Charmant quatuor sur fond de crise existentielle

Dans un monde déshumanisé où tout va trop vite, où seule la réussite sociale a de l’importance, Raphaël Callandreau imagine une satire musicale a cappella fort savoureuse. Choisissant la voie de l’épure et du dénouement, il signe un spectacle tout en simplicité qui doit beaucoup aux quatre comédiens-chanteurs, tous épatants. 

Alban (étonnantAdrien Biry-Vicente) vient d’avoir trente ans et sa vie se résume à peu de chose. Brillant architecte rêvant d’éthique et d’écologie, peu ambitieux, il se fait damer le pion par un de ses amis et collègues (extraordinaire Vincent Gilliéron) plus charismatique, plus politique que lui. Éternel second dans sa vie professionnelle, côté cœur, il ne fait guère mieux. En quête d’absolu, il idéalise son amoureuse (lumineuse Cloé Orry), qui finit par le quitter faute de se sentir à la hauteur.

Lors d’une soirée arrosée, après avoir déprimé l’assistance, il mange une part du « space cake » particulièrement chargée. Stone, il dérive dans un monde parallèle, le musée de son existence, guidé par une étrange et accorte hôtesse (remarquable Marie Glorieux). Remontant le fil de ses souvenirs, il s’interroge sur ses choix, ses doutes. Cette remise en question sous marijuana aura-t-elle l’effet escompté, quitter un monde gris pour un autre tout en couleurs ? 

S’emparant d’un fait de société, la dépression, dénonçant la dérive du monde, Raphaël Callandreau esquisse une partition décalée, une fable écolo-humaniste gentillette qui touche par sa fausse naïveté. Rien de révolutionnaire sur le fond, par contre la forme change de ce que l’on a l’habitude de voir. En effet, s’abolissant de tout instrument, il signe un spectacle musical a cappella fort bien troussé. 

Habitant l’espace scénique vide grâce aux chorégraphies de Johan Nus et la présence irradiante de ses interprètes, Raphaël Callandreau livre une comédie chantée fort sympathique qui réjouit les cœurs et donne la pêche. 

Basique, sans fioriture superflue, autant dire parfait pour Avignon, le show vaut surtout pour le quatuor de comédiens-chanteurs. Tous excellents, de Marie Glorieux à Cloé Horry, en passant par Adrien Biry-Vicente et Vincent Gilliéron, ils brûlent les planches et conquièrent le public autant par leur présence charismatique que par la nature comique. Un joli havre frais en ces périodes caniculaires, en somme !

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Avignon


Ego-système, le musée de votre existence de Raphaël Callandreau
Festival d’Avignon le OFF
Théâtre Au coin de la lune 
24, rue Buffon 
84000 Avignon 
Jusqu’au 28 juillet 2019 à 12h50 
Durée 1h10


Mise en scène de Nicolas Guilleminot
Chorégraphie de Johan Nus
Avec Marie Glorieux, Cloé Horry, Adrien Biry-Vicente, Vincent Gilliéron
Musique de Raphaël Callandreau
Lumière de Patricia Luis-Ravelo

Crédit photo © Alejandro Guerrero

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