, n’était pas l’approche qui me convenait. En tout cas, cela ne correspondait pas à mes attentes. En cours d’année, j’ai décidé de changer de voie, de me diriger vers le théâtre. Rapidement, après avoir vu de nombreux spectacles de danse et ayant  suivi des ateliers qui étaient consacrés à cet art, j’ai eu un déclic, une évidence. C’est ainsi, par cette discipline que je voulais appréhender le corps, les mouvements, traduire mes émotions. J’ai bifurqué une nouvelle fois. J’ai butiné à droite, à gauche. Je me suis construit en passant par différents courants. J’ai commencé par la formation Ex.e.r.ce au Centre Chorégraphique National de Montpellier, alors dirigé par Mathilde Monnier. Et en 2000, j’ai atterri à Bruxelles où j’ai intégré l’école P.A.R.T.S. d’Anne Teresa de Keersmaeker. Très tôt, j’ai su que je voulais être à la fois danseur et chorégraphe. J’avais le besoin de m’exprimer, de monter mes propres projets. J’ai ainsi proposé tout au long de mon parcours à mes collègues de participer à mes premières créations. Petit à petit, je me suis confronté à la mise en espace des corps, à traduire par la gestuelle des intentions, des émotions. À cette époque, l’un de mes projets les plus fous, fut de vouloir monter une forme courte à dix danseurs. Je l’ai commencée à Montpellier et l’ai finie à Bruxelles. Du coup, dès que je suis entré dans la vie active, j’ai toujours mené de front mes deux carrières. En 2005, après avoir monté ma premièrepièce longue, j’ai arrêté d’être interprète pour les autres pour me consacrer uniquement à mes propres œuvres dans lesquelles je joue en moyenne une fois sur deux. 

Quelles sont vos inspirations ?

David Wampach : J’ai toujours été stimulé, par tout ce qui touche aux rituels. De part mes origines maghrébines entre autres, j’ai été fasciné par les danses arabes notamment pendant les mariages. Cela a toujours été une source forte. Je puise beaucoup dans cette matière riche, très codifiée. Je m’intéresse tout particulièrement aux mécanismes mis en œuvre, aux intentions qui se cachent derrière tel geste, tel enchaînement. Cela dépasse l’individu pour parler à une communauté, la posture particulière, singulière pour quelque chose de plus universel. Par ailleurs, la transe fait aussi parti de ce qui me touche, m’émeut. Pas dans le sens où souvent, on l’entend, de la perte de contrôle, de l’ivresse, mais plus comme un moyen d’atteindre l’ultra-conscience, un endroit où tous les sens sont aiguisés. Je vois cet état comme un processus primaire,  et, finalement, d’être un passage initiatique. J’aime l’idée de permettre au spectateur d’être le témoin d’une transformation. 

Comment est né votre dernier spectacle BEREZINA? 

David Wampach : Le spectacle s’inscrit dans une suite logique. Il est le fruit de ma réflexion sur l’endotisme, auquel j’avais déjà consacré ma précédente pièce ENDO. Ce mouvement, porté par Francis Bacon et Pablo Picasso, s’oppose à l’exotisme, mais aussi à l’art conceptuel. On travaille à l’intérieur de soi, on cherche comment se renouveler en puisant dans ses propres ressources. Il n’est ici pas question de repartir à zéro, de faire table rase de tout ce que l’on sait, mais de s’en servir pour avancer, prendre conscience de ce que l’on a entre les mains pour approfondir son sujet. Il s’agit notamment de questionner la ritualisation qui permet de passer d’un état à un autre, d’une identité à une autre. Dans BEREZINA, j’interroge aussi notre rapport à la différence, aux différences, nos racines, notre identité. En effet, comment se construire, dans le monde d’aujourd’hui, comment s’affirmer, comment être soi. Au vue du public, les interprètes l’un.eaprès l’autre, bâtissent leur propre personnalité en remettant toujours en cause leur acquis. Si chacun.e est seul.e en scène, il.elle peut compter sur la présence des autres, jamais loin, toujours là, pour passer le relais, pour aider à atteindre un ailleurs, une autre facette de soi. C’est ce qui m’a donné l’idée de travailler le rapport à la peinture, au maquillage, au « masquillage» si je puis dire. 

Pourquoi ce titre ? 

David Wampach : Au-delà du mot, j’ai toujours accordé beaucoup d’importance au son. C’est ce qui prime dans le choix des titres que je retiens pour mes pièces. Il faut que phonétiquement cela me parle. Dans BEREZINA, ce qui me touche, c’est la douceur qui s’en dégage. Bien sûr, c’est avant tout un fleuve russe, le nom d’une bataille qui résonne douloureusement dans l’histoire. Ce fut un carnage, mais loin d’être une défaite, on peut y voir, malgré les pertes humaines, une victoire. C’est une manière aussi de se rappeler le passé, de ne pas oublier, tout en interrogeant le présent, l’avenir. J’y vois notamment le besoin de dépasser les postures négatives que pourraient imposer la morosité du quotidien, de transformer ce que l’on a, de faire vibrer notre capacité créative au sens large du terme. 

Propos recueillis par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


BEREZINA de David Wampach 
Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis
Nouveau théâtre de Montreuil 
salle Jean-Pierre Vernant
10, place Jean Jaurès 
93100 Montreuil
Le 17 mai à 20H30 et le 18 mai à 20h00 
Durée 1h00 environ

Festival d’Uzès Danse
Jardin de l’évêché
Promenade des Marronniers
30700 Uzès
Le 22 juin à 22h00

Crédit photos © Martin Colombet

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