Claudel, une évocation en clair-obscur de la célèbre sculpteuse

Cheveux hirsutes, mains burinées, maculées de glaise, Camille Claudel, la virtuose, la maudite, renaît sous la plume de l’Australienne Wendy Beckett. Pour cette énième plongée dans les méandres cérébraux de cette artiste d’exception, l’accent est mis sur un jeu chorégraphique hypnotique où ses sculptures prennent vie. Un moment singulier qui ne fait, hélas, que survoler une existence hors du commun.

Dans un décor épuré fait de grandes toiles écrues souillées d’argile, trois damoiselles s’activent et modèlent la glaise. Le moment est d’importance pour les élèves d’Alfred Boucher, rares femmes à avoir pu intégrer une école d’art, le grand Auguste Rodin (hiératique Swan Demarsan) vient les visiter afin de leur dispenser quelques conseils, quelques cours. Légèrement imbu de lui-même, il tente d’en imposer à ces donzelles. C’est sans compter sur le caractère bien trempé de la talentueuse Camille Claudel (étonnante Célia Catalifo). Sûre de son art, la belle en impose et rabaisse le trop fanfaron caquet du maître. 

Sous le charme de cet esprit libre et impertinent, subjugué par la technique, l’audace et la créativité de la jeune femme, Rodin la veut pour assistante. Très vite, les ragots vont bon train, l’honneur de la fille de bonne famille est mis à mal et l’opprobre jeté sur sa famille. Vilipendée par une mère (intransigeante Christine Gagnepain) confite de religion, soutenue mollement par un frère éthéré (falot Clovis Fouin), la trop douée sculpteuse se brûle les ailes à la passion amoureuse et artistique. Amante de Rodin qui se refuse à quitter sa femme pour elle, l’esprit fébrile, fragile de Camille va se perdre dans l’alcool et la paranoïa pour sombrer dans la folie. 

S’emparant de l’histoire de Camille Claudel, la dramaturge australienne Wendy Beckett aborde à sa manière cette sculpteuse vibrante et qui, bien que morte dans l’oubli et l’indigence en1943, après 30 ans d’internement, est devenue l’une des plus grandes artistes de son temps. Muse de Rodin, elle a marqué son époque par son talent et l’étonnante vie qui transparaît de ses œuvres. S’intéressant à cette figure du féminisme, elle dresse le portrait d’une avant-gardiste, d’une femme qui refuse toute compromission, toute contrainte. 

Si l’on peut regretter que l’auteure est péchée par gourmandise ciblée, abordant la personnalité de Camille Claudel par des portes parfois trop dérobées, trop parcellaires, on se laisse embarquer par sa mise en scène sobre et ingénieuse que souligne les chorégraphies de Meryl Tankard. Et c’est là, tout l’intérêt de ce spectacle : la mise en mouvement des corps, des sculptures. Ainsi les danseurs, Sébastien Dumont, Audrey Evalaum et Mathilde Rance, incarnent avec une précision, un mimétisme éblouissant les œuvres majeures de Claudel. L’effet est hypnotique, envoûtant. Un moment hors du temps dont on aurait aimé qu’il aille encore plus loin dans l’incarnation de la créativité débordante et sensible de la sculpteuse, véritable mémoire de son état d’esprit, d’âme. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Article publié sur le site du magazine Attitude-Luxe


Claudel de Wendy Beckett
Athénée – théâtre Louis Jouvet
Salle Christian Bérard
Square de l’Opéra Louis-Jouvet
7 rue Boudreau
75009 Paris
jusqu’au 24 mars 2018


Reprise Festival d’Avignon 2019
condition des soies 
Salle Molière
13, rue de la Croix 
84000 Avignon 
Du 5 au 28 juillet 2019 à 15h30


mise en scène de Wendy Beckett
chorégraphies de Meryl Tankard
avec Célia Catalifo, Marie-France Alvarez, Marie Brugière, Swan Demarsan, Sébastien Dumont, Audrey Evalaum, Clovis Fouin, Christine Gagnepain, Mathilde Rance
traduction de Park Krausen et Christof Veillon
scénographie d’Halcyon Pratt
projections de Régis Lansac
costumes de Sylvie Skinazi
lumière de François Leneveu

crédit photos : © Christine Coquilleau

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