Ceux qui m’aiment…, Chéreau éternel

Print Friendly, PDF & Email
Odeon_-_portrait_-_pascal_greggory_-_©gilles_vidal_-_09fb_@loeildoliv

A l’Odéon, Pascal Greggory redonne la voix à Patrice Chéreau © Gilles David

Sur la scène de l’Odéon, le temps d’une soirée, et bientôt en tournée sur les routes de France et de Navarre, Pascal Greggory, plonge dans les écrits et les pensées de son mentor, disparu Il y a un peu plus de cinq ans. Silhouette de dandy, voix suave, il nous invite à redécouvrir l’homme, sa sensibilité, ses doutes, ses réflexions sur le monde, le théâtre, le cinéma et les comédiens. De bien belles confidences signées Patrice Chéreau.

Le dispositif est assez sobre. Dans la pénombre, devant un rideau blanc sur lequel plus tard sera projeté un magnifique dessin de Pascal Greggory en Duc d’Anjou croqué par Chereau, on aperçoit une grande table de travail au centre du plateau. Dessus, des feuilles ont été négligemment posées. A cour, juste une chaise, sur laquelle a été abandonné un imperméable sombre. Quelques notes de musique annoncent l’entrée du comédien à jardin. Belle prestance, regard clair, le comédien s’avance d’un pas assuré sur le devant de la scène. En main, le précieux manuscrit, les notes de celui qui fut entre autre directeur du théâtre des Amandiers à Nanterre, dont il va nous lire quelques extraits.

C’est en Angleterre que tout commence. Le réalisateur de La Reine Margot et de Ceux qui m’aiment prendront le train, passe quelques jours dans un hôtel. Il s’y adonne à l’un de ses passe-temps préférés, observer le monde, les gens, leur comportement. Dans une carte postale qu’il adresse à l’acteur, son Galatée, il lui décrit des clients avec amusement caustique. Ainsi, au fil des mots, se dessine une vie riche de projets, de rencontres. Brocardant certains de ses comédiens, s’égayant des manies de l’un, du jeu de l’autre, avec tendresse, une délicatesse, Patrice Chéreau, de sa plume ciselée, vive, se livre sans fard, sans fioriture.

Porté par la voix sensuelle, charnelle de Pascal Greggory, qui est « microtée », et c’est bien dommage, le public se laisse emporter au gré des humeurs du cinéaste, de ses errances, de ses anxiétés, de ses certitudes. Bien qu’il s’agisse d’une lecture, le comédien, tour à tour drôle, affable ou angoissé, lui redonne vie pour le plus grand plaisir d’une salle conquise. Un bien joli moment de théâtre, une mise en abyme du métier, un portrait poignant d’un grand visionnaire, d’un homme tout simplement.

Par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Ceux qui m’aiment… d’après les écrits de Patrice Chéreau
Création à l’Odéon-Théâtre de l’Europe
Place de l’odéon
75006 Paris

Lecture par Pascal Greggory
Mise en scène de Jean-Pierre Pancrazi
Dramaturgie d’Anne-Louise Trividic
Lumières de Dominique Bruguière assistée de Pierre Gaillardot
Sound Design : Olivier Innocenti
Vidéo et Son : Florent Fouquet / Yann Noel
Costumes d’Annie Thiellement
Production Les Visiteurs du Soir

Vous souhaitez partager un commentaire?