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Chat noir ! , une évocation joyeuse du Montmartre bohème

La nuit règne, festive, subversive, offrant aux passants, aux artistes, une obscurité salvatrice, un espace de liberté où tout semble permis. Remontant le temps, Etienne Luneau nous invite, aux pieds de la butte, dans le plus célèbre des cabarets de la bohème montmartroise, le Chat noir, et ressuscite pour notre plus grand plaisir les plumes imagées de Bruant, Allais, Cros et autres Malarmé. Amusant !

Bien avant d’entrée dans la salle du théâtre 13 – Jardin, le public est interpelé par quelques facétieux personnages. Tout droit sortis du passé, ils nous entraînent dans un étonnant voyage à travers le temps et l’espace. Paris panse ses plaies. La commune a laissé des blessures encore vives. La pauvreté, l’impossibilité de se soumettre à un ordre bourgeois trop propre, trop normé, a fait naître chez certains artistes, certains traîne-misères, une envie de vivre sans contrainte, de créer un espace de liberté où l’esprit peu vagabondé, primesautier, ardent, satirique.

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C’est ainsi que dans les ruelles qui montent au sommet de la butte Montmartre, des cabarets de fortune, où se mêle une population interlope, avide de sensation et jongleuse de mots, ont vu le jour. Le plus emblématique d’entre eux, Le fameux Chat noir, est celui de Sieur Rodolphe (tonitruant Clément Beauvoir), un sans-le-sou, un beau parleur, plus prompt à lever le coude qu’à ouvrir son porte-monnaie. Autour de l’illustre personnage gravite chansonnier (pittoresque Jean Barlerin), chanteuse (lumineuse Clémentine Lebocey), serveuse accorte (étonnante Isabelle Ernoult), dandy (ténébreux Etienne Luneau), pétomane (singulier Joseph Robinne) et autre barman androgyne (épatante Elsa Robinne).

Dans une ambiance des plus délurées, dans ce capharnaüm loufoque et foutraque, nos joyeux drilles revisitent les grands classiques de Nini, peau d’Chien d’Aristide Bruant à la Chanson des cloches de baptême de Richepin. L’écriture ciselée, vive d’Etienne Luneau, la pétulance des comédiens, font revivre cette époque enchanteresse et fantasque, où l’on moquait Hugo, s’amusait d’un rien, même de la mort, jusqu’au bout de la nuit, de la vie.

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Malgré quelques faiblesses dans la construction de cet enchaînement mosaïque de numéros très cabaret, un manque de gouaille dans l’attitude et dans l’accent, que le temps devrait sans aucun doute, fluidifier, arranger, on se laisse séduire par cette évocation fraîche et pétillante d’une époque insouciante et révolue. Un moment hors du temps, où les chansonniers espiègles titillaient les bourgeois venus s’encanailler, où les jeunes femmes séduisaient d’une œillade ravageuse, magique et ensorcellant !

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


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Au théâtre 13, Etienne Luneau nous invite à pousser les portes du fameux cabaret montmartrois, le Chat noir !

Chat noir ! d’Etienne Luneau
Théâtre 13 – Jardin
103 A, boulevard Auguste-Blanqui
75013 Paris
jusqu’au 18 juin 2017
du mardi au samedi à 20h – le dimanche à 16h
durée 1h30 sans entracte

Avec Jean Barlerin, Clément Beauvoir, Isabelle Ernoult, Clémentine Lebocey, Etienne Luneau, Elsa Robinne et Joseph Robinne
D’après des textes, poèmes et chansons d’Aristide Bruant, Jean Richepin, Alphonse Allais, Rodolphe Salis, Adolphe Willette, Charles Cros, Stéphane Mallarmé, Edmond Haraucourt, Jules Vallès, Jules Jouy…
Direction musicale de Joseph Robinne
Décors et création lumières Nicolas Hubert

Crédit Photos © Tiphaine Vézier

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